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Repères économiques

Situation du pays : Se préparer pour un scénario complexe

10 juin 2019 à 10 h 00 min

La situation politique du pays se complexifie chaque jour davantage. Il y a une faible probabilité que les choses rentrent dans l’ordre rapidement et avec un minimum de coût. Tout semble indiquer que nous allons traverser une longue période d’incertitudes économiques et politiques.

Cette observation peut être également dérivée à partir d’observations d’expériences internationales de pays qui ont subi de graves bouleversements politico-économiques. Laissons les aspects politiques à nos politologues qui ont beaucoup de pain sur la planche et considérons les dimensions économiques de la crise. Nous subissons une dislocation des institutions de l’Etat.

Le gouvernement n’est présent que pour gérer les affaires quotidiennes. Il n’est pas habilité à prendre des décisions stratégiques ni à remodeler les institutions de l’Etat. Les lois et les mécanismes mis en place depuis plus de deux décennies ont opéré une extraordinaire centralisation des décisions politiques et économiques. Ce qui complique considérablement la tâche de la préparation de l’Etat aux situations d’urgence.

Nous sommes dans une situation de vide stratégique, alors que la situation impose une réflexion prospective et surtout des scénarios de riposte aux situations les plus complexes. Il serait difficile de gérer les situations d’urgence au jour le jour sans qu’il y ait une préparation stratégique au préalable.

La tentation est grande de continuer à gérer le pays au jour le jour, prétextant que nous n’avons un gouvernement que pour gérer les affaires courantes. Mais qui garantirait que la crise ne va pas s’étaler sur deux ou trois ans voire plus  ? Comment pouvons-nous nous préparer à une situation de ce genre ?

Se préparer au pire pour subir le meilleur

Nous sommes en train de perdre en moyenne quinze milliards de dollars de réserves par an. L’appareil productif, qui subit de plein fouet la crise, se dégrade lentement mais sûrement. La fonte des réserves va alors s’accélérer. Nous pouvons faire plein de constats sur les différentes politiques sectorielles.

Les audits et les analyses nous seront d’une grande utilité pour prévoir les situations futures de chaque secteur. Mais l’organisation de l’Etat ne nous a pas dotés d’institutions ni a formé des personnes expérimentées à l’intérieur des entités publiques pour faire un tel travail. Ne parlons pas d’institutions publiques capables d’utiliser les outputs de ces investigations pour prendre les décisions qui vont amortir les chocs économiques et sociaux lesquels ne manqueront pas de secouer le paysage national.

Mais il y a pire encore. En ces temps de grandes incertitudes, quelles institutions sont responsables pour garantir la pérennité, la continuité de l’Etat et des activités économiques ? Nous n’avons pas réfléchi à ces éventualités pourtant très probables pour des pays qui n’ont pas réglé les questions de pouvoir.

Nous aurions dû avoir des institutions qui nous permettent d’avoir un minimum de visibilité et de pouvoir pour ajuster la trajectoire économique. Les alternatives sont nombreuses et comportent toutes des avantages et des inconvénients. Les Algériens sont habitués à réfléchir en termes d’un ministère de la Planification qui doit faire, en grande partie, le travail que nous venons d’évoquer.

Ce serait un début très prometteur, car une grande partie des activités de prospective et de programmation verrait le jour au sein de cette institution.

Nous avons un début de solution. Mais un ministère fonctionne à l’intérieur d’un gouvernement. Lorsque le pays change fréquemment de gouvernements, nous aurons une instabilité au sein de cette institution. Ce qui va se refléter sur son travail car les différents gouvernements peuvent avoir des politiques économiques très diverses. Et alors si on a un gouvernement qui n’est en charge que des affaires courantes, la planification perd de sa substance.

Minimiser les impacts

La situation que nous vivons est très critique. Le rythme de croissance de la population est aux environs de 2,4%. Ce qui implique qu’elle double chaque trente an. Imaginez de doubler le nombre d’écoles, de logements, d’hôpitaux, de routes, etc., en trente ans avec l’appareil économique dont nous disposons. Nous devons accroître la production nationale d’au moins 2,5% pour être au même niveau ; or la crise politique, en plus de la détérioration de nos capacités productives, ne nous permet même pas de stabiliser le niveau de production.

Si tout va bien, nous allons connaître une légère dégradation du niveau de vie pendant toute la période de transition politique. Beaucoup pensent que c’est le prix à payer pour obtenir les libertés nécessaires à la création d’un Etat de droit et une nation économiquement prospère. Les objectifs politiques transcendent toujours les aspects économiques sauf que souvent ils sont liés.

Afin de résister économiquement un maximum de temps, les politiques économiques doivent être focalisées sur les réserves. Vu les performances dérisoires de l’économie nationale et le mode de fonctionnement de nos entreprises et nos institutions non économiques, la simple gestion des réserves devient une activité stratégique. Entre nous et une crise d’une terrible ampleur se dresse les réserves qui sont en train de fondre comme neige sous le soleil.

Présentement, nous sommes descendus sous la barre des 80 milliards de dollars. Nous voulons nous donner le temps de régler entièrement le problème politique et amorcer l’émergence.

Il faut donc protéger au maximum les réserves contre leur dilapidation. La meilleure manière serait de laisser le dinar flotter dans un marché libre, l’alimenter en partie par les ressources disponibles (disons 10 milliards de dollars par an) et avec les plus values récoltées, subventionner les produits de première nécessité. Il y a un coût à payer en termes de hausse des prix au début avant d’aller vers une stabilisation progressive.

Nous n’allons pas résoudre nos problèmes économiques avec cette solution qui est d’ailleurs proposée par de nombreux économistes algériens. Mais nous allons gagner du temps pour mettre en œuvre les véritables réformes économiques structurelles qui s’imposent.     


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