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Repères économiques : Malversations ou mauvaise gestion : qu’est-ce qui est pire ?

22 juillet 2019 à 10 h 00 min

Lorsqu’on entend qu’une personne ou un groupe d’individus est soupçonné de malversations qui avoisinent 60 milliards de dinars, il faut se rendre compte que la somme se situe à presque 2% de l’investissement national global annuel. Ceci sans considérer les crédits bancaires orientés vers des entreprises publiques et privées les moins efficientes sur les marchés.

On comprend alors l’étendue et les conséquences du problème. Le secteur financier, en économie de marché, a plusieurs missions décrites dans tous les textbooks classiques de la finance, dont le plus important demeure l’efficacité de l’intermédiation. Dans tout pays, il y a une proportion des ressources qui est indûment accaparée par des personnes et des institutions qui n’ont produit en rien l’équivalent en biens et services pour le pays. Cette situation est beaucoup plus répandue dans les pays en voie de développement.

Elle constitue une des raisons qui expliquent l’enracinement du sous-développement, mais demeure loin d’en être la seule. Il y a consensus pour dire que les malversations ont causé un énorme tort à l’économie nationale. Le volume des ressources concernées et la diffusion de ces pratiques à des échelons très bas de la hiérarchie a pratiquement paralysé le développement économique.

Les citoyens sont, à juste titre, outrés par ces pratiques. Ils comprennent le manque à gagner dû à ces comportements. Les problèmes de logement, d’emploi, de qualité des soins et du niveau de vie sont en grande partie la résultante de ce mode de fonctionnement devenu la norme en matière de gestion des affaires publiques.

Par ailleurs, les frustrations créées pour les citoyens qui n’ont pas accès à ces ressources sont énormes. Elles créent les mécontentements, les démotivations et une attitude des plus hostiles vis-à-vis du travail, de l’effort et de l’ensemble des comportements nécessaires au bon fonctionnement d’un système économique et social.

Quelques principes essentiels

Mais on oublie souvent une mission fondamentale du système financier, probablement parce qu’elle est rarement décrite dans les ouvrages financiers : architecturer l’efficacité économique des entreprises. Les banques ont pour mission de canaliser les ressources pour les orienter vers les meilleures utilisations possibles.

Elles sont le réceptacle des surplus de trésorerie des agents économiques : les ménages et les entreprises. Ces derniers déposent leur épargne en banque qui serait disponible pour être prêtée aux entreprises. Laissons de côté la problématique spécifique de l’épargne nationale et le secteur informel. Les banques prêtent surtout aux entreprises, mais en partie aux ménages (crédit immobilier, consommation, etc.). 

Un secteur bancaire normal analyse la qualité des entreprises qui demandent des prêts et refuse de s’engager avec celles qui sont mal gérées. Il précipite donc leur sortie de l’activité économique. Ces entreprises généralement partent vers la faillite. Il finance les entreprises bien gérées pour créer de l’emploi, de la richesse et un potentiel d’exportation.

Il participe fondamentalement à l’efficacité économique d’un pays : développer les bonnes entreprises et accélérer la mort des mauvaises. A quelques exceptions près, le système bancaire algérien fait tout à fait le contraire. Les prêts aux entreprises privées sont surtout orientés en fonction de considérations politiques et de relationnel malsain.

Les bonnes PME/PMI sont généralement bannies du processus de prêts et de croissance. Idem pour le secteur public. Les quelques rares entreprises efficaces peuvent payer les salaires et sont généralement privées de ressources pour se développer. Les plus inefficaces auront accès à des prêts pour éviter soit le défaut de paiement des salaires, soit la faillite.

Il s’ensuit des actions interminables d’effacement ou de rééchelonnement des dettes qui font intervenir très souvent le Trésor public. Alors on a un secteur financier qui permet aux mauvaises entreprises de durer, de continuer à détruire des ressources. Il prive les bonnes entités de se développer et de prospérer.

Il accomplit une mission tout à fait contraire à sa raison d’être. Il facilite la vie aux entreprises mal gérées et la rend insupportable pour les bonnes. Nous avons vécu ainsi des décennies parce qu’on a donné au secteur financier, d’une manière consciente ou inconsciente, des missions sociales et politiques. Or, il est impossible de diffuser l’efficacité à grande échelle avec un secteur qui détruit les entreprises efficaces et qui irrigue sans cesse des entreprises moribondes qui ont enraciné une culture d’éternel assistanat.

Gestion ou malversations ?

Il est sain et de bon augure que les citoyens prennent conscience des impacts des malversations sur les performances économiques et leur niveau de vie. A l’avenir, ils vont être plus vigilants sur la distribution des ressources. Ils participeront mieux au contrôle de l’utilisation des moyens financiers, en fonction des espaces de liberté qui leur seront dévolus.

Mais la prise de conscience est encore trop insuffisante pour ce qui concerne les mauvaises allocations de ressources et surtout leur sous-management dans les entreprises économiques et les institutions a but non lucratif. On croit que c’est un phénomène important, mais pas au point de faire déraper l’ensemble du tissu économique et social.

Sans études précises, on est en train de donner des chiffres sur l’ampleur et les conséquences des malversations subies durant les deux dernières décennies. Bien sûr, il nous faut des études académiques avec des méthodologies précieuses pour pouvoir croire un tant soit peu à ces estimations. Mais disposer d’un éventail d’estimations serait un point de départ sur les désastres subis lors des deux dernières décennies.

Les estimations journalistiques qui manquent de méthode et de rigueur situent l’ampleur de la catastrophe entre 300 et 1300 milliards de dollars sur des vingt dernières années. Ce sont des chiffres avancés sans preuve et sans méthode. La réalité peut être à l’intérieur ou à l’extérieur de cet intervalle.

Mais cette somme devrait comprendre aussi bien les malversations que la sous-gestion des institutions. Cette dernière induit également forcément des comportements frauduleux. Mais les mauvaises politiques économiques et le sous-management des ressources induisent des effets négatifs infiniment plus importants et les citoyens ne s’en rendent pas compte.

Ils ne sont pas au courant, par exemple, qu’en 1964 l’Algérie produisait plus de biens et de services que la Corée du Sud (PIB de 4,5 milliards de dollars contre 3,5). En 2017, la production de l’Algérie, pays super riche, avoisinait les 160 milliards de dollars contre 1500 milliards de dollars pour la Corée du Sud.

C’est-à-dire que les politiques économiques, et surtout notre management national nous fait perdre au moins 1340 milliards de dollars par année. Les citoyens sont furieux, à juste titre, de savoir qu’ils ont perdu au minimum 300 milliards de dollars sur 20 ans et ne savent pas que chaque année ils perdent 1340 milliards au minimum.

Il faut que nos économistes expliquent plus et mieux aux citoyens cette situation afin d’accorder aussi un maximum d’attention aux conséquences des décisions de «charlatans économiques» qui se sont substituées aux choix d’experts.


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