Repères économiques : L’économie résistera-t-elle à la transition ? | El Watan
toggle menu
mercredi, 22 mai, 2019
  • thumbnail of 20190522

Repères économiques : L’économie résistera-t-elle à la transition ?

13 mai 2019 à 9 h 00 min

Apparemment, la transition politique sera longue. Comme prévu ! Ceux qui croyaient qu’on pouvait changer de République et donc de culture économique facilement sont confrontés à la dure réalité du terrain. Le conflit sera long, très long.

Et il faut se préparer à activer encore de nombreux mois, voire des années, pour concrétiser tous les objectifs. Se préparer psychologiquement à une longue période de résistance serait un gage de réussite, car le mouvement populaire va dans le sens de l’histoire. Contrairement à la contre-révolution qui nage à contre-courant de la dynamique universelle, les spécialistes en sciences politiques nous produiront des analyses plus détaillées dont on a besoin pour gérer cette période. Mais il y a l’aspect économique qu’il faut également prendre en considération. Pourrons-nous résister pendant une longue période à des turbulences de ce genre ? La réponse dépend surtout du genre d’événements politiques auxquels on aura affaire.

Il est connu que la psychologie joue un rôle fondamental dans les développements économiques. C’est ce qui distingue les nouvelles écoles économiques des analyses classiques qui considéraient les êtres humains comme des robots qui savent parfaitement calculer les actions qui mènent à leur bien-être. L’économie moderne admet un minimum de subjectivités. On les intègre même dans les indicateurs économiques. Les statistiques des pays avancés et émergents fournissent par exemple des indicateurs sur la confiance des consommateurs et des investisseurs. Même chez nous, le FCE publie des données sur le baromètre de confiance des hommes d’affaires.

Inquiétudes Normales

L’impact des événements politiques sur les développements économiques dépend d’un nombre important de paramètres. Parmi les plus importants figure la taille du secteur public économique. Nous parlons d’entreprises et d’institutions publiques engagées dans la production et commercialisation de biens et services (EPA, EPIC, etc.). Dans ce contexte, nous ne sommes pas bien lotis. 90% du secteur financier est public. Et si on intègre les EPIC, 60% du PIB est public en comptabilisant le secteur de l’énergie.

Donc, l’économie est très peu autonome. Cela implique que les conséquences seraient beaucoup plus sévères que si le secteur économique privé serait dominant. On se rappelle le cas de l’Italie durant les années 60’ et 70’. Elle était l’économie la plus instable des pays de l’OCDE. Tous les neuf mois on avait un Premier ministre. Et donc de nouvelles orientations politiques et économiques. Mais l’économie fonctionnait à merveille. Le taux de croissance était de loin supérieur à la moyenne des pays développés. Il y avait deux paramètres importants qui favorisaient la stabilité du pays.

Le premier paramètre concernait la taille du secteur privé (plus de 70% de la production commerciale de biens et services). Et la seconde concernait le secteur informel (15 à 17% du PIB). Le secteur privé fonctionne d’une manière relativement autonome de la situation politique. Le mot relativement a toute son importance. Si les consommateurs considèrent que la situation économique qui prévaut est passagère et que tout rentrera dans l’ordre bientôt, les dépenses de consommation baisseront très peu. L’économie peut continuer à fonctionner d’une manière proche de la normale.

Les investisseurs dérivent leur confiance de celle des consommateurs et donc la dynamique économique sera peu impactée. Mais lorsque l’économie est fortement dominée par le secteur public, on aura une sorte de paralysie économique vu que les décisions d’investissements et les financements bancaires connaîtront des situations d’attentes intolérables. Le secteur informel qui constituait quelques problèmes en situation normale devient, en période de bouleversements, un grand amortisseur économique et social. En période d’instabilité, il devient un meilleur gage de stabilité.

Risques et remèdes

Les multitudes de risques ont été avancés par de nombreux analystes : investissement international, peu d’expansion du secteur privé national, situation d’attente au niveau du secteur public et le reste. Cela va faire mal à l’économie. Les institutions internationales ont prévu entre 1 à 1,5% du PIB qui sera affecté, mais ils peuvent à tout moment réviser leurs projections. Par ailleurs, il y a un autre risque pour l’économie nationale : ce sont les grèves sauvages qui peuvent déstabiliser davantage la situation du pays. Le ministre de l’Industrie parle de 1 milliard de dollars de production déjà perdu dans le secteur industriel public. De nombreuses revendications commencent à apparaître alors que la seconde République est encore loin de voir le jour.

Cela pourrait être un danger supplémentaire, mais ce qui inquiète le plus, c’est l’absence de riposte des pouvoirs publics. Nous sommes en situation qui devient de plus en plus chaotique et les décideurs sont en situation d’attente. L’économie a besoin de décisions vigoureuses. Certes, les membres du gouvernement peinent à travailler, mais c’est à ce moment-là que nous avons besoin des actions des différentes associations économiques : associations patronales (surtout l’UNEP), syndicats, ABEF, etc. pour prendre des initiatives.

En plus des actions de justice pour récupérer les ressources du pays injustement spoliées, les associations économiques peuvent contribuer à apaiser les craintes et proposer une série d’actions en faveur de la relance économique et de la stabilisation des anticipations. On peut expliquer que la fin du monopole sur les crédits implique que les banques ont plus de ressources pour financer plus de PME/PMI et relancer la diversification économique.

On peut tranquilliser l’ensemble des citoyens en expliquant qu’on a de quoi financer les inputs et l’importation de produits nécessaires et leur substitution par une production nationale pendant au moins trois à quatre ans. On peut essayer de convaincre de la nécessité d’éviter des grèves et attendre qu’un nouveau gouvernement ait la possibilité de mettre en place de nouvelles politiques économiques. L’économie a besoin de confiance. Le gouvernement actuel ne peut en fournir que partiellement, mais les institutions qui le peuvent sont muettes. Le CNES, qui a été anesthésié par le gouvernement, peut produire des analyses et des recommandations utiles maintenant.

Nous avons besoin plus que jamais du rôle de ces institutions pour éviter une dégradation sévère. En tout état de cause, avant le hirak, on était dans une situation de descente aux enfers très sérieuse. En prenant l’initiative de changer le système, tout ce que l’on risque c’est de briser un cercle de corruption et d’inefficacité qui était en train de ronger l’économie pour la ramener aux pires situations qu’a connues la planète : le Venezuela. Maintenant, on ne peut risquer que de s’améliorer. 

Lire aussi

Loading...

Related Post

S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!