Repères économiques : Eviter l’amalgame public/privé | El Watan
toggle menu
jeudi, 12 décembre, 2019
  • thumbnail of elwatan20191212

  • Massage Tunisie


Repères économiques : Eviter l’amalgame public/privé

27 mai 2019 à 9 h 00 min

Nous vivons actuellement une période de découvertes, où le simple citoyen se trouve confronté à d’énormes problèmes politiques et leurs annexes économiques. On défile des sommes astronomiques fournies en crédits, en corruption et en malversations de toutes sortes. L’ampleur des dégâts a surpris de nombreux experts. Nous allons découvrir des données de plus en plus précises et de plus en plus surprenantes. Nous connaissons maintenant la partie visible de l’iceberg, nous allons connaître bientôt l’étendue de la problématique de la dilapidation des ressources.

Elle va étonner beaucoup de monde par son ampleur, sa durée et les différents mécanismes y afférents. Mais la transparence qui se met en place progressivement a un autre revers : celui de conforter l’ensemble des citoyens dans des positions et des considérations acquises depuis de nombreuses années et qui sont totalement erronées, nous allons les analyser en profondeur.

Les dysfonctionnements que nous recensons concernent pratiquement toutes les institutions et tous les secteurs de l’activité économique. Ceci est connu en sciences sociales. Il est rare de trouver dans un pays en pleine déliquescence des secteurs d’activité qui fonctionnent normalement, alors qu’ils sont entourés d’autres en situation de déroute. Nous sommes proches de ce que l’on appelle les «Chaos States», où l’ensemble des institutions connaissent un état de dislocation grave. La thérapie appliquée à ce genre de pays serait ce que l’on appelle une «ingénierie globale», c’est-à-dire un processus de reconstruction de tous les secteurs simultanément.

La reconstruction est loin d’être impossible, mais le schéma thérapeutique doit être rigoureusement administré et suivi. Toute erreur a un effet multiplicateur. Un dysfonctionnement dans l’ordonnancement des réformes va induire d’énormes inefficacités économiques, mais nous aurons le temps de clarifier ces aspects ultérieurement. Pour le moment, essayons d’éviter des dangers immédiats.

Début d’éléments de confusion

Un début d’actions concerne les premières phases de transparence limitée et d’affaires de justice liées à quelques dizaines d’entreprises privées. Mis à part les institutions politiques et les banques, ce sont surtout des entités privées qui sont épinglées pour de graves irrégularités.

L’implication de nombreuses entreprises et personnalités privées n’a pas manqué d’avoir des répercussions graves sur le mode de pensée et l’enracinement de vieilles idées reçues très dangereuses, à savoir le secteur privé algérien est parasite, improductif, cupide et nuit beaucoup plus à l’économie nationale qu’il n’en produit de biens et services.

Il serait donc judicieux de transférer une partie de leurs activités au secteur public. Par ailleurs, la relance économique se ferait surtout par le secteur public et donc l’affectation des ressources sera en priorité orientée vers ces types d’entreprises. Des analystes, surtout politiques, sont en train de défendre cette optique.

Certes, beaucoup de voix d’économistes s’élèvent contre cette option, surtout ceux qui suivent de près les performances du secteur public ainsi que les ressources qui lui sont allouées. Ils ne peuvent pas manquer d’avoir un point de vue équilibré. Depuis de nombreuses années et en toute occasion, les officiels ne cessent de rappeler qu’on ne doit pas faire de distinction entre l’entreprise publique et l’entreprise privée.

Ce sont deux institutions au service de l’économie nationale. Pourtant, la réalité est toute autre. Déjà en matière de crédits à l’économie, le secteur privé, qui constitue plus de 80% de l’économie hors hydrocarbures, reçoit moins du tiers de ces ressources financières pour se développer.

Pour ce qui est des impayés bancaires, nous notons que plus de 70% sont des ressources octroyées au secteur public économique. Si on exclut les entreprises privées annexes du pouvoir politique, nous allons nous retrouver avec une moyenne de 15% du total des crédits qui leur sont consacrés. Alors que, avec si peu de ressources, le secteur privé «autonome», qui constituait moins de 30% du PIB hors hydrocarbures, se retrouve avec une part supérieure à 80% de l’économie.

Faire la part des choses

Une analyse approfondie des données économiques permettrait de mieux situer les responsabilités de la dure crise que nous vivons. Au niveau du secteur productif, ce sont surtout les entreprises annexes du gouvernement et les entreprises publiques qui en sont grandement responsables. Mais nous devons exclure du tableau les ressources humaines des entreprises publiques et privées qui ne sont nullement responsables de la situation déplorable dans laquelle se trouvent leurs firmes.

Elles sont plus victimes que coupables. Les injonctions des officiels, contraires aux intérêts des entreprises, le peu d’investissements en développement humain, un système managérial qui a des décennies de retard par rapport au reste du monde, expliquent, en grande partie, les performances peu enviables de ces secteurs. Nous aurons bientôt des données plus claires pour mieux apprécier l’ampleur des désastres et l’immensité de la tâche qui nous attend.

La morale est claire : il n’y a aucune ligne de démarcation public/privé pour opérer des choix en fonction du seul statut juridique des entreprises. Nous avons beaucoup d’entreprises publiques et privées qui sont défaillantes et qui ont contribué à enfoncer le pays dans la crise, comme il y a des entreprises publiques et privées performantes qui ont créé de la richesse, des emplois et du bien-être pour le pays.

Il faut donc arrêter d’avoir des préjugés sur les entreprises en fonction de leur nature juridique. Un diagnostic approfondi de l’économie nationale permettra de préciser les actions dont auront besoin les unes et les autres pour hisser leurs performances aux niveaux des standards internationaux. Les jugements hâtifs sont généralement empreints de subjectivisme et de préjugés malsains.


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!