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Repères économiques : Comment éviter la fonte des réserves de change ?

14 octobre 2019 à 9 h 00 min

Il est des situations bizarres que l’on laisse se dénouer toutes seules, juste par immobilisme et rejet du risque d’agir. Pourtant, on constate bien la descente aux enfers. Telle est la situation des réserves de change dans notre pays.

A son apogée, nous étions fiers d’arborer un total de plus de 189 milliards de dollars de réserves. Nous nous classions parmi les 15 pays disposant le plus de réserves dans le monde et le second dans la zone MENA après l’Arabie Saoudite.

On était galvanisé par cette manne providentielle qui n’est aucunement constituée grâce à notre travail, rigueur ou science, mais par la simple vertu providentielle des marchés pétroliers. Mais après la crise des prix de l’énergie en 2014, voilà que ces réserves commencent à fondre comme neige au soleil.

Cette information est connue de la vaste majorité des citoyens algériens. Certes, les décideurs ont également les yeux rivés sur le volume de nos réserves. Tout le monde constate la descente aux enfers, mais une paralysie collective nous atteint.

En moins de cinq ans, nous avons déjà perdu plus de 120 milliards de dollars, donc un rythme moyen de 24 milliards de dollars par an.

Même si on constate une décélération du rythme de la chute des réserves, la situation demeure alarmante. Dans à peine trois ans, nous allons être en situation périlleuse dans ce domaine. Plus on attend, plus la thérapie sera douloureuse et incertaine.

Nous sommes comme un malade atteint de méningite qui retarde sa première consultation au point où il risque d’aller à l’hôpital lorsqu’il sera trop tard. Notre comportement face à ce problème est exactement identique à la situation de ce malade. Nous fonçons droit vers le mur, mais personne ne fait quelque chose pour tenter d’éviter le choc.

Existe-t-il des solutions ?

D’un point de vue rationnel, il est difficile d’expliquer pourquoi personne n’agit alors que la situation devient chaque jour de plus en plus compliquée. Nous avons bien sûr beaucoup d’hypothèses. En économie, depuis des décennies, l’organisation de l’Etat souffre de nombreuses défaillances.

Le pays a été très fortement centralisé avec un centre qui décide rarement. Lorsque la décision porte sur un sujet capital, on l’évite autant que possible. Pour les choix de moindre importance, nous avons de nombreuses institutions qui détiennent une parcelle d’autorité sur la question, mais personne n’en détient la totalité.

Et comme nous n’avons pas de centre de coordination économique, toute décision devient un consensus entre de nombreux partenaires avec des visions et des priorités différentes. Un centre de coordination doté des compétences et des prérogatives techniques qu’il faut (genre institut coréen de développement) n’est pas près de voir le jour.

Les problèmes organisationnels de l’Etat sont en partie responsables de la léthargie. On oublie souvent qu’un Etat s’organise d’une manière méthodique, comme l’est une grande entreprise. Mais il est plus compliqué d’organiser un Etat qu’une entreprise économique. Cette dernière a su depuis longtemps qu’elle dispose de schémas et de principes qu’elle doit appliquer et adapter à son contexte.

Par exemple, une entreprise de réalisation de qualité sait que la forme matricielle est la plus indiquée pour son cas. Mais malheureusement, trop souvent, on croit que l’organisation de l’Etat est une simple question de bon sens et qu’on peut faire fi des principes d’organisation.

A la fin, on paye un prix très lourd qu’on a souvent du mal à quantifier. La seconde raison consiste à hésiter à prendre les décisions qu’il faut parce qu’elles produisent des effets néfastes à court terme avant de fournir les résultats attendus.

Les alternatives

Nous avons toujours expliqué qu’en économie lorsqu’on a un problème, on a toujours plusieurs solutions possibles. On les appelle les alternatives. Chacune a des côtés positifs et également des aspects négatifs qu’il s’agit de prendre en considération avec des mesures d’accompagnement appropriées.

Ceci explique la fameuse blague qui consiste à dire : posez un problème à deux économistes et vous aurez trois points de vue différents. C’est parce que la solution unique n’existe pas, il en existe toujours plusieurs possibles. Prenez le problème de transfert des dividendes.

Une première solution consiste à muter nos entreprises de production et nos institutions administratives en des entités efficaces qui vont bouleverser leurs modes de fonctionnement pour améliorer leur compétitivité et par la leur productivité.

D’ailleurs, c’est la solution idéale à tous nos problèmes. Mais nos institutions ne savent pas faire cela. Et cela ne se fera pas. Donc, la meilleure solution est impossible à réaliser avec l’organisation et le mode de fonctionnement actuel de l’Etat.

Nous pouvons continuer à prodiguer des solutions, mais aucune n’est sans difficulté à aplanir. Pour notre pays, et pour éviter de tomber dans le piège de l’endettement international et un autre rééchelonnement, une des meilleures solutions serait d’aller vers un «flottement aidé» du dinar.

Supposons que l’Etat engrange 35 milliards de dollars d’exportation par an. Il laisse le dinar flotter librement à travers des bureaux de change agréés.

Le marché sera alimenté de 10 milliards par l’Etat en plus des ressources des personnes privées. Il utilise également 10 milliards pour importer les produits de première nécessité (médicaments, blé) et les inputs vitaux pour l’appareil de production.

Les ressources de la dévaluation seront également utilisées pour subventionner les produits de première nécessité et les intrants productifs. L’Etat peut même accroître chaque année ses réserves de cinq à dix milliards.

Qui va payer cette facture de la baisse du dinar ? Ce sont les gens qui sont en train de payer maintenant des costumes Pierre Cardin, des voitures de luxe, des parfums ou des services de complaisance à des prix subventionnés par l’Etat. Un dinar fort subventionne surtout les riches.

Il faut un temps à l’économie pour s’ajuster. Si on continue avec les mêmes politiquespour subventionner les plus nantis de ce pays dans le futur, nous allons faire atrocement souffrir les franges les plus pauvres de la société. Le ciblage des subventions serait aussi indispensable.

Cette mesure sauverait le pays des politiques économiques injustes (subvention des riches) et permettrait de mieux stabiliser le niveau de vie des couches les plus vulnérables. Je n’ai jamais compris pourquoi on ne va pas dans cette direction en expliquant aux citoyens les difficultés passagères qu’ils auront à affronter.


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