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Repères économiques : Comment développer un plan de redressement économique

11 mars 2019 à 9 h 25 min

Les partis politiques, les analystes et les simples citoyens sont en train d’élaborer des visions et des solutions aux épineux problèmes du mode de fonctionnement de l’économie nationale. Notre pays est à la croisée des chemins.

De nouveaux défis économiques d’une importance vitale s’érigent sur son chemin. La démographie, l’inefficacité économique, la corruption, la bureaucratie, le désespoir de la jeunesse et d’autres maux aussi importants se dressent devant les futurs décideurs. Les politiques économiques du passé se sont avérées très inappropriées pour notre situation concrète.

Les tentations sont grandes de faire de la surenchère populiste, de tomber dans la facilité, de croire qu’il suffit de vouloir pour pouvoir et obtenir des résultats concrets. «Le diable est dans les détails», dit un proverbe populaire et universel. Il suffit de quelques décisions mal préparées pour qu’un plan de redressement grandiose puisse déraper.

L’expérience montre que très peu de partis politiques savent élaborer un plan de redressement suffisamment complexe et systémique pour être tout à fait opérationnel. Pour cela, il faut plusieurs lignes directrices qui guident les choix économiques et politiques des différentes formations. Il est normal que l’on puisse trouver des propositions de différents partis qui soient contradictoires les unes avec les autres. Ceci fait partie des règles du jeu.

Ces institutions politiques doivent seulement se respecter malgré leurs grandes différences mutuelles. On dit que si deux partis ont tout le temps les mêmes positions sur tous les sujets, il y a un qui est inutile. Il est aussi sage parfois de s’aligner sur les bonnes décisions des partis concurrents. Il ne faut point chercher l’originalité, mais la cohérence dans un programme et faire les choix compatibles avec les spécificités nationales.

Plusieurs lignes directrices

Il est de coutume de présenter les grandes lignes d’un plan d’action. Les généralités présentées sont acceptables uniquement dans un souci de présentation. Par exemple, lorsqu’on affirme que l’objectif ultime du redressement économique serait d’améliorer le niveau de vie des citoyens, de réduire le chômage et la hausse des prix, cela pourrait être accepté comme buts à atteindre.

Les efforts futurs seraient alors orientés vers ces priorités. Mais par la suite, en annexe par exemple, il faut détailler les mesures à prendre en vue de réaliser ces objectifs. Ce sont ces mesures que l’on ne trouve pas par la suite. Ce qu’on risque de trouver, ce sont uniquement des chiffres d’infrastructures à réaliser : nombre de logements, de kilomètres de routes, de barrages à réaliser et le reste.

Peu sera dit sur les politiques fiscales et monétaires à mener dans les détails en vue d’obtenir ces réalisations. Quant aux problèmes de fond qui sont la réorganisation de l’Etat et la gestion des institutions non économiques, très peu de mécanismes sont évoqués pour dire comment on va muter leur mode de fonctionnement. Or, de leur comportement dépend l’échec ou la réussite des programmes proposés.

Souvent, on fait appel à un ou une poignée d’économistes pour rédiger le programme. Or l’économie prise isolément n’a pas tous les outils pour concevoir un programme qui englobe toutes les dimensions des problèmes d’une société.

Nous aurons besoin de constituer une équipe pluridisciplinaire composée de sociologues, de politologues, de psychologues, de pédagogues, d’anthropologues, de médecins, de physiciens, etc., pour pouvoir concevoir des solutions systémiques. Normalement, chaque parti et chaque grande ONG devrait disposer d’un think tank qui produit des réflexions et les grandes orientations en vue de confectionner la stratégie retenue.

Certes, la profession des économistes est dominante. On trouve plus d’économistes que les autres professions dans ces think tank. C’est pour cela que l’économie est accusée d’impérialisme. Elle croit pouvoir régler aussi les problèmes qui relèvent très peu de son domaine, comme les divorces, les suicides, etc., les autres sciences sont également interpellées pour produire quelque chose de cohérent. Nos institutions doivent s’adapter à ces exigences nouvelles.

Les conseils-clés

Une équipe pluridisciplinaire, composée de personnes compétentes, est à même de produire un programme cohérent. Elle doit forcément savoir comment intégrer les facteurs-clés de succès, réorganiser l’Etat, concevoir une stratégie intégrée, concertée et ouverte. Je ne vais pas développer outre mesure les outils techniques pour arriver à échafauder un plan d’action cohérent.

Nous avons beaucoup de ressources humaines qui, travaillant ensemble, peuvent le faire. Seulement, il y a quelques lignes directrices qui sont tout à fait incontournables. A la lecture des programmes passés, nous pouvons suggérer d’éviter les dérapages les plus dangereux. Le premier concerne les niveaux décisionnels. A en croire un certain nombre de propositions, l’Etat central serait l’acteur le plus important du processus de redressement économico-social.

Certes, ce serait l’architecte du renouveau. Mais ce sont surtout les instances décentralisées qui seront les bâtisseurs les plus importants du pays. Un pays hyper centralisé, qui décide de 90% des projets et des priorités du pays, ne peut que produire d’énormes erreurs en matière de programmation. Son degré d’efficacité serait si faible que les déperditions de ressources seraient énormes.

Nous avons eu l’expérience de nombreuses décennies d’hyper centralisation, qui ont produit d’immenses gaspillages.Les nations qui fonctionnent le mieux sont celles qui sont très décentralisées. Mais attention ! Toutes les théories de décentralisation évoquent les qualifications humaines comme condition sine qua non de réussite.

Autrement dit, nous devrions avoir au sein de chaque commune, daïra, wilaya, des cellules de développement régionales occupées par des ressources humaines qualifiées pour planifier, exécuter et contrôler un développement local de qualité. Or, dans la plupart des cas, on voit dans les programmes quelques lignes consacrées à la décentralisation, mais que la plupart des décisions sont localisées au niveau central.

Par ailleurs, une communication qui élève les anticipations des citoyens au-delà de ce que permet le niveau de développement du pays serait dangereuse à court et long termes pour tout le monde. Elle va engendrer de la frustration et des tensions sociales de plus en plus grandes. Il ne faut promettre que ce qui est possible.

Toute décision de dépense doit être suivie d’une réponse à la question : comment la financer ? D’où va-t-on drainer les ressources ou réduire une autre dépense ? Sinon on peut faire déraper le budget et l’inflation avec. Il y a de nombreuses autres orientations pour optimiser un plan d’action comme les simulations, les bases de données, etc., mais cela, l’équipe d’experts pluridisciplinaires saura les prendre en charge. Mais ne doit pas rédiger un plan de redressement économique qui veut.

PH. D en sciences de gestion

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