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La chronique de Abdelhak Lamiri

Qu’est-ce qui empêche l’entreprise algérienne d’être compétitive ?

14 juin 2021 à 10 h 27 min

En sciences sociales, on sait qu’il n’y pas de différence d’intelligence entre les peuples, les nations et les races. En dehors des environnements créés que nous ne savons pas isoler, le coefficient d’intelligence serait le même entre les différents peuples et les différentes races. C’est pour cette raison que le racisme est une croyance en perte de vitesse partout. Alors qu’est-ce qui explique que certains pays réalisent beaucoup plus de progrès économiques, sociaux et technologiques que d’autres ?

La réponse ne se trouve pas également dans le volume des ressources à la disposition du pouvoir politique et des citoyens. Elle est surtout liée au type d’environnement créé par les décideurs politiques. Beaucoup de spécialistes en économie du développement sont arrivés à la conclusion que le problème du sous-développement est surtout une question de culture et de pratiques politiques. Nous ne sommes pas très loin de cette problématique quand il s’agit d’une entreprise.

Quelles sont les difficultés qui expliquent pourquoi l’entreprise algérienne n’évolue pas au même rythme que les meilleures entreprises mondiales ? Les causes sont multiples et complexes. On ne peut discerner que les plus importantes et les plus criantes. Ce serait une combinaison de facteurs externes et internes. L’architecture de l’environnement est assurément un fondement de la sous-performance.

Pour les entreprises publiques, ce sont les multiples injonctions, changements de politiques économiques, absence de stratégie et de vision qui font que les responsables pratiquent surtout des politiques de pérennité et non de performance. C’est compréhensible, les facteurs externes pèsent beaucoup plus lourdement que les choix internes. Ils ont un poids plus pesant que dans les entreprises privées même si ces dernières sont également malmenées par les dysfonctionnements externes.

Les maux invisibles

Lorsqu’on évoque la problématique des performances des entreprises avec les managers, on est vite ramené au thème de l’environnement : le système de formation, les banques, les administrations et tout l’écosystème de l’entreprise. Ce serait donc la structuration de l’environnement qui est le principal coupable. Ce n’est pas parce qu’un mécanisme est réel qu’il en exclut tous les autres.

L’environnement peut expliquer entre 30 à 70% des performances d’une entreprise, dépendant de sa situation dans la chaîne des processus économiques. Mais lors de diagnostics très profonds, on se rend compte également que les pratiques managériales internes sont aussi responsables parfois un peu moins parfois un peu plus que les conséquences néfastes du contexte. Ce serait comme un citoyen gravement malade des poumons qui accuse la pollution alors qu’il fume trop également.

Souvent, on ne peut pas changer les milieux externes, mais on peut apporter des améliorations internes qui feront la différence de performance. Il y a une réalité dévastatrice dans les pays en voie de développement y compris le nôtre. Ce sont les décisions importantes basées sur l’intuition et non la science. On les retrouve dans les hautes sphères politiques, les administrations et également les entreprises. Il est humain de considérer que lorsqu’on a une idée personnelle sur un thème elle doit être vraie parce qu’elle émane de nous.

Or, les décisions intuitives sont généralement fausses. Prenez un exemple. Tous les experts nationaux sont d’accord à dire que l’Algérie a besoin d’un plan stratégique sur trente ou quarante ans pour développer une vision commune et coordonner les secteurs d’activités et améliorer l’efficacité des actions de l’Etat.

Mais jusqu’à présent, aucun gouvernement n’a considéré qu’il soit utile d’avoir un tel outil. Pourtant, on sait scientifiquement qu’il est indispensable pour amorcer l’émergence. Même la France qui en a le moins besoin vient de créer un commissariat au plan, en considérant les expériences malheureuses que le pays ait subi durant la pandémie de la Covid-19.

Focaliser sur l’essentiel

Évidemment, lorsque la culture intuitive envahi les institutions politiques, administratives, il n’est pas étonnant que les entreprises suivent. Il est extrêmement rare de trouver une entreprise qui dispose d’un plan stratégique, d’un budget concerté et qui est la base de la responsabilisation, des objectifs dans les départements hiérarchiques les plus bas de l’organisation et on en passe. A chaque niveau hiérarchique, on se fie à l’intuition du chef et parfois à des ordres verbaux et rarement écrits d’entités internes ou externes.

Les règles les plus élémentaires du management moderne sont bafouées chaque jour. Plusieurs auteurs ont démontré que l’intuition non confirmée par l’analyse est souvent fausse (entre autres Taylor). Dans beaucoup de sciences des règles intuitives ne sont pas valables, comme en physique quantique.

Par exemple, en gestion des entreprises, si on double la production on ne double pas le volume de stockage (ce dernier est la racine carrée de la production et d’autres facteurs de coûts). Alors en gestion des ressources humaines, c’est pire encore. Il est normal que l’on ne puisse pas développer dans ce contexte la plupart des décisions qui semblent intuitivement bonnes mais qui en réalité s’avèrent désastreuses.

Ceci explique pourquoi la plupart des managers dans notre pays ou ailleurs, après s’être formés dans un MBA de qualité, ils déclarent souvent : «Nous étions en train de détruire notre entreprise en croyant bien faire.» Il faut expliciter que souvent les hauts décideurs politiques et économiques sont bien intentionnés.

Certains ont consacré toute leur vie au service d’une administration ou d’une entreprise. Ils se sont sacrifiés corps et âmes et n’imaginent pas un instant qu’ils sont en train de ruiner leur entité et induire des conséquences désastreuses pour leurs pays.

Les administratifs qui édictent des normes pour le classement des entreprises de réalisation de logements croient dur comme fer que leur méthode est bonne. Mais le nombre de chantiers en retards, les surcoûts et les malfaçons indiquent tout à fait le contraire. Dans leur méthode, le hard (équipement) prime sur le soft (qualifications humaines, recyclages, systèmes contrôle de qualité etc.). Le résultat serait des pertes colossales pour les citoyens et le pays.

Le classement des entreprises a été basé plus sur les intuitions d’administratives que sur des dizaines de recherches dans le monde sur l’efficacité des entreprises de réalisation de projets. On peut multiplier les exemples pour toutes les entreprises et tous les secteurs. Partout dans le monde, les meilleures entreprises (GE, Toyota…) sont celles qui ont remplacé les intuitions humaines (parfois bonnes mais souvent désastreuses) par des processus scientifiques vérifiables et sans cesse améliorés. 


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