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Pour une reconsidération de la problématique démographique

14 septembre 2020 à 10 h 49 min

La plupart des analystes commencent à s’inquiéter de la résurgence de la problématique démographique. En effet, les dernières tendances donnent lieu à des inquiétudes de plus en plus justifiées.

En 1980, nous avions l’une des plus fortes croissances démographiques au monde avec plus de 3% d’augmentation de la population. Mais ce chiffre commençait à s’améliorer durant les années 90’ pour atteindre 1,3 % en 2000. On commençait à croire que la situation allait être maîtrisée. Mais voilà qu’en 2018, le taux repartait à la hausse pour frôler les 2%. La population augmente chaque année de plus de 840 000 personnes. Sous certaines hypothèses réalistes, nous serions 50 millions vers 2027. La démographie divise les analystes économiques.

D’aucuns diront que l’Algérie pourrait facilement accueillir 120 millions d’habitants au regard de ses potentialités.
Nous ne connaissons pas la population optimale si l’Algérie s’était structurée autrement. Avec une organisation toute autre et une stratégie plus judicieuse, peut-être aurions-nous pu réaliser un développement harmonieux même avec 100 ou 120 millions d’habitants. Nous ne le saurons jamais. Le niveau démographique optimal serait celui où un habitant supplémentaire produirait ce dont il a besoin pour vivre adéquatement.

Un pays accueillerait des habitants supplémentaires tant que les ressources disponibles et l’organisation économique permettent à ces derniers de produire au moins autant de richesses qu’ils n’en consomment. Les pays qui encouragent encore l’émigration sont ceux où les habitants supplémentaires produisent à la nation beaucoup plus qu’ils ne consomment, par exemple le Canada. D’autres ont atteint un seuil de productivité où seules les personnes dotées de très hautes qualifications peuvent satisfaire cette règle. Ce sont les USA par exemple.

Notre cas spécifique

Nul doute que les conditions actuelles de l’Algérie ne lui permettent pas d’absorber efficacement un tel boom démographique. Nous ne parlons pas de potentiel, mais de la réalité économique d’aujourd’hui. Nous n’avons pas atteint la productivité nécessaire pour absorber un tel déferlement d’humains dans notre pays. Avant la crise de la Covid19 en 2020, et après la chute des prix pétroliers de 2014, notre pays engrangeait une croissance économique de 1,8% en moyenne.

Il faut se rendre à l’évidence que c’est trop faible par rapport au reste du monde. La croissance moyenne des pays de la planète durant cette période dépassait les 3% et la plupart des pays en voie de développement, surtout en Afrique, réalisaient des performances beaucoup plus élevées. C’est-à-dire que notre croissance économique actuelle ne couvre même pas l’essor démographique. Le niveau de vie baisse. Cette situation est héritée de plusieurs décennies d’histoires de politiques économiques généralement inappropriées. Mais le pays n’arrive pas à s’en défaire. Tous les programmes et les méthodes utilisés jusqu’à présent n’ont pas produit le redressement nécessaire.

Par ailleurs, cette croissance de 1,8% fut obtenue en puisant plus de 20 milliards de dollars par an des réserves de change. C’est plus de 11% du Produit national du pays (PNB). Donc, nous injectons chaque année plus de 11% des ressources de la rente dans une économie qui ne croît que de 1,8% : nous sommes en situation de singularité économique.

Avec une pareille injection de ressources, un pays normal aurait entre 8 et 12% de croissance économique. Le multiplicateur économique est donc inférieur à 1, ce qui constitue une situation rare dans le monde. La crainte provient plus de notre incapacité à booster la productivité du pays que de l’essor démographique actuel. Une analyse minutieuse de la productivité montre que depuis l’indépendance, nous n’avons à aucune période été capables de l’améliorer et de la rendre compatible avec le développement. Alors, qu’en sera-t-il lors de l’épuisement des réserves couplées à une croissance démographique de 2% ? Nous entrerions alors dans une ère de très grosse incertitude.

Un plan de contrôle démographique

Il est quand même dommage qu’aucun gouvernement n’a songé à un plan spécial et urgent pour maîtriser la démographie. Proche de chez nous, le programme tunisien a ramené la croissance démographique à 1,1%, le Maroc à 1,3% et la Turquie à 1,5%. Le cas tunisien est intéressant à analyser, car le pays a consenti des efforts énormes en vue d’obtenir ce résultat satisfaisant. Il est possible de s’inspirer de beaucoup de ses aspects sans vouloir le transplanter tel qu’il est. Le pays devrait agir dans deux directions simultanément : œuvrer à mettre en place et en urgence un programme de maîtrise démographique.

Parallèlement à cette activité, un plan de redressement économique national qui aura pour objectif d’améliorer la productivité des facteurs en plus d’internaliser les produits et les services stratégiques doit voir le jour. Il est plus que jamais urgent de mettre sur pied une institution d’intelligence parrainée par les plus hautes autorités afin d’aboutir à mettre en cohérence nos capacités de croissance démographiques avec nos possibilités économiques (hors réserves). Ceci n’est pas une mince affaire.

L’Egypte a failli lamentablement à établir une telle corrélation : ne reproduisons pas son scénario. Nous avons le taux d’alphabétisation qui joue en notre faveur. Mais nous n’avons pas encore exploré toutes les potentialités dont nous disposons pour peser sur l’essor démographique. Il nous faut un programme doté d’indicateurs nationaux, régionaux et locaux. Tout un plan de communication serait nécessaire. Un package de motivation qui permettrait aux familles de s’insérer dans le dispositif : l’accès au logement, le montant des allocations familiales et autres doivent être modulés en un système d’incitations efficaces. Pour être accepté, le plan démographique ne devrait pas pénaliser les familles qui avaient procréé avant le programme.

Nous devons supprimer dans toutes les politiques sociales les contradictions qui existent. Pour le moment, par exemple, on octroie des logements en avantageant les familles nombreuses : donc on crée une incitation à procréer. Sans pénaliser les familles qui avaient agi ainsi par le passé, nous aurons à revoir les critères pour l’avenir.

Tout comme il serait nécessaire de réviser en profondeur la politique du logement. La démographie a été mise en veilleuse durant de longues années, car on se permettait d’utiliser la rente pétrolière pour alléger ce fardeau. Il nous sera de plus en plus difficile de le faire. Par conséquent, il est urgent d’ouvrir ce dossier et de l’introduire dans les préoccupations les plus urgentes du pays.

Par Abdelhak Lamiri

PHD. en sciences de gestion



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