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mardi, 12 novembre, 2019
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Politiques de développement et politiques de pérennisation de pouvoir

04 novembre 2019 à 9 h 20 min

Dans presque la totalité des pays, ce sont surtout les considérations politiques qui bloquent les solutions économiques ou technologiques qui permettraient à l’humanité d’avancer à grands pas vers les améliorations attendues.

Aujourd’hui plus que jamais, ce sont les sciences politiques qui sont les plus interpellées pour faire avancer les solutions les plus prometteuses. Alors que l’on continue à solliciter l’économie et les économistes pour trouver les thérapies efficaces à de nombreux problèmes, leur résolution résiderait surtout au niveau de la sphère politique. Ce serait le cas pour les débats sur l’environnement, la santé, la réduction des inégalités et le reste. On presse les scientifiques à trouver des solutions techniques, mais sous des contraintes économiques qui les rendraient presque impossibles à mettre en œuvre.

Prenez le problème du sous-développement, surtout pour les pays qui disposent de ressources appréciables et même ceux qui en sont dépourvus. Pourquoi la situation économique ne s’améliorerait pas à un niveau qui permettrait le décollage économique ? La réponse nous provient de nombreux chercheurs qui avaient consacré de nombreuses années de leur vie à analyser la question. La plupart sont arrivés à la conclusion que le problème est à 99% politique. L’économie ne peut apporter des solutions efficaces que si le champ politique est organisé pour que les mécanismes économiques jouent pleinement leur rôle. Un économiste disait ouvertement qu’il a cessé de faire des recherches sur la problématique du sous-développement depuis la chute du Mur de Berlin parce que tous les problèmes renvoient à des considérations politiques qui n’ont rien à voir avec les problèmes économiques.

Assurer l’émergence ou la pérennité du pouvoir ?

La logique politique souvent diffère considérablement des exigences d’émergence ou de développement économique pour plusieurs considérations. Il y a d’abord la problématique des priorités. Lorsqu’un parti ou une personnalité est au pouvoir, quelles seraient ses priorités  ? Dès lors que son objectif numéro un serait de se maintenir le plus longtemps possible au pouvoir, il aurait des politiques économiques très différentes que si sa priorité serait l’émergence. Alors il va continuer de subventionner des produits et des services tous azimuts, de financer des projets sociaux (logements, énergie, etc.) sans discernement afin de recevoir le plus large appui possible d’un maximum d’individus. Ceci implique que la politique de distribution devient le centre de gravité des politiques économiques. On distribue un minimum de ressources au plus grand nombre possible.

Mais la politique de pérennité de pouvoir exige aussi qu’il faille s’attacher les services d’un grand nombre de détenteurs de pouvoirs de tout genre. Constituer une communauté liée au consensus de la pérennité de pouvoir nécessite de distribuer massivement des ressources aux membres de cette communauté : hommes d’affaires de tout genre, l’appareil judiciaire et l’appareil répressif doivent être chouchoutés, car ils font partie des mécanismes qui assurent au chef la pérennité de pouvoir. Le premier responsable doit donc tolérer les malversations, la corruption et toutes sortes de déviations pour devenir indispensable au maintien de ce cercle allié. Le chef devient un intérêt vital pour cette communauté rompue à faire durer au maximum la présence au pouvoir de leur responsable préféré. Il devient prisonnier de ses choix et ne peut absolument pas lutter réellement contre la corruption et les malversations qu’il a encouragé parfois directement, parfois indirectement. Alors, parler de rationalité économique dans ces conditions deviendrait une pure perte de temps. L’élite qui agit effectivement pour corriger ces dysfonctionnements est facilement combattue, car les adeptes sont nombreux et puissants. Ceux qui essayent par des moyens pacifiques sont souvent considérés comme des naïfs qu’il faut souvent tolérer et parfois sévir en leur direction.

Le problème des délais

Essayer de persuader des dirigeants obsédés par le monopole le plus long possible du pouvoir est peine perdue. Ils n’écouteraient que ceux qui leur prodiguent les voies et les moyens de confisquer le pouvoir le plus longtemps possible. Parler de rentabilité, d’efficacité, de justice économique, de participation citoyenne et autres serait un discours qui leur semble creux. La priorité, c’est distribuer le peu de ressources disponibles pour des circuits qui accroîtraient leur emprise sur le pays. La logique d’émergence ou de développement est tout autre : développer des politiques économiques qui créeraient de la richesse. C’est investir dans les cerveaux humains, la modernisation des pratiques managériales, la promotion des industries scientifiques, l’investissement dans les créneaux porteurs pour créer une dynamique économique et la mobilisation de l’intelligence de tous les citoyens qui vont propulser la nation en pays émergents. Alors les priorités sont diamétralement opposées.

Dans le premier cas, où on privilégie les politiques économiques pour durer, l’Etat crée des marchés pour sa nomenklatura à travers les projets publics : routes, barrages, logements, etc. On les construit cinq à six fois plus chers et de très mauvaise qualité et les projets sont toujours octroyés au cercle fermé qui protège la longévité du pouvoir. Alors les puristes rétorquent : mais alors pourquoi les politiciens au pouvoir ne pratiquent-ils pas des politiques économiques de développement ? Les améliorations se font sentir pour tout le monde et alors les citoyens vont constater que leur bien-être s’améliore et donc vont consacrer les tenants du pouvoir. La réponse est simple : il y a le problème des délais. Lorsqu’on veut redresser l’économie d’un pays, on passe d’abord par une période très difficile. Elle s’apparente à une chirurgie. La situation se détériore quelques années avant de s’améliorer. Alors les politiciens ne veulent pas que la population passe trois à quatre ans dans une situation difficile. Ils peuvent être remis en cause. Alors toute leur politique consiste à durer, à gérer le court terme.

Paradoxalement, ils veulent durer à très long terme avec des politiques du court terme. Ils ne veulent en aucun cas faire cette chirurgie, extirper le mal, souffrir une période et se débarrasser du mal une fois pour toute. Ils ne peuvent tolérer une période difficile, même si elle va être suivie par un bien-être pour tous. Le mal est donc politique. On sait comment développer un pays. Mais on ne sait pas convaincre des politiciens de prendre les décisions avantageuses pour le pays mais qui leur causerait un peu de tort sur une courte période.

Par Abdelhak Lamiri

 PH. D. en sciences de gestion


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