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samedi, 11 juillet, 2020
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Perspectives d’évolution de l’économie

13 janvier 2020 à 8 h 50 min

Le nouveau gouvernement est attendu sur ses promesses politiques mais surtout sur ses réalisations économiques. Le volet politique est en train de se dérouler avec la révision de la Constitution.

Mais les citoyens ont les yeux rivés sur des indicateurs qu’ils considèrent comme cruciaux : la libération des détenus pour opinion politique et la libéralisation de la presse sont scrutées comme les repères phares d’un changement d’attitude des nouveaux décideurs.

Mais pour le moment, ni la sphère économique ni politique ne semblent évoluer rapidement mais les prémices de changement commencent à se manifester. Alors l’éternelle question des citoyens demeure toujours la suivante : l’économie va-t-elle s’améliorer au point de contribuer grandement à lever tous les verrous qui empêchent la population de jouir d’une amélioration importante de son pouvoir d’achat ? Les dernières années, le taux de croissance démographique fluctue bon an mal an autour de 2%. Il y a quand même une légère tendance baissière qui commence à se matérialiser. Mais le nombre de naissances demeure supérieur à un million par an.

Ce qui réduit l’impact de la croissance sur l’amélioration du niveau de vie d’un citoyen moyen. Nous n’avons pas initié une quelconque réflexion sur le phénomène démographique. Il est tout simplement traité comme un phénomène exogène alors qu’il conditionne le devenir économique et politique du pays. Certes, les potentialités économiques et l’étendue du territoire sont gigantesques mais nous n’avons pas mis en place les mécanismes et les dynamiques qui nous permettraient de bien prendre en charge les nouvelles franges de la population. Il est temps qu’une réflexion rigoureuse s’organise sur les conséquences de notre démographie et que l’on intègre cette dimension comme endogène dans nos modèles économiques.

Le potentiel et le possible

Avant la prise de fonction du nouveau Président et la nomination d’un nouveau gouvernement, les prévisions économiques étaient pessimistes. On tablait sur un taux de croissance de 1,5 à 2% pour 2020 avec un tassement qui n’a point de perspectives de s’améliorer. Nous n’avons pas encore le programme d’action officiel du nouveau gouvernement qui doit être présenté à l’APN pour avoir une opinion définitive sur les perspectives d’évolution économiques sous le présent gouvernement, mais on a un faisceau d’indices, des engagements et des préférences souvent exprimées des décideurs. Pour être définitivement fixé sur les nouvelles priorités, il faut attendre aussi et surtout la loi de finances complémentaire qui viendrait apporter les correctifs qui vont consacrer l’empreinte du nouveau collectif en charge de l’économie.

Pour le moment, nous devons nous suffire des promesses électorales, des différentes déclarations et lire entre les lignes les différentes proclamations de responsables. Les premiers éléments font apparaître un revirement substantiel de la politique économique. Alors que depuis vingt ans les décideurs nous expliquaient que leur priorité demeurait la mise à niveau des équipements nationaux, on voit clairement transparaître que les nouvelles orientations priorisent le financement de l’économie productive.

Nous avons vécu avec cette fausse doctrine qui consistait à préconiser que la modernisation intensive des équipements (routes, logements, édifices, etc.) allait donner des marchés aux entreprises, lesquelles vont recruter, se moderniser et investir dans des projets productifs. Cela ne s’est pas passé du tout comme cela. Et c’était prévu ! On a multiplié l’investissement dans les projets d’infrastructures qui n’ont induit en rien un développement industriel ou agricole, sans parler des services. Alors le revirement est salutaire. Nous avons perdu deux décennies à essayer une logique économique hors de notre portée. Nos décideurs n’ont jamais compris que cette stratégie pouvait fonctionner dans un pays développé, mais pas pour un pays en voie de développement.

Les contraintes et les erreurs

Alors, ce premier revirement salutaire va-t-il permettre d’améliorer grandement les performances de l’économie nationale ? Rien n’est moins sûr. Et très probablement que l’on va faire face à d’autres problèmes ! Le premier est celui de la compensation. Le budget 2020 prévoit une baisse des recettes et des dépenses de plus de 8%. Ceci serait en partie la conséquence de l’abandon de la stratégie du tout-infrastructure. L’Etat se démarque des priorités précédentes. Mais il faut compenser cette baisse des dépenses publiques pour éviter de sombrer dans une crise profonde : notamment par plus de crédits à l’économie. Autrement dit, l’investissement productif, public et privé, doit prendre son envol et compenser la baisse des dépenses publiques en infrastructures de toutes sortes. Les banques doivent être instruites de ces dispositions, vu que plus de 90% de l’épargne est logée dans les banques publiques. Mais la recherche d’autres ressources va s’avérer indispensable.

Il nous faut donc plus d’efforts et de pragmatisme pour attirer les ressources de l’informel. L’Etat compte également sur une plus grande libération des initiatives privées pour booster l’investissement productif dans les secteurs-clés que sont l’industrie, l’agriculture et le tourisme. Des mises à disposition importantes de terrains et des avantages de toutes sortes sont en train d’être conçus pour accompagner le processus. Ces efforts iront accompagner les crédits. Tout cela va finir par accompagner l’effort de compensation et permettre un léger mieux dans la production de biens et de services marchands. Mais cela va à peine compenser la croissance démographique et donc le relèvement du niveau de vie. On continuera à avoir plus d’un million de naissances pas an.

Il faut des efforts importants pour ne pas voir l’écart entre disponibilités et besoins se creuser dans le logement, la santé, le transport, l’éducation, etc ; une croissance de 2% serait nettement insuffisante pour faire la différence en termes de pouvoir d’achat. Il faudrait alors atteindre les 5 à 6% pour créer une amélioration suffisante du niveau de vie. Mais pour aller au-delà des 2%, il ne suffit pas de compenser la chute des dépenses publiques. Il faut réaliser des prouesses qu’aucun gouvernement n’a su faire depuis 1962 : professionnaliser l’administration et introduire un management de grande classe dans nos entreprises. Pour le moment, la maison Algérie ne sait pas le faire.

 

Par Abdelhak Lamiri



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