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L’économie peut-elle sauver la planète ?

12 octobre 2020 à 10 h 00 min

C’est un défi d’une extrême complexité que de parler de l’interaction entre l’économie et l’environnement. Des milliers d’experts dans le monde travaillent sur la question. Beaucoup de thèmes sont d’une complication extrême et c’est un challenge que de vouloir les simplifier. Pourtant c’est ce qu’on va essayer de faire.

Au niveau de l’environnement, il y a deux groupes qui s’affrontent : le premier constitué surtout de scientifiques académiques, de chercheurs, de jeunes et de citoyens mobilisés, considèrent que l’économie (les activités humaines) est responsable des maux environnementaux et leurs conséquences que l’on constate : réchauffement climatique, dérèglement des écosystèmes, sécheresse, ouragans, etc. Pour cette coalition, ce sont les êtres humains qui en sont responsables. Pour les climato-sceptiques, le second groupe, le problème est naturel et transitoire et s’est déjà déroulé dans le passé (éruptions solaires cycliques) et il va se résorber de lui-même.

Il est auto-réversible et donc il ne faut pas agir. Mais la vaste majorité des scientifiques et des chercheurs ne croient pas en la thèse de la réversibilité du phénomène et considèrent que l’humanité est en danger. Certain postulent même que dans quelques siècles, la vie humaine sur terre serait terriblement menacée (voir l’ouvrage de Paul Jorion : Le dernier qui s’en va éteint la lumière). La pollution humaine serait la cause principale et si d’énormes efforts ne sont pas consentis en termes de réduction de la pollution (gaz à effet de serre), alors les catastrophes naturelles vont non seulement détruire l’output économique – certains parlent de réduire le PIB mondial de 20% – mais menacer la vie humaine sur notre planète. Des réunions successives des différentes COP (Conferences Of the Parties) qui sont décidées par l’ONU regroupent l’ensemble des décideurs politiques du monde. Elles n’ont pas abouti à des résultats satisfaisants et la situation continue de se dégrader au point d’inquiéter les scientifiques qui figuraient parmi les plus optimistes.

Que peux faire l’économie ?

La problématique est si sérieuse qu’elle inquiète nos meilleurs scientifiques de divers domaines. Ce n’est qu’au début des années soixante-dix que l’on commence à découvrir avec preuves que la situation globale de la planète devient de plus en plus critique pour plusieurs raisons dont deux sont majeures : premièrement, le développement industriel mondial a provoqué une masse importante de gaz dans l’atmosphère qui est en train de dérégler le climat et les écosystèmes. Un danger colossal est en train de s’installer et de menacer l’ensemble des pays de la planète. Deuxièmement, nous n’avons ni les connaissances ni la technologie et encore moins l’organisation institutionnelle mondiale pour faire face à de pareilles menaces.

Face à des périls si importants et une résistance farouche des climato-sceptiques financée par les lobbys les plus puissants de la planète, plus de deux décennies s’écoulèrent en Wait and See avec aucun développement notable. Ce n’est qu’à la fin des années quatre-vingt qu’on commence à activer très timidement et tenter des ripostes trop peu, trop tard. Ce qui nous interpelle en ce sens, c’est l’apport de l’économie.

Lorsqu’on commençait à mettre en place les institutions et les mécanismes pour faire face à ces menaces planétaires, c’était logique de localiser l’entité essentielle au sein des Nations unies.

Le GIEC (Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat). Le GIEC et Al Gore, ancien vice-président des USA, avaient reçu le prix Nobel de la paix pour leurs contributions à l’évolution des connaissances scientifiques sur les problèmes environnementaux. Il fallait faire intégrer ensemble les connaissances humaines en climatologie, physique, chimie, biologie, économie et autres. Nous n’avons pas de méthode pour le faire et surtout pour mettre en place des simulateurs. Il était difficile de communiquer.

L’économie, comme les autres sciences, devait faire des efforts considérables pour évoluer dans deux directions : premièrement mieux évaluer les phénomènes de pollution dans les analyses économiques et mieux communiquer avec les autres sciences. C’est ainsi que plusieurs branches des sciences économiques durent faire des innovations substantielles mais qui demeurent trop insuffisantes par rapport aux retards accumulés.

La science économique acculée

L’économie devait contribuer fortement à fonder de nouvelles connaissances qui pourraient aider les pays et les décideurs politiques à faire des efforts considérables en vue de circonscrire les périls créés par l’homme. Après tout, ce sont les activités économiques qui créent les menaces environnementales. C’est l’avis de la majorité des experts. Mais la théorie néoclassique dominante n’a pas de solution.

L’économie formule essentiellement deux propositions : la taxe carbone et le marché des droits de polluer. La taxe carbone consiste à taxer chaque produit ou service en fonction de son contenu carbone. S’il faut deux fois plus de carbone pour produire une assiette en plastique qu’une bouteille en verre alors l’assiette sera sujette à une taxe carbone double de celle de la bouteille. Ainsi, les industries et les consommateurs vont de plus en plus substituer des produits et des services qui vont contenir de moins en moins de carbone. William Nordhauss a reçu le prix Nobel d’économie en 2018 (avec Paul Romer) pour avoir beaucoup contribué à promouvoir l’idée.

La seconde, c’est de permettre aux industries de polluer en très petites quantités, ceux qui vont polluer encore moins vont être payés pour avoir réduit leur niveau de pollution, ceux qui ont pollué plus doivent payer une taxe pour avoir dépassé les limites. L’économie a fait des améliorations dans d’autres directions : économie du bonheur et économie du bien-être mais pas assez pour peser suffisamment sur le phénomène. Il faut plusieurs décennies pour que la taxe carbone produise ses effets : le temps que le problème environnemental devienne incorrigible.

Les problèmes politiques aussi ne permettent pas son application : voir le cas de la France qui fait face aux gilets jaunes à cause de la taxe carbone. Les pays ne collaborent pas suffisamment pour mettre en place le marché des droits de polluer.

La politique mondiale est en contradiction avec les exigences du règlement du problème. Les problèmes environnementaux mondiaux sont loin d’être maîtrisés. Leurs conséquences risquent à long terme d’être mille fois plus terribles que celles de la Covid-19.

Par Abdelhak Lamiri

PH. D. en sciences de gestion

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