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Le secteur économique public, quel gâchis !

29 mars 2021 à 10 h 00 min

On n’épuisera jamais le sujet sur le passé et le devenir du secteur économique public dans notre pays. Certes, le secteur privé ne manque pas de piment à cause de la corruption, des passes droits et des dysfonctionnements graves qui ont accompagné certaines entreprises de ce secteur.

Mais dans la plupart des cas lorsqu’une entreprise privée est en situation financière compliquée l’état n’intervient pas pour la redresser : elle va tout droit à la faillite. Mais le secteur public est pollué par la politique. Son management obéit à des règles et à des conceptions politiques tout à fait contradictoires avec les règles de gestion d’un secteur public efficace.

Pourtant beaucoup de pays ont montré la voie. La Chine dispose d’un secteur public économique efficace : il arrive à se développer au sein d’une compétition internationale féroce, se permettant même le luxe d’absorber des entreprises occidentales géantes. Mais il est géré avec une toute autre philosophie Pourtant les solutions techniques existent pour gérer efficacement un secteur public économique restreint. On peut faire en sorte qu’il devienne créateur d’emplois et non seulement une source de préservation de l’emploi actuel et un vecteur de création de toujours plus de richesses et son seulement de maintien de l’outil de production. Mais le traitement idéologique du secteur a détruit son avenir et l’économie du pays. Peu de connaissances sont de dangereuses connaissances.

La destruction à grande échelle

Les économistes de gauche qui veulent préserver l’emploi et la production du secteur public à n’importe quel cout ont bonne conscience. Ils croient qu’ils défendent l’intérêt des travailleurs, des entreprises publiques et du pays. Ils se croient les héros incompris d’un système capitaliste aveugle qui détruit tout ce qui est socialement sain au sein d’une économie. Ils sont les anges qui combattent des mécanismes diaboliques. Mais ils ne savent pas qu’ils sont entrain de détruire l’emploi, l’outil de production et l’économie du pays. Nous allons le démontrer à travers le cas concret de notre pays. En moyenne durant les trente dernières années le secteur public économique a employé vers les 480 000 personnes et produit aux environs de 15 milliards de dollars par an, bien sûr hors hydrocarbures.

C’est une estimation plutôt optimiste. Elle conforte l’explication de la marginalisation progressive de ce secteur. Durant cette période, tout en produisant moins de 20% des biens et services du pays hors hydrocarbures il consommait plus de 55% des crédits alloués par le secteur bancaire. Si on rajoutait que les autres 45% sont surtout orientés en fonction d’affinités politiques on comprend en partie les causes de la débâcle de l’économie nationale. Maintenant, nous disposons d’études et de statistiques trop floues pour bien mettre en évidence le gâchis du secteur public économique. Cela n’a rien à voir avec son caractère public ou avec les personnes qui le composent dont certaines sont compétentes, dévouées et d’autres inaptes et corrompues. Mais c’est surtout son mode de management qui demeure si archaïque qu’il a produit une des plus grandes catastrophes économiques connues.

Dans un séminaire à Alger une économiste britannique déclarait « je n’ai jamais été thatchérienne jusqu’à ce que je lise les chiffres sur l’économie algérienne ». Malgré leurs insuffisances elles nous révèlent l’ampleur du désastre. Les chiffres donnés par différentes instances sont trop divergentes.
La somme consacrée par l’Etat aux différents assainissements financiers des entreprises publiques varient de 80 milliards de dollars à 250 milliards de dollars les trente dernières années. Il nous faut une étude rigoureuse pour que les citoyens soient informés correctement. Ces chiffres contiennent les augmentations de capital, les effacements de dettes bancaires et fiscales, les sommes parafiscales supprimées etc. même si on retenait la somme globale de 80 milliards de dollars, le montant est ahurissant. Souvenez-vous, le secteur public économique hors hydrocarbures emploie au mieux 500.000 personnes et produit 15 milliards de dollars. Les 80 milliards de dollars investis dans un nouveau tissu de PME aurait pu permettre la création au minimum de 8 millions d’emplois (4 au début puis 4 millions induits) et permis la production annuelle d’au moins 50 milliards de dollars par an. Voilà la logique de nos stratèges économiques : tuer 8 millions d’emplois au total et 50 milliards de dollars par an futurs pour conserver 500.000 emplois et 15 milliards de dollars maximum au présent.

Peu de connaissances sont de dangereuses connaissances

Nous avons quelques excellents économistes mais énormément d’amateurs. Comment faire la différence entre les deux. Généralement c’est simple.
Les excellents économistes parlent d’orienter les ressources pour créer toujours de nouveaux emplois et toujours de nouvelles activités. Les amateurs parlent toujours de conserver l’emploi et l’outil de production (au-delà du raisonnable). Si on avait créé 8 millions d’emplois, on aurait repêché les 500 000 déjà employés et les mettre dans de nouvelles activités et abandonner les technologies et les activités périmées. Nous aurions éliminé le chômage donc la Hargua et la plupart des maux sociaux, comme la mal vie, l’essentiel du problème de logement, de la santé et autres. On aurait eu plus de taxes pour améliorer les écoles, les hôpitaux (bien sûr avec un management tout autre). Tout cela on ne le voit pas. Le bon économiste voit ce qui sera. L’amateur s’occupe uniquement de ce qui existe. C’est pour cela que le plus important adage que l’on a en économie consiste à dire « Peu de connaissances sont de dangereuses connaissances ».

Ceci implique que si les diagnostics techniques et managériaux montrent qu’une activité n’est pas viable il faut fermer l’entreprise. On prend les travailleurs, on les forme et on les place dans les nouvelles activités que l’on va créer. Personne ne doit être laissé sans ressources. Certains vont bénéficier des essaimages et toutes les techniques de création d’entreprises et de reprise de l’outil de production que l’on connaisse. Mais l’économiste amateur ne pense pas aux bureaux d’études spécialisés en redressement d’entreprises qui doivent faire ce boulot pour que l’économie fonctionne bien.

Une entreprise doit exister et se développer qu’elle soit publique ou privée. Mais une entreprise défaillante doit partir en faillite (sauf une dizaine stratégiques) qu’elle soit publique et privée. Ce principe est strictement respecté en Chine. Ils n’ont pas tué leur nouvelle économie pour conserver une ancienne dépassée. L’outil de production créé par Mao n’existe plus. Tout est modernisé. Nous essayons encore de sauvegarder l’industrie des années soixante-dix. Des personnalités et des analystes s’offusquent lorsqu’on essaye d’appliquer des mesures économiques de bon sens. Nous avons une culture économique unique. Elle n’existe dans aucun autre pays ex-socialiste, sans parler des pays émergents. On pense redresser la situation avec l’industrie industrialisante. Et on ne peut pas réussir l’émergence avec une pensée figée sur une doctrine et une idéologie économiques qui ont échoué partout et toujours.

 

Abdelhak Lamiri

A. L.
PH. D. en sciences de gestion


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