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Le retour du néolibéralisme au mauvais moment

11 novembre 2019 à 9 h 18 min

Non seulement l’économie mondiale, mais tout le destin humain est en train de se jouer sur une très courte période. Les peurs et les anxiétés ne se cristallisent pas uniquement autour d’une future crise économique mondiale – au demeurant curable –, mais sur une vaste dérive environnementale pour laquelle aucune solution n’existe actuellement.

C’est au moment où les défis humains deviennent incommensurables que les populations des Etats les plus développés et les plus prospères au monde se tournent encore une fois de plus sur les porteurs de l’idéologie néolibérale pour corriger les terribles déséquilibres qu’ils ont pourtant eux-mêmes créés. Les sociétés modernes créent de plus en plus, en excès des fissures sociales, des dangers que les institutions modernes ne savent pas éradiquer. Les risques que font courir les grandes firmes mondialisées et les politiciens imbus d’idéologies extrémistes sont tout simplement sans commune mesure.

Les pays les plus avancés de la planète choisissent de mettre à leur tête des personnes qui font des paris osés sur la base de croyances plus idéologiques que scientifiques. Cette manière de procéder vaut aussi bien pour les problèmes économiques que les dangers environnementaux qui menacent la planète. Les êtres humains les plus scolarisés, les plus à l’aise économiquement, ont choisi de mettre à leur tête des personnes comme Trump, Bolsonaro, Scott Morison, Boris Johnson, etc.

Ils sont placés directement ou indirectement par leurs citoyens aux plus hauts postes de responsabilité économique au moment où l’avenir de l’humanité dépend le plus de la sagesse, de la perspicacité et du sens du jugement de tous ses décideurs. En plus des frasques et des incessants buzz qu’ils se permettent de réaliser, alors qu’on attend d’eux responsabilité et retenue, ces personnes ont quelque chose en commun qui semble anodin, mais qui est en fait dangereux pour leurs pays et pour l’humanité toute entière : croire en l’idéologie et rejeter la science.

On croyait le libéralisme enterré

Au milieu de la crise des Subprimes, un tollé mondial s’était élevé contre les politiques néolibérales responsables des dérives qui avaient causé la seconde crise la plus sévère du monde capitaliste depuis celle de 1929. En effet, au milieu des années 1980, on avait levé les contraintes et les formes de contrôle sévères sur les banques pour assouplir dangereusement des règles de contrôle bancaire complaisantes.

C’était du temps de Ronald Reagan. Mais la crise des Subprimes avait donné l’espoir que les citoyens du monde aient pris conscience du simplisme néolibéral pour qui le problème le plus important provenait de l’intrusion de l’Etat dans la sphère économique pour promouvoir une meilleure répartition des revenus de la croissance. On sentait un mouvement vers plus de conscience qu’il faut au contraire plus de contraintes, plus de contrôle pour discipliner le secteur privé et rendre sa démarche compatible avec les objectifs publics.

La «révolte» contre l’emprise du néolibéralisme sur les pensées et les pratiques de politique économique atteint son paroxysme avec les mouvements des étudiants dans de nombreuses universités qui contestaient la primauté de l’enseignement néolibéral sur le reste des disciplines des sciences économiques. Ils ne pouvaient pas comprendre la pertinence de l’équilibre de Arrow et Debreu aux défis contemporains. A cette époque, Sidelski, le fameux biographe de Keynes, écrivait un best seller :  The Return of the Master  (Le retour du maître) pour évoquer la redécouverte de la théorie et des préconisations keynésiennes pour sortir de la crise.

Une fois de plus, ce sont les thérapies keynésiennes qui ont aidé le monde à juguler une deuxième crise sévère (Subprimes) comme ce fut le cas de 1929. Mais dès que la reprise s’est matérialisée dans la plupart des pays, surtout aux USA, les théories et les doctrines néolibérales ont vite commencé à reprendre le dessus, comme si de rien n’était. A la question posée à Eugène Fama, grand idéologue du néolibéralisme, prix Nobel d’économie, sur l’origine des bulles financières, il répondit «mais de quelles bulles financières parlez-vous ?», voulant dire qu’il n’y a pas de bulles financières et que des mouvements de prix abrupts sont normaux et font partie de la nature des choses.

Les risques encourus

Par le passé, les risques encourus par les politiques néolibérales étaient surtout d’ordre socioéconomique. On sait qu’elles vont produire trois choses indésirables : premièrement des crises futures comme elles l’ont fait par le passé. Il est inévitable que le retrait total des contrôles étatiques s’accompagne d’excès du secteur privé qui font dérailler la machine économique.

Par la suite, on fait appel discrètement aux politiques keynésiennes pour remettre de l’ordre et faire comme si de rien n’était. En second lieu, on sait que les graves inégalités économiques et sociales, qui ont commencé à s’approfondir dès la moitié des années 1970, vont être exacerbées avant et après la crise. On continue à accorder des réductions de taxes aux plus nantis au moment où les inégalités sont en train de pousser l’humanité vers la situation d’avant le XIXe siècle où 10% des populations accaparaient 90% des richesses dans le monde.

La troisième conséquence ça sera les effets psychologiques et sociologiques induits par la crise, comme le chômage, le suicide, etc., allant jusqu’à disloquer encore plus les nations modernes. Mais le néolibéralisme a regagné ses gallons au plus mauvais moment parce qu’un phénomène plus grave s’est greffé sur les crises économiques : les risques mondiaux encourus par les déséquilibres environnementaux.

Aujourd’hui, ce qui inquiète plus les citoyens, ce sont les conséquences planétaires des conséquences des activités humaines sur la fragilité des équilibres des différents écosystèmes naturels. Les crises économiques surgiront sûrement, mais au moment voulu on sortira les recettes keynésiennes et après correction des déficits majeurs, on brandira le retour aux équilibres comme une conséquence de la doctrine néolibérale. On s’est habitué à ces pratiques.

On peut vivre avec. Mais lorsque des pays comme les USA, le Brésil et autres continuent à gravement détériorer l’environnement alors qu’on est en train de franchir le seuil de l’irréversibilité, nous n’avons aucune doctrine pour corriger ces excès. Alors, le néolibéralisme devient un danger planétaire, la plus dangereuse arme de destruction massive que connaisse l’humanité.

Nous ne sommes qu’au début du processus. Mais sur le long terme, les futures générations nous en voudront pour avoir été trop naïfs et laissé une doctrine accaparer nos esprits sans faire de discernement de ce qui est utile dans ses schémas et ses préconisations et ce qui est dangereux et qui risquerait de disloquer l’éconosphère (activités humaines) et la biosphère (activités naturelles).

 

 

Par Abdelhak Lamiri

PH. D. en sciences de gestion


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