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mardi, 27 octobre, 2020
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Le management : une technologie sociale sous-estimée

28 septembre 2020 à 10 h 09 min

Nous constatons qu’il y a beaucoup plus de pays qui acceptent volontiers de figurer comme pays sous-développés pour de nombreuses , voire de nombreux siècles encore, alors qu’ils ont le potentiel d’enclencher un processus d’émergence d’un point de vue des ressources et surtout des éléments humains perfectibles dont ils disposent.

La plupart a accepté son éternel statut d’outsider et a abandonné toute idée de défi et d’amélioration substantielle qui permettrait de figurer progressivement parmi les pays de plus en plus capables de figurer parmi l’élite mondiale. Les promesses faites par les dirigeants à leur population se limitent à l’emploi, l’aide au logement, l’amélioration de la santé et autres. Il est vrai que ce sont des paramètres de développement mais combinés à un certain nombre de variables pertinentes qui sont loin d’être considérées. Les populations ont également abandonné l’idée de défier les pays puissants par une organisation sociale rénovée et un nouveau choix des priorités économiques. On se contente d’avoir une économie qui permette de nourrir la population et de contribuer à son logement et un minimum de santé et d’éducation. Les anticipations des citoyens se sont alignées sur les priorités des politiques publiques des différents états. Les pays qui vont assurer à leur population une sécurité alimentaire, un minimum de santé et d’éducation, même de piètre qualité, seront considérés par leur population comme ayant réussi leurs paris économiques et sociaux. Tout le monde est content de vivre toute une vie avec des objectifs très terre à terre et considérant que c’est déjà un exploit que de réaliser ces buts minimalistes.

La vaste majorité des pays du tiers monde s’oriente sur ce modèle qu’on pourrait appeler : la satisfaction d’une performance minimaliste.

Gestion des Anticipations

La chute du bloc socialiste a eu un impact considérable sur les dynamiques sociales d’évolution des différentes nations dans le monde. Mais ce sont les anciens pays du tiers monde qui payent les prix le plus lourds. Ceux qui avaient enraciné des systèmes réellement proches du socialisme comme la Chine et le Pologne ont considérablement transformé leurs nations en puissances économiques tout en ayant des résultats parfois catastrophiques dans d’autres domaines comme l’environnement. Mais les pays du tiers monde sont restés inertes et sans stratégie de rechange comme si leurs élites étaient incapables de leur produire des alternatives de réussite. Ainsi, on se contente d’exister et de voir d’autres pays comme la Corée du Sud, la Malaisie et la Turquie réussir sans raviver une quelconque soif de se développer comme cette poignée de pays qui réussissent. Ils acceptent de vivre avec une croissance à peine égale à leur développement démographique. Un pays ne peut pas avoir plus de performance que ce qui lui est permis par les anticipations de ses politiciens et ses citoyens.

On constate que la vaste majorité des dirigeants des pays du tiers monde ainsi que leur population ont baissé les bras. Quelque part, dans leur inconscient, ils se sont dit : «Le développement n’est pas pour nous. On doit se contenter de manger à notre faim et avoir des systèmes minimalistes de santé et d’éducation.» Il est impossible de faire mieux. Les cultures, les traditions, les lourds héritages des gouvernements passés et les institutions dont on dispose ne nous permettent guère de faire plus que ce que l’on a prévu. Qu’est-ce qui manque à ces pays ? Il ne faut pas être simpliste et considérer qu’il manque une seule chose. Beaucoup trop de lacunes subsistent et les variables à manipuler sont multiples et complexes : méthodologie d’enracinement d’une culture de développement, de transformation des institutions, de transfert des meilleures pratiques pertinentes, de développement des fondamentaux de base, des politiques macroéconomiques appropriées, etc. Mais l’internalisation et l’appropriation de dispositions managériales à tous les niveaux et partout serait une variable clé car elle permettrait de débloquer tout le reste, dès lors qu’on en maîtrise ses manipulations.

Le Management, une technologie sociale sous-estimée

Bien évidemment, lorsque vous échangez avec un dirigeant du tiers monde, il vous dira que nous sommes conscients de l’importance d’un management efficace et notre politique est orientée vers des améliorations substantielles dans ce domaine. On y affecte les ressources qu’il faut pour reprendre en main la situation. Mais lorsque vous effectuez un diagnostic sur le terrain, vous trouvez que les entreprises et les institutions sont dans un piteux état (bien sûr il y a des exceptions) et que les soi-disant améliorations sont si lentes et si minimes par rapport à ce qui se fait dans le reste du monde que le pays est condamné à nager dans le sous-développement pour de nombreuses décennies, voire des siècles encore. Il ne s’agit pas de s’améliorer seulement, mais de le faire mieux et plus rapidement que les pays déjà développés ou en émergence. Nous avons beaucoup d’indicateurs qui nous permettent d’évaluer la capacité d’un pays à améliorer ses pratiques managériales (différentiel de productivité avec le reste du monde, multiplicateur de l’activité économique etc.). Et à travers ces indicateurs, on remarque que ces pays n’ont aucune chance de devenir émergents. Mais ils vont continuer à exister et constater la réussite d’autrui. Un pays se développe avec deux technologies : le hard et le soft. Le premier concerne l’argent, les équipements, les matières premières et autres. Ils sont importants et peuvent permettre de faciliter des améliorations substantielles de politiques économiques.

Mais ils ne sont ni nécessaires ni suffisants (voir les cas de la Corée du Sud). Le second concerne le développement humain et l’utilisation de la science dans tous les domaines de la vie économique et sociale du pays : l’éducation, la santé et autres. Le management en est le pilier. Bien utilisé, il permet à l’Etat d’acquérir une incroyable efficacité dans les mutations des institutions, des entreprises et des performances économiques et sociales nationales. Les Asiatiques l’ont très bien compris. Les anticipations humaines se gèrent également. Tout comme leur comportement. Un peuple n’est que ce que font de lui ses dirigeants. Et on sait comment transformer les anticipations et les actions des citoyens pour les rendre compatibles avec l’émergence puis le développement. Mais c’est lorsqu’on évacue complètement le peu de principes et de mécanismes connus sur l’évolution des nations et les transformations institutionnelles qu’on laisse filer des opportunités immenses de s’améliorer. Mais ceux qui payent les conséquences sont toujours les citoyens les plus fragiles qui n’ont rien décidé.

Par Abdelhak Lamiri

PH. D. en sciences de gestion

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