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dimanche, 05 juillet, 2020
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Le défaut d’ambition et son impact

10 février 2020 à 9 h 00 min

Les débats, les écrits et l’atmosphère générale d’un pays sont très révélateurs de ses ambitions. Ce qui ne manquerait pas d’affecter sérieusement ses performances dans tous les domaines.

On peut lire à travers l’histoire économique d’un pays ses performances et analyser leur corrélation avec les objectifs, les ambitions et les attentes partagées par un grand nombre de ressources humaines. Il serait intéressant que des recherches soient consacrées à la question. Nous avons beaucoup de bonnes thèses (et de moins bonnes) qui ne sont pas utilisées du tout par les décideurs alors qu’elles peuvent faire bénéficier énormément nos entreprises et nos institutions administratives. La relation université et monde du travail étant ce qu’elle est, nous risquons d’avoir beaucoup de réflexions très utiles qui n’auront aucun impact sur le monde réel.

Il serait fort utile de voir comment on peut agir sur le degré d’ambition des citoyens, car cela serait un paramètre-clé du niveau de réussite macroéconomique. Historiquement, nous avons eu une expérience proche du succès. Il faut entendre par réussite en ce sens le fait qu’une grande partie de la population avait cru et adhéré au projet. C’était durant les années 70’. On s’était fixé comme objectif au début de la décennie de faire partie des pays émergents ou qui sont en train d’accéder au rang de pays développés à la fin des années 80’. Beaucoup de nos citoyens y crurent et le projet national fut porté par une majorité de la population. Mais cela ne signifiait nullement qu’on était réellement en train de gagner le pari. Cependant, on avait quand même réussi la prouesse de créer une grande ambition populaire.

Le mental crée le réel

Économiquement, nous sommes entrés dans la décennie du pessimisme. Les questions que posent le simple citoyen ou les personnes formées dans des séminaires sont du genre : sortirons-nous un jour de ce marasme ? N’allons-nous pas connaître des jours très difficiles au point d’avoir des zones ou la famine va se développer ? Nous avons atteint un très bas niveau d’anticipation par rapport à notre devenir. Ceci ne manquera pas d’avoir des répercussions négatives sur l’économie réelle et le niveau de notre développement. De nombreux travaux d’experts en management ont montré il y a fort longtemps qu’un pessimisme ambiant détériore la productivité des travailleurs et le degré de prise de risque des hommes d’affaires. Même au moment où le pays disposait de réserves importantes de plus de 189 milliards de dollars et de prix pétroliers supérieurs à 120 dollars le baril, la population n’anticipait pas le développement et la pérennisation de la croissance.

D’où nous vient cet alarmisme ambiant qui complique davantage la tâche des décideurs économiques ? Le défaitisme était présent même lorsqu’on avait des ressources en abondance. Certes, il est plus marqué de nos jours. La fonte des réserves de change et l’absence de solution aux déficits budgétaire et celui de la balance des paiements compliquent la situation. Le pays aurait essayé de nombreux remèdes qui ont tous failli jusqu’à présent. Les analystes (y compris moi-même) stipulent à chaque fois que les politiques économiques que l’on a retenues sont trop insuffisantes pour juguler une crise d’une telle ampleur. Et alors on joue à se faire peur.

Mais ce qui intrigue le plus les citoyens et les décideurs, c’est l’absence de mise en œuvre de programmes très longtemps classés comme priorité absolue. Qui n’a pas entendu que nous allions assainir la situation du secteur de l’éducation ? Mais à chaque fois, quelques années après, on retourne à la case départ disant que ce que nous avions fait ne marche pas mais on a une autre solution. Qui va s’avérer défaillante elle aussi !

Des réformes qui tardent

Qui n’a pas entendu qu’on allait cibler les personnes les plus vulnérables avec un système d’information performant pour subventionner directement les produits et services aux personnes les plus vulnérables et cesser les subventions inutiles pour les riches ? Des années plus tard, on attend toujours. Qui n’a pas été informé que des experts travaillent sur la question des importations pour les réduire et préserver nos réserves de change ? Mais chaque année, on assiste à une réduction inexorable de nos réserves qui mettent en danger la stabilité économique et politique du pays. Les politiques sectorielles sont également scrutées à la loupe par les citoyens. Lorsque les ressources abondaient et qu’on pompait énormément sur le budget d’Etat pour régler les problèmes sociaux, on croyait pouvoir y arriver. A tel point qu’on disait que le problème de logement allait se régler dans quatre à cinq ans, celui de la santé dans x années, etc. Mais ces horizons n’ont jamais été respectés. Mais lorsque les citoyens avaient découvert l’ampleur de la corruption, ils se sont aperçus que leurs angoisses étaient plus que fondées.

Revoyons les fameux plans d’action des gouvernements passés pour comprendre l’ampleur du catastrophisme ambiant. Les différents programmes alignaient de chiffres sur les futures réalisations : nombre de logements à construire, de lits d’hôpitaux, de kilomètres de routes, etc. En premier lieu, très peu d’institutions d’expertises et de citoyens participaient à la confection de ces plans. En second lieu, à chaque fois l’absence de qualifications humaines effectivement utilisées et d’un management performant qui aurait minimisé la corruption ne pouvait que déboucher sur les tragédies que l’on connaît. De surcroît, lorsqu’on avait une idée qui pouvait fonctionner, il y avait toujours un nouveau gouvernement qui venait l’arrêter au milieu de l’expérience pour tenter autre chose. Comme la consolidation budgétaire qui fut arrêtée tout de suite alors qu’elle commençait à produire quelques résultats. Le contenu psychologie de masse fut aussi absent des programmes de gouvernement.

La communication était absente des priorités publiques. De toute façon, pour réussir à inculquer une grande ambition il fallait des programmes d’action efficaces et crédibles. Mais ces aspects furent de toute façon le talon d’Achille de nos décideurs. On ne pouvait donc que déboucher sur un alarmisme qui nous complique énormément la conduite des politiques économiques. On est en plein dedans. La tâche devient plus compliquée. On attend que le prochain programme aille inclure la dimension communication pour améliorer ses chances de booster l’économie.

Par Abdelhak Lamiri

PH. D. en sciences de gestion



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