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Economie du savoir : ce qui nous manque

24 mai 2021 à 10 h 00 min

Il est très judicieux de miser sur l’économie du savoir pour booster la croissance et la diversification de l’économie. C’est un choix gagnant dans le contexte des restructurations économiques fondamentales qui s’opèrent à travers le monde.

Le processus de diversification d’une économie au-delà de ce que pourrait permettre une économie du savoir est tout simplement impossible à réaliser. On ne peut pas avoir une industrie, une agriculture et un secteur des services plus productifs que ce qui serait permis par l’économie de la connaissance et les industries du savoir (dont la corrélation est évidente avec la première). On ne peut pas avoir, par exemple, une industrie avec une efficacité de huit sur dix, alors que l’économie de la connaissance et les industries du savoir sont au niveau 3. Pourtant, nous avons beaucoup essayé de faire fi de ce principe depuis 1962.

Depuis l’indépendance, nous avons toujours opté pour un développement économique qui dépasse de loin nos capacités scientifiques et techniques. Considérons les différents classements internationaux (PISA, Davos). Nos systèmes scolaires, universitaires, business schools, etc., se classent parmi les 10% derniers dans le monde. Certes, le système de classification n’est pas protégé contre toute critique, mais ce serait quand même un indicateur approximatif. Les systèmes universitaires et scolaires sont le point de départ du développement de l’économie du savoir.

On peut tout de même faire usage de nos ressources humaines compétentes à l’étranger pour nous aider à redresser la situation. Mais nous avons besoin de tout un écosystème d’institutions de grande classe à architecturer afin de rendre possible l’éclosion de l’économie de la connaissance et des industries du savoir qui sont indispensables à une croissance accélérée.

Les prérequis

Beaucoup de pays ont essayé de développer outre mesure les niveaux de productivité des secteurs économiques hard (agriculture, industrie, etc.). On s’est entêté à vouloir booster au-delà de ce qui est possible la production de biens et de services. Nous nous sommes obstinés à faire fonctionner une économie diversifiée et capable de conquérir des marchés internationaux sans disposer du capital scientifique et des qualifications humaines dont jouissent nos concurrents. Certes, les facteurs naturels sont importants : matières premières, niveau des salaires et autres.

Mais les facteurs de compétition créés sont devenus depuis longtemps supérieurs aux potentialités des facteurs naturels. La hollande devient un des leaders mondiaux de production de fleurs, alors que son capital naturel ne lui permettait en aucun cas de prétendre être parmi les meilleurs dans ce domaine. Mais son capital scientifique lui a permis de figurer parmi les tout premiers pays exportateurs dans ce domaine.

Le véritable capital d’une nation moderne demeure la science et le niveau des qualifications humaines. Tout le reste est secondaire. Pourtant nos décideurs connaissent ces principes et ces exemples. La Corée du Sud est l’un des pays les plus pauvres en matières premières et en potentiel de développement agricole. Pourtant, son capital scientifique et ses qualifications humaines lui ont permis d’être la onzième puissance économique mondiale, tout en aspirant à se hisser au rang de n° 7 vers 2050. Nous avons amorcé timidement une ouverture vers les start-ups et les technologies avancées.

Quelques avantages sont logiquement octroyés à ces activités. Ce qui ne manquera pas de produire quelques réussites et permettra d’acquérir une certaine expérience dans la constitution d’un secteur économique hautement stratégique. Mais comme une hirondelle ne fait pas le printemps, quelques réussites ne vont pas révolutionner nos modes de fonctionnement et nos priorités économiques. Alors qu’il s’agit d’opérer une réingénierie économique globale, les écosystèmes évoluent trop lentement pour matérialiser une différence substantielle.

Travailler sur le long et le moyen termes

La base d’une industrie scientifique est et sera toujours un système éducatif de très grande qualité. Depuis de nombreuses années, on ne cesse de clamer que nous sommes à la veille de moderniser notre système éducatif pour le rendre compétitif à l’échelle internationale. Quelques années plus tard, on assiste encore une fois de plus à une régression au niveau de tous les classements internationaux. Il est clair qu’on ne peut pas dans le contexte de ce bref aperçu montrer comment on doit opérer une réingénierie sectorielle de sorte à révolutionner nos pratiques et permettre de réaliser les améliorations attendues. Ce n’est pas par hasard si les politiques sectorielles ont rarement produit les effets escomptés. C’était prévisible.

Lorsqu’on compare ce qu’on devrait faire pour améliorer le système éducatif et ce qu’on est en train de faire, on se rend compte tout de suite que l’on est en train d’errer. Un seul exemple suffit : gérer, c’est mesurer. Comment peut-on gérer quelque chose que l’on ne mesure pas. Quel est niveau moyen en mathématiques à divers échelons sur une échelle de 0 à 20 dans notre pays ? Nous n’avons même pas l’outil de mesure, donc pas de système managé.

Par ailleurs, quand bien même on peut faire quelques améliorations, mais lorsque le reste du monde évolue plus rapidement que nous, force est de constater qu’on ne peut que reculer. L’amélioration sectorielle devient une affaire de Benchmarking (étalonnage ou comparaison). Redresser les systèmes scolaires et universitaires n’est pas chose aisée et demande du temps et des ressources. Nous ne sommes pas obligés d’attendre que les prochaines générations soient formées selon les standards internationaux pour entamer une relance économique basée sur les supports scientifiques et des ressources humaines de qualité.

On peut accélérer le processus par toute une industrie des recyclages qui consiste à aider à mettre à niveau à un certain degré les personnes et les institutions. Mais la faiblesse de cette industrie des recyclages pose elle-même problème. Il faut la monter d’abord, mobiliser les ressources pour en disposer de cet outil très précieux. La Chine avait accéléré son développement grâce à cette industrie qui avait permis de moderniser les institutions et de hisser les qualifications humaines à des niveaux très appréciables. Nous devons travailler dans les deux directions pour créer un système des start-up efficace : tout en modernisant l’école et l’université, faire émerger toute une industrie (dans laquelle figure en bonne position les systèmes de formation professionnelle et universitaire) des recyclages qui va créer un différentiel de performance humain et institutionnel.

Sans cela, l’écosystème actuel ne peut pas supporter une telle ambition nationale. Les hommes et les institutions n’ont pas encore atteint les niveaux requis pour créer une mutation des performances capable de faire la différence en matière de croissance économique.

Abdelhak Lamiri  , PH. D. Insim Sup


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