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Économie algérienne : faut-il avoir peur de l’avenir ?

09 septembre 2019 à 9 h 17 min

Pour beaucoup de citoyens, c’est la question qui les contrarie le plus : que faut-il envisager et comment riposter en matière de devenir de l’économie nationale ? Certes, l’économie n’est pas la seule préoccupation de la vie des citoyens, mais même les autres dimensions y sont intimement liées : la santé, le bien-être, les interrelations humaines, etc.

Mais c’est cette question qui constitue la préoccupation essentielle des citoyens. Les pouvoirs publics sont interpellés de toutes parts. Les représentants de la société civile, les citoyens ordinaires, les experts, les ONG et différentes institutions de tous genres réclament un plan de riposte économique qui devrait endiguer les conséquences de plus en plus néfastes d’une crise qui dure sans que personne voit le bout du tunnel. Une sorte de paralysie collective s’est emparée du pays. Il faut dire que la situation politique est l’ultime cause de l’immobilité, même si la crise date de 2014.

Chaque individu, pris isolément, comprend et réclame une réponse claire et collective à la crise. Les citoyens sont d’accord pour disposer d’une feuille de route de sortie de crise pour s’inscrire dedans et commencer à agir en conséquence. Chaque institution prescrit de se concerter avec d’autres afin de contribuer à façonner des politiques sectorielles qui s’inscriraient dans une démarche globale pour venir à bout de la crise. Mais rien n’y fait ! Nous sommes en attente d’un plan d’urgence depuis 2014 et d’un plan de développement tout court depuis 1986. Tout le monde est pour une réplique, personne n’ est contre, mais rien ne se fait. Nous voyons venir ce mur de fin des réserves de change avec une crise grave, mais personne ne fait rien pour arrêter cette marche infernale vers une grosse catastrophe.

Des tentatives timides, vite oubliées

Juste après la chute vertigineuse des prix des hydrocarbures, le gouvernement avait commencé à se doter d’outils rudimentaires de gestion de ses opérations. Une trajectoire budgétaire fut élaborée sur la base d’indicateurs imprécis (comme les prix pétroliers projetés par l’AIE, qui a souvent raté ses prévisions). Comme l’équipe qui a conçu le schéma ne pouvait en aucun cas agir sur les paramètres vitaux qui devaient transformer le mode de fonctionnement de l’économie algérienne : les politiques sectorielles, l’éducation, la santé, l’administration, le taux de change, la modernisation managériale, le plan de développement, etc., il ne pouvait y avoir que de maigres contributions comme output de leurs réflexions. Mais même ce minimum, très insuffisant, fut tout de suite abandonné par le nouveau Premier ministre au profit d’un gonflement inconsidéré des dépenses qui a tout remis en cause.

Lorsqu’un département ministériel change d’occupant, généralement tout ce qui a été fait par le prédécesseur est remis en question, même les décisions sensées. Nos cadres sont familiers avec ces pratiques qui ont découragé plus d’un. Il est connu en économie que la variabilité des politiques économiques est l’ennemi numéro un de la stabilité et surtout des performances économiques. Alors face à ces revirements fréquents de décisions marginales de politiques économiques et d’immobilisme sur les grands sujets décisifs (dinar, plan, salaires) sommes-nous condamnés à envoyer des signaux lugubres à nos citoyens ? Pour le moment, le moins que l’on puisse dire est que la situation est totalement imprévisible. Depuis 2014, il y a comme une paralysie totale du système.

On voit que l’on se dirige tout droit vers des situations de plus en plus graves et on laisse le canoë continuer sa route pour se fracasser contre un rocher. Même la riposte minime et insuffisante (cadrage budgétaire) a été tout de suite abandonnée sans plan de substitution. Alors, sommes-nous condamnés à vivre au jour le jour en espérant un miracle ? Il est normal que les citoyens soient déroutés. Lorsque la trajectoire mène tout droit à une catastrophe, on est en droit d’espérer que le pilote tente des manœuvres de sauvetage. Lors de la prise de décision, parfois on ne sait pas que c’est la bonne ou la mauvaise. Mais ne rien faire, c’est forcément la mauvaise option. Alors face à ces considérations, il n’est pas normal de se contenter d’exister et d’espérer. Il serait plutôt opportun d’agir et d’espérer prendre la bonne décision.

La complexité de la riposte

Les citoyens ont raison de craindre l’avenir, car il y a peu d’indices qui permettent d’inciter à l’optimisme. Mais d’un autre côté, le pessimisme enfante forcément l’échec. Ce sont les comportements inappropriés des citoyens qui vont compliquer le redressement tant souhaité par les citoyens eux-mêmes. La plupart de ces derniers ont tellement attendu des décisions salutaires que les problèmes deviennent des urgences nationales. Comment convaincre un citoyen sans emploi décent, sans logement, sans soins appropriés, etc., et qui a déjà attendu plus de vingt ans des améliorations qui ne viennent pas, que ses problèmes sont sur le point de s’arranger. La démographie est en train de gagner la bataille économique. Les anticipations de redressement de la situation, après un changement politique profond, seront forcément déçues les premières années, après une sérieuse prise en charge des revendications. En plus des mutations économiques profondes, les redresseurs auront à gérer les anticipations des citoyens. Ces dernières peuvent faciliter la transition ou faire déraper tout projet sérieux.

Considérer les conséquences d’un glissement du dinar serait un passage obligé pour tout redressement sérieux de la situation. Pourtant, c’est une mesure indispensable qui va dans un premier temps compliquer la vie des citoyens (deux à trois ans) avant de donner des résultats meilleurs. Encore faut-il que les mesures d’accompagnement soient judicieuses pour produire les effets escomptés. Lorsqu’on va orienter plus de ressources vers l’investissement productif, la science, la recherche et développement, un meilleur management des entreprises et des institutions à but non lucratif, une mise à niveau des qualifications humaines, pendant une période de deux à trois ans au moins, ces ressources seront soustraites, en partie, aux dépenses sociales dont on s’est habitué. La réorganisation de l’État, plus de décentralisation et plus de pouvoir octroyés à l’expertise au lieu des administratifs, demande du temps pour produire des résultats.

On peut alléger ceci avec une meilleure répartition des salaires, plus de solidarité et des efforts en matière de taxes et une réduction des dépenses extravagantes. Mais il reste que même si les décisions les plus judicieuses seront prises, la population doit être préparée psychologiquement qu’avant à s’améliorer, car cela va s’empirer. Pourvu qu’une bonne gestion de la transition rende cette période la plus courte possible.


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