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Repères économiques

Dispositifs de création d’entreprise : rôle économique et social

04 février 2019 à 9 h 36 min

La création d’entreprise est l’un des indicateurs les plus précieux de prospectives économiques. Si on veut se projeter dans l’avenir, l’un des repères les plus précieux serait combien d’entreprises on crée par 100 000 habitants.

Car ce sont en grande partie les entreprises créées aujourd’hui qui vont produire la richesse et les emplois de demain. Ce n’est pas la seule variable. Il y en a beaucoup d’autres. Mais elle est déterminante. Avec un taux de chômage des jeunes qui dépasse les 28%, l’option d’opérer surtout par le développement des micro-entreprises est amplement justifiée. L’option économique est d’autant plus justifiée que le niveau d’importation devient intolérable, alors que les possibilités de substitution sont énormes.

Les justifications économiques sont nombreuses et peuvent se décliner en plusieurs points. Le débat concerne rarement la pertinence de ces nombreux programmes de création de micro entreprises comme l’Ansej, la CNAC l’Angem, etc. Il est centré surtout autour de leur efficacité respective à résoudre les problèmes pour lesquels ils ont été créés.

Un des objectifs serait de créer les 50% de PME/PMI qui nous manquent pour avoir une économie de taille normale. L’économie algérienne est de dimension modeste par rapport à sa population, son potentiel et l’immensité de son territoire. Elle évolue faiblement par apport aux ressources injectées et aux besoins de sa population dont le rythme inquiète. Vingt ans auparavant, le Maroc était plus peuplé que nous. Actuellement, notre population dépasse les 44 millions, alors que le Maroc n’est qu’à 36 millions d’habitants. Nous allons dépasser 50 millions en 2025.

La justification est également sociale

Donner un coup de pouce à la création d’entreprise serait la chose la plus sensée à faire. De surcroît, l’abondance de ressources investies dans les infrastructures avec des surcoûts colossaux plaide pour un meilleur équilibrage des ressources et investir dans différents secteurs pour créer cette économie hors hydrocarbures dont on parle tant.

Vus sous cet angle, les efforts déployés en vue de combler les vides économiques sont plutôt insuffisants. Mais il y a une autre dimension sur laquelle insistent les économistes quant à la distribution du crédit au sein d’une économie particulière : la reproduction des inégalités au sein d’un pays. C’est le mode de management du crédit au sein d’un pays qui détermine le degré de démocratisation économique.

Dès lors qu’on a un système qui ne prête qu’aux riches, l’entrepreneuship se reproduit dans un pays en ne recyclant que les citoyens aisés ou leur descendance. La meilleure manière de démocratiser le processus économique serait d’ouvrir les vannes du crédit aux porteurs de projets économiquement et socialement utiles et non aux seuls possesseurs des capitaux mobiliers et immobiliers.

Le rôle du crédit est donc économique et social. La meilleure manière de réduire les inégalités dans une nation serait de démocratiser le crédit et l’éducation. Ce sont les ascenseurs sociaux les plus efficaces. De ce point de vue, les crédits Ansej et autres auraient pu jouer ce rôle vital. Mais il ne leur est pas reproché la faillite dans cette mission primordiale.

On met en doute surtout leur efficacité économique. Les analystes de l’efficacité des dispositifs sont perdus au sein de la jungle des informations et des déclarations de responsables souvent contradictoires. De hauts responsables de ces programmes affirment que le taux de remboursement avoisine les 84%, ce qui serait une performance enviable même comparés aux pays les plus avancés dans ce domaine.

Le rapport de la Banque d’Algérie de 2017 donne un taux d’impayés de ces dispositifs de 42%. Ce qui rend problématique toute évaluation en ce sens. Un haut cadre de l’Etat donnait même le chiffre de 10% de taux de mortalité des micro-entreprises créées dans le cadre des dispositifs de l’Ansej. Si les données sont correctes, alors nous aurions l’un des meilleurs programmes au monde. Ailleurs, les taux de mortalité avoisinent 15 à 35%.

Les industries du savoir

La justification économique et sociale de ces projets peut être contrebalancée par une performance trop insuffisante. La nécessité d’établir un audit neutre et transparent est à même de situer les insuffisances les plus importantes afin d’y apporter les remèdes appropriés. Le Cread gagnerait à rendre publics les éléments d’études dont il dispose sur la question. On y verra certainement plus clair. Cependant, la grande observation critique que l’on puisse faire à ce programme est commune à tous les autres.

Elle consiste à essayer de réussir des programmes complexes en faisant comme si c’était trop simple et en se passant des industries de la connaissance. Ceci est valable pour les plans de relance, l’amélioration du système de santé, la solution au problème de logement et le reste. On croit qu’il suffit de ressources financières et des institutions disponibles pour que tout marche. De ce fait, on omet de penser aux facteurs-clés de succès : les industries de la connaissance qui vont faire fonctionner efficacement ces dispositifs. C’est une erreur trop commune mais fatale.

Il manque les éléments qui sont les facteurs- clés de succès de réussite des micro-entreprises. Le premier élément de la chaîne, c’est un tissu d’entreprises de formation spécialisées en identification, apprentissage et évaluation des candidats à la création d’entreprises. Il s’agit d’instances capables de former de l’ouvrier spécialisé pour créer une entreprise de maintenance à un master en informatique pour concevoir des solutions aux grandes entreprises : former et évaluer le potentiel d’entrepreneurship.

Ce n’est pas une mince affaire. Nous n’avons qu’un embryon insuffisamment qualifié d’entreprises en ce sens. Le second chaînon, ce sont des entreprises accompagnatrices. Lorsque le candidat formé et évalué reçoit un crédit, il n’est pas livré à lui-même. Il rentre dans une société spécialisée en accompagnement managérial. Pendant trois à cinq ans, il est conseillé et suivi par des experts en développement de micro-entreprises dans toutes les fonctions (marketing, finance, qualité, etc.). Il ne peut pas vendre son matériel et disparaître.

Ce n’est que lorsque l’entreprise devient rentable qu’elle est libérée de sa tutelle. Il y a des entreprises publiques et privées dans ce domaine dans le monde. Beaucoup de pays ont développé leur propre méthode de création d’entreprises (CEFE en Allemagne PIPO en Belgique, etc). C’est cet entêtement à vouloir réussir un tas de programmes (réforme administrative, exportation, santé, etc.) sans les industries du savoir concomitant qui nous causent beaucoup de dérapages dans tous les domaines.

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