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lundi, 10 août, 2020
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Des urgences pour alléger la crise

09 décembre 2019 à 9 h 00 min

L’économie algérienne est entrée dans une longue phase de récession depuis 2014. Elle n’est pas près de se redresser. Souvenez-vous du trend baissier de l’économie nationale qui avait débuté en 1986. La tendance à la hausse n’a commencé qu’après 2002, soit seize ans après. Tout comme cette précédente période, la situation économique actuelle se greffe sur un environnement politique des plus délicats.

La présente crise a toutes les caractéristiques d’une situation qui va durer longtemps. A moins que les événements internationaux vont propulser les prix pétroliers à des sommets historiques comme ceux des deux dernières décennies de ce siècle. La seule chose qui puisse sauver notre économie pour le moment ce sont des événements extérieurs sur lesquels nous n’avons aucune emprise. En termes plus simples, l’avenir est en grande partie indépendant de notre bonne volonté, à moins que les pratiques de politiques économiques changent radicalement.

Certes, il y a quelques pistes salvatrices. Mais nous ne sommes pas préparés à les explorer. Aussi bien la population que les décideurs semblent chercher des instruments et des politiques plaisantes à mener et rétablir avec les équilibres et le niveau de vie de 2013.

Qui a le courage de dire comme Churchill : «Je n’ai rien à vous promettre que la sueur et le sang, mais en fin de compte la victoire.» Il y a toujours un prix à payer pour obtenir le bien- être. On a dû payer un prix lourd pour obtenir l’indépendance politique. Le prix à payer sera également lourd pour obtenir l’indépendance économique et l’émergence. Rien ne sera facile et tous les indicateurs le montrent.

La complexité de la situation

On apprend aux économistes au courant de leur formation qu’on doit faire la distinction entre les problèmes conjoncturels et les problèmes structurels. Les premiers, qui sont à court terme, ont souvent comme origine des chocs (prix pétroliers, remous sociaux) qui induisent les agents économiques à peu consommer et donc à peu investir. Les politiques budgétaires et monétaires de l’Etat sont appelés à compenser la baisse de l’activité qui émane des comportements des agents économiques. Pour notre cas, nous avons déjà un premier problème sérieux qu’il faut régler.

Le budget 2020 situe les dépenses de l’Etat à la baisse. Ce qui va accentuer le chômage et la récession. En effet, les dépenses et les recettes publiques sont prévues à la baisse de plus de 8%. Considérons que le budget public représente plus de 35% du PIB (plus de 45% avant 2015), les conséquences seront importantes. L’économie sera tirée encore à la baisse.

Ce n’est pas une erreur de politique économique. Mais cela peut l’être si on ne compense pas cette réduction par d’autres activités qui vont combler le déficit, par exemple l’investissement productif et un effort des banques.

Les problèmes que rencontrent nos décideurs ne sont pas simples. Nous devons faire face à de nombreuses contraintes en même temps. Ils ont aussi à corriger des déséquilibres structurels graves : une bureaucratie paralysante, un excès de dépendance de l’économie des dépenses publiques, une démographie galopante et une culture d’assistanat enracinée dans les coutumes depuis des décennies.

Il n’est pas étonnant de voir que les candidats à la présidentielle font des promesses mirobolantes. Cela reflète la sociologie de notre pays. Tout un chacun attend le salut de l’Etat sans l’effort qu’il faille faire. Il faut la victoire, mais sans le sang et la sueur. Certes, les candidats citent une phrase ou deux sur les sacrifices qui nous attendent, mais très peu focalisent sur cet aspect correctif indispensable. Il ne faut pas en vouloir aux candidats de se faire l’écho de la philosophie populaire. Celui qui dira que pendant trois à cinq ans toute la population va trimer afin de commencer à remonter la pente sera vite renvoyé à ses activités passées.

Les deux pistes salutaires

La première piste est comment mobiliser les ressources pour faire fonctionner la machine économique à un niveau normal, au vu des bouleversements qui se propagent au sein de l’environnement. Nous devons avoir une croissance minimale de 5% pour absorber la croissance démographique de 2,4% et commencer à avoir quelques ressources pour créer de l’emploi aux chômeurs et éviter que le niveau de vie général ne fléchisse. La croissance de 2,6 prévue ne peut éviter une quasi stagnation du niveau de vie et des possibilités de créer une dynamique porteuse d’espoir de création de richesses et d’emplois. Seule l’inflation semble être sous contrôle.

Mais il est normal qu’en période de crise de l’emploi et de croissance, on a des taux d’inflation bas. Pour la mobilisation des ressources, tout le monde lorgne sur les ressources de l’informel qui, selon les estimations diverses, seraient de l’ordre de cinquante milliards de dollars. Pour cela, on préconise de revoir la législation pour faciliter l’intégration de ces ressources et ouvrir des fenêtres de financement islamique dans la plupart des banques.

Les deux mesures préconisées pour mobiliser plus de ressources sont une réglementation plus souple et faire usage des produits de la finance islamique.

On aura quelques ressources avec ces tentatives mais pas au point d’éliminer les déficits budgétaires qui se profilent à l’horizon. La deuxième orientation paraît relativement plus simple à mettre en œuvre : ce sont les crédits à l’économie.

Nous avons deux problématiques dans ce contexte. Il faut que l’augmentation des crédits à l’économie compense la baisse des dépenses budgétaires pour ne pas aggraver la récession. Le calcul est vite fait et les montants correspondants doivent aller fouetter l’investissement productif. Le second élément consiste à orienter cet argent vers les entreprises efficaces, celles qui dégagent un taux de valeur ajouté important.

Rien ne sert d’orienter ces ressources vers des entreprises budgétivores. Mais la troisième chose qu’aucun gouvernement n’a su faire est comment améliorer la productivité. Cela a été le point faible de l’économie algérienne depuis 1962. Nous allons lui consacrer quelques rubriques ultérieurement. Pour le moment, aucune promesse d’un candidat ni les politiques préconisées par le gouvernement ne prennent en charge sérieusement cet écueil que personne n’a pu éviter depuis l’indépendance

 

Par Abdelhak Lamiri

PH. D. en sciences de gestion



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