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Repères économiques

Avons-nous besoin de ressources financières ?

18 janvier 2021 à 10 h 00 min

ll y a des tabous qui ne meurent jamais. Et celui-ci en est l’un des plus illustres. Chaque séminaire, chaque rencontre, chaque analyse fait ressortir la nécessité de mobiliser plus de ressources financières pour se développer.

Cela paraît si évident et si simple qu’on ne remet pas en cause cette tautologie. Et pourtant, on se trompe lourdement. L’Algérie n’en a pas besoin et durant la plupart des périodes historiques que nous avons traversées, nous n’avions pas autant besoin d’argent pour se développer.

On exclut la période du début des années 90’ où on avait une énorme dette qui ne pouvait être payée sans rééchelonnement ; là, il nous fallait des ressources. Mais durant le reste des périodes, on avait suffisamment de moyens pour opérer un développement harmonieux.

Actuellement, nous avons toutes les ressources pour se développer. Mais on est en train de chercher partout pour en trouver. Les yeux sont rivés sur le secteur informel et comment intégrer ses quelque 70 milliards de dollars pour financer l’économie et amorcer un nouveau développement économique.

On espère aussi qu’après la période Covid, l’économie mondiale va amorcer une reprise et donc les prix des hydrocarbures sur les marchés internationaux vont connaître une embellie et nous pourrions disposer de plus de ressources pour se développer.

Mais pour beaucoup, il faut développer des trésors d’imagination pour débusquer ces ressources qui vont contribuer à l’essor de notre économie. Personne n’ose remettre en question ce postulat de mobiliser beaucoup de ressources pour développer l’économie nationale, créer des emplois et amorcer l’émergence.

Les évidences sont souvent trompeuses

L’idée selon laquelle nous avons besoin d’une abondance de ressources pour décoller économiquement pourtant fausse est acceptée par une vaste majorité de citoyens.

Nous avons des preuves historiques et actuelles et je n’en citerai que deux. Durant les deux dernières décennies, nous avons amassé plus de 1200 milliards de dollars alors que de 1962 à 2000, on n’avait eu comme recettes extérieures qu’environ 380 milliards de dollars.

On avait amassé une immense richesse qui nous a permis de constituer quelques infrastructures (valeur sûrement inférieure au tiers de nos investissements) mais l’économie souffre toujours d’un déficit de compétitivité. Les secteurs de l’habitat, la santé et l’éducation sont toujours dans une situation délicate.

L’émergence est encore un rêve lointain et les acquis sont de loin dérisoires par rapport à ce qu’on aurait pu faire avec ces ressources. Bien sûr qu’on se faciliterait la tâche avec des ressources. Mais elles ne constituent ni une condition nécessaire ni suffisante. Beaucoup de ressources peuvent induire beaucoup de gaspillages et pas de développement.

La seconde preuve serait l’expérience de la Corée du Sud. Lorsqu’au début des années 60’, le pays commençait ses plans de développement, le blocage le plus important était les ressources financières.

L’agriculture ne dégageait que de maigres surplus. L’aide internationale était minime et permettait à peine de participer à alléger le problème de nourriture pour une partie de la population. Mais alors comment financer les industries et la science dont rêvait le pays. La solution fut simple : l’endettement international.

Le pays a financé son développement par les crédits internationaux (surtout allemands) et avait amorcé l’émergence avec l’endettement extérieur.

Il ne faut surtout pas copier ce modèle, car nous ne savons pas, comme les Coréens, utiliser l’endettement. Avec les ressources extérieures, ils ont su développer des activités compétitives à l’exportation pour payer la dette et se développer avec les surplus. C’était juste pour expliquer qu’on peut se développer sans ressources propres si on sait les utiliser.

Chez nous, les ressources ne produisent pas des ressources

Alors considérons pourquoi chez nous les ressources ne produisent pas des ressources. Supposons qu’on arrive à mobiliser 70 milliards de dollars de l’informel. Nous allons être à l’aise trois ou quatre ans. Une partie de ces ressources, pratiquement le tiers, vont alimenter l’importation.

Parce que même si une autre partie, au moins le tiers sera donné en crédits à des entreprises, ces derniers vont fonctionner à 30% de taux d’intégration et seront dans des activités à très faible valeur ajoutée.

Une autre partie sera affectée aux besoins sociaux comme les logements, on va construire quelques routes et écoles et universités et on clamera haut et fort que le processus de développement a commencé et qu’il faudrait continuer à faire la même chose jusqu’à ce que le processus devienne irréversible.

Trois ou quatre années plus tard, lorsqu’il ne restera plus rien des ressources, on commencera à chercher encore d’autres ressources financière, car il nous en faudra toujours plus pour nous développer. Si les prix des hydrocarbures vont s’envoler, alors on croit qu’on a la solution.

Deuxième scénario : supposons qu’on ne planifie le développement qu’avec les ressources dont nous disposons : environs 60 milliards de dollars.

Nous allons investir 10 milliards de dollars dans la mise à niveau des ressources humaines, du professeur d’université jusqu’à l’administratif de l’APC par des institutions algériennes (universités, formation professionnelle) mises à niveau avec l’apport international.

Nous allons encore investir 10 milliards de dollars pour créer les industries du savoir qui vont faire réussir les réformes économiques. On créera des sociétés spécialisées en redressement d’entreprises, en TIC, en stratégie, exportation, innovation, dé-bureaucratisation, qualité, technologies du futur etc.

Ces entités vont aider nos jeunes formés à créer les entreprises de demain, redresser celles qui existent, aider les APC à créer leurs propres plans de développement avec des ressources humaines mises à niveau, débureaucratiser les institutions administratives.

On va utiliser un milliard de dollars pour créer les simulateurs économiques, créer ou dynamiser une institution pour nous ériger le plan de développement Algérie 2050.

Avec 80% des ressources qui restent, nous allons créer un tissu d’un million d’entreprises dans toutes les régions (Sud, Hauts-Plateaux et cibler ce qui est prioritaire au début : lait, blé et médicaments). Nous aurions alors le développement avec les ressources qu’on a. On n’a pas besoin de plus.

Mais va-t-on le faire ? Nous n’avons pas tiré toutes les leçons du passé. Nous nous sommes focalisés uniquement sur une perpétuelle mobilisation de ressources financières pour en avoir encore besoin dès qu’on les aura utilisées.

Mais le développement économique ne peut venir que si on crée une base économique compétitive qui va produire elle-même en permanence les ressources dont on aura besoin.

Nous avons besoin d’une économie qui crée elle-même ses propres ressources de développement (croissance intensive) et non dépendre éternellement de rente ou de ressources externes qu’elle n’a pas produites (croissance extensive). 


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