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Repères économiques

Analyse économique du phénomène de la corruption

17 juin 2019 à 10 h 00 min

Les récents événements ont permis à beaucoup de personnes de ne comprendre que partiellement le mode de fonctionnement de la corruption.

L’analyse scientifique du phénomène a fait l’objet de nombreuses publications dans les revues des sciences sociales. Les sciences économiques se sont taillées la part du lion dans l’investigation des causes et des mécanismes. Il faudrait rédiger plusieurs ouvrages sur la question pour aller dans les détails.

Mais ce qui nous intéresse a priori, c’est comment éviter qu’il y ait de la corruption à grande échelle dans le futur. Si nous comprenions bien le phénomène, nous aurions un regard apaisé sur les événements passés et plus de sagesse pour construire un pays débarrassé du phénomène de la corruption à grande échelle.

Tout système économique et politique recèle un certain niveau de corruption et de malversations. Lorsque le phénomène est marginal, il dérègle peu le mode de fonctionnement économique et social.

Disons à 1% ou moins du PIB perdu à cause du phénomène, la nation peut le supporter, mais lorsqu’il atteint des proportions supérieures, il commence à désintégrer la fabrique économique et sociale du pays.

Lorsqu’on considère que le problème est purement éthique, on se tromperait lourdement d’analyse et alors on risquerait de reproduire le système sous d’autres formes.

Il y a beaucoup de facteurs qui pèsent sur le volume de corruption qui existe dans un pays : le niveau de développement, la transparence, la centralisation, le montant des ressources disponibles, la logique de pouvoir, le recours aux lois du marché et le reste.

Nous allons examiner les principales interrelations qui existent antre divers paramètres pour produire le niveau de corruption à l’intérieur d’un pays.

La mécanique de la corruption

La première règle de la corruption est comprise du grand public. Plus un Etat est centralisé, plus le niveau de corruption devient élevé. Alors, le degré dépendrait de la personnalité du décideur ultime et de sa logique de pouvoir.

Le pays perd le contrôle de ses ressources au profit du décideur ultime et de son entourage intime. Cette situation est prévalente dans les pays non démocratiques. Cet environnement a pratiquement existé dans la plupart des pays ayant subi les affres de ce mal.

On peut rarement être corrompu, corrupteur et procéder à une large décentralisation. Le second mécanisme a pratiquement induit en erreur un nombre important de décideurs lorsque les contre-pouvoirs n’existent pas, ou sont muselés par les responsables.

On peut l’appeler la loi de la première exception. Elle consiste à croire qu’on peut créer des exceptions autour de soi, sans que le mécanisme d’amplification du phénomène puisse jouer. Le fameux auteur en management, Fayol, disait toujours qu’une seule exception tue la règle.

Mais la loi de la première exception consiste à dire que nous sommes un pays où il y a des lois, des règles et des coutumes que tous doivent respecter. Sauf moi ! Après tout, je suis le président de la République, je suis seul habilité à donner des privilèges et des ressources, même en dehors de la loi, mais il ne sera pas permis aux autres de le faire.

Après, le Premier ministre dira : «Seul le Président et moi seront habilités à ne pas respecter la loi.» Puis, chaque ministre dira la même chose, puis chaque wali et ainsi de suite, jusqu’au planton de l’APC, qui pensera que lui aussi peut ne pas respecter la législation : l’exception tue la règle.

Il est rare qu’on puisse localiser et identifier les seules personnes habilitées à ne pas respecter les règles. Les exceptions se propagent et le pays tout entier plonge dans l’irresponsabilité. La corruption se propage également lorsque les gouvernants ont une logique de pouvoir plutôt qu’une logique de développement.

La plupart des décisions prises ont pour objet de consolider d’une manière ou d’une autre la pérennité du pouvoir. Construire une oligarchie financière pour financer ses actions, accroître le volume des ressources consacrées aux dépenses populistes cela relève de la même logique : accroître la durée de vie du pouvoir au détriment du développement.

Des cas et des pistes

Nous avons de nombreux cas autour de nous qui nous fournissent des indications très précieuses sur les cas de corruption. En Tunisie, le phénomène a surtout touché un cercle très restreint de citoyens : le Président, son épouse, leurs familles et entourages constituaient l’essentiel des malversations, surtout des cas de transferts de ressources à l’étranger.

La corruption à des niveaux plus bas était moins intense avec peu de transferts de devises à l’étranger. Les évaluations internationales des ressources en devises transférées tournaient autour d’un milliard d’euros. L’Egypte a développé la corruption à tous les niveaux et de nombreuses personnes en ont bénéficié sous l’ère Moubarak.

La Banque mondiale estime les avoirs mal acquis transférés à plus de 123 milliards de dollars. Ce qui est énorme pour un pays aussi pauvre. Pour l’ensemble des pays arabes qui avaient connu des bouleversements politiques – Libye, Irak, Syrie, Tunisie, Yémen et Egypte –, les ressources transférées sont estimées par la Banque mondiale à plus de 300 milliards de dollars, de quoi amorcer le développement de ces pays.

En Algérie, nous n’avons pas d’estimations fiables, parce qu’on est au début du processus. Mais les montants semblent faramineux. Les correctifs seront faciles à apporter lorsque la situation politique deviendra apaisée. Seules une stabilité et une continuité des bonnes pratiques économiques peuvent induire des correctifs durables.

Mais la continuité des pratiques économiques ne peut provenir que d’une stabilité et d’une prise de conscience politique. Les règles du marché éliminent 90% des problèmes de corruption. Si on avait un secteur bancaire (public et privé) compétitif et un marché du foncier qui fonctionnerait avec les lois du marché (avec une protection des terres agricoles), on éviterait l’essentiel de la corruption.

Par la suite, une hyper transparence (contrôle par des associations et des citoyens en plus des institutions de l’Etat) sur l’octroi de tout marché public, on aurait réduit à moins de 1% les marchés octroyés indûment et qui ont fait perdre au Trésor public des milliers de milliards de dinars.

D’autres mécanismes et instruments existent et peuvent être très techniques (indicateurs d’efficacité des marchés publics), managers de projets, etc., nous avons l’essentiel de l’arsenal des outils pour contrecarrer les problèmes de la corruption. Mais l’essentiel demeure la volonté politique et la démocratisation du pays.    


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