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Repères économiques

Allons-nous réussir nos politiques économiques ou continuer à échouer ?

08 février 2021 à 10 h 00 min

On ne parle pas forcément des politiques économiques du présent gouvernement mais de toutes celles qui vont être menées dans le futur par les nombreux responsables qui vont se succéder.

Beaucoup d’analystes nous expliquent que depuis l’indépendance, l’économie nationale n’a pas réussi à se défaire de son extrême vulnérabilité aux aléas inhérents aux marchés internationaux des hydrocarbures. On peut expliquer ce phénomène par de nombreux mécanismes.

Et il y en a beaucoup ! Mais quelle est l’explication la plus profonde, celle dont dépend tout le reste ? Je l’ai développée à de nombreuses occasions depuis plus de trente ans et elle ne semble être prise en considération par personne. Je ne parle pas de la volonté politique qui est indispensable à tout redressement vigoureux.

Cette dernière est incontournable. Car, techniquement, c’est très facile de développer un pays de nos jours. Le problème est politique car techniquement vous mettez les meilleurs cerveaux d’un pays (physique, médecine, économie, management, sociologie, etc.) dans une institution qui a un très grand pouvoir et elle va vous concevoir un plan Algérie 2060 qui va extirper le pays du sous-développement.

Cette institution sait qu’elle doit mobiliser les cerveaux de millions d’Algériens pour produire cette vision 2060. Mais je veux simplement parler d’un mécanisme simple en management des réformes économiques qu’on n’a pas compris depuis 1962.

C’est le problème de l’ordonnancement des réformes. Les Anglo-saxons appellent cela le «Phasing». Si on ne respecte pas les étapes d’un processus bien connu, on peut faire des catastrophes. Parfois, le mouvement d’édification devient impossible : comme construire le plafond d’une maison avant les fondations et les piliers. Parfois, l’opération devient totalement inefficace comme mettre la charrue avant les bœufs.

Cette dernière expression est bien connue. Malheureusement, en sciences sociales, on peut faire ce genre d’erreurs sans s’en rendre compte. Les coûts économiques et sociaux sont exorbitants et on ne les devine même pas en lisant les statistiques. Il faut développer beaucoup d’expériences et de savoir-faire en conceptions de politiques sectorielles pour maîtriser ces aspects.

C’est quoi la politique de la Charrue avant les Bœufs ?

On sait tous que si on met la charrue avant les bœufs, il serait impossible d’effectuer l’acte de labourer. Il faut inverser le processus : mettre les bœufs en premier et attacher une charrue derrière pour effectuer correctement le labour.

En économie, c’est la même chose. Un pays peut disposer des ressources à partir d’une rente, d’un endettement ou de mobilisations de moyens déjà existants d’une manière ou d’une autre. Si le pays est une nation sous- développée, elle a de sérieux déficits partout : infrastructures, quantités et surtout qualités des entreprises productives, ressources humaines peu qualifiées et entreprises et institutions administratives nettement sous gérées. Lorsque le pays commence à orienter ses ressources il a le choix entre deux types d’ordonnancements.

Le premier consiste à mettre beaucoup de ressources pour développer d’abord les infrastructures et les entreprises économiques et choisir d’en accorder beaucoup moins pour le développement qualitatif humain et la modernisation managériale des entreprises et des institutions administratives. C’est le choix numéro un. C’est ce que font la plupart des pays sous-développés et ce que nous avons fait depuis 1962. C’est ce que j’appelle la politique de mettre la charrue avant les bœufs.

Le choix numéro deux consiste à mettre beaucoup de ressources pour développer surtout qualitativement les ressources humaines et créer les sociétés de savoir (de stratégie, de mise à niveau, de création d’entreprises, de redressement, de dé bureaucratisation, d’exportations, de qualité etc.) pour introduire un management de classe mondiale dans les entreprises et les institutions administratives.

On met le minimum pour les infrastructures et les entreprises économiques. Lorsqu’on aura des personnes et des institutions de classe mondiale, on inverse le processus : on déploie beaucoup de ressources pour créer des entreprises économiques et des infrastructures. C’est le choix numéro deux que j’appellerais : mettre les bœufs avant la charrue.

C’est la stratégie qui réussit. Les économistes amateurs vous évoqueront une idée farfelue, celle du ciblage : si au départ, même avec des entreprises et des institutions inefficaces, vous cibleriez des activités qui importent peu de produits et de services et qui sont moyennement bonnes et créatrices d’emplois, vous pouvez décoller.

C’est un non-sens. Lorsque vous avez un pays déficient, ce sont tous les secteurs qui le seront en même temps. La «théorie du ciblage» est une ineptie. Méfiez-vous des gens qui l’évoquent. Vous avez un des deux choix à faire. Le premier était fait par de nombreux pays comme l’Ukraine, le Nigeria, le Venezuela et l’Algérie. Il échoue toujours. Le second opéré par la Chine, la Malaisie, la Corée du sud, la Turquie et à un degré moindre l’Iran et autres a beaucoup plus de chances de réussir.

Alors allons-continuer à faire la même chose ?

Alors, si vous voulez savoir si notre pays va réussir ou échouer dans ses politiques économiques, posez-vous la question suivante : allons-nous mettre la charrue avant les bœufs ou les bœufs avant la charrue ? Malgré la simplicité de l’explication, vous avez maintenant les repères les plus importants pour décider. Les détails se trouvent dans mon avant-dernier ouvrage (La Décennie de la dernière chance, éd. Chihab) et même le dernier paru en 2020 en France (Economies en devenir et sciences économiques du futur, éd. Les Trois colonnes).

Il y a une anecdote que je donne toujours à mes étudiants : je leur dis, si vous êtes milliardaire et vous avez un fils drogué, alcoolique et accroc aux jeux de hasard, vous avez deux choix possibles, mais exclusifs. Le premier, c’est lui donner beaucoup d’argent et lui dire allez y construisez votre avenir.

Il va sûrement les dilapider en drogue, alcool et jeux. La seconde option est de le désintoxiquer, le former, le faire suivre par un psychologue, et à l’issue de sa guérison, vous allez lui donner une grosse somme pour construire son avenir. Très probablement, il va beaucoup mieux gérer sa destinée.

Nous sommes en train de choisir la première option depuis 1962. Nous mettons la part du lion de nos ressources dans des entreprises et des administrations alcooliques, droguées et adeptes de la dilapidation des ressources. Certes, nous avons quelques entreprises et quelques administrations de classe mondiale, mais elles sont si rares qu’elles ne peuvent pas faire la différence.

Je ne veux pas entrer dans la polémique des années soixante-dix où on croyait qu’on faisait les bonnes choses et que, contrairement aux échecs des développements centralement planifiés dans toute la planète, beaucoup de nos experts pensaient qu’on était en train d’être une exception mondiale. Il fallait lire les données sur la productivité marginale des facteurs, le multiplicateur, le taux d’utilisation des capacités et l’endettement pour avoir une vue plus équilibrée. Je le fais ailleurs.

Mais pour notre propos, il faut qu’on arrête de refaire les mêmes erreurs. Sinon, nous allons mobiliser nos derniers milliards de dollars de réserves et se retrouver avec un tissu d’entreprises et d’infrastructures totalement inefficaces et avec une population qui aurait dépassé les 50 millions de personnes. Alors maintenant, vous avez des repères simples pour savoir si on va réussir ou pas. J’ai simplifié outre mesure des mécanismes forts complexes.

Nos spécialistes en prospectives savent qu’il faut rajouter d’autres facteurs comme la recherche et développement, le niveau d’entrepreneuriat, le développement décentralisé, l’utilisation des TIC, l’organisation de l’Etat et le reste pour développer des scénarios plus détaillés. Mais l’anecdote de la charrue et des bœufs nous donne déjà un excellent indicateur pour répondre à la question : allons-nous réussir ou échouer avec nos politiques économiques actuelles ?

Maintenant, on sait que tout dépend de ce que nous allons financer en priorité, de ce que nous allons faire. Allons-nous financer beaucoup plus la science, le développement humain et la modernisation managériale (le Soft) et beaucoup moins les infrastructures et les entreprises puis faire l’inverse ou faire comme par le passé, c’est-à-dire le contraire ? C’est très simple : allons-nous mettre la charrue avant les bœufs ou les bœufs avant la charrue ? 


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