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Oran : Un potentiel agricole méconnu

12 mai 2021 à 9 h 20 min

Malgré sa faible superficie comparé aux autres wilayas, Oran recèle un véritable potentiel agricole qui mérite d’être préservé face à une importante pression urbanistique qui n’a pas cessé de grignoter du terrain, et ce, que ce soit de manière licite, les projets de logements permis par l’Etat ou illicites avec les constructions anarchiques.

Actuellement selon les chiffres communiqués par la direction des services agricoles (DSA), la superficie agricole utile (SAU) est de 86 757 ha (sur un total de 95 059 ha) avec périmètre irrigué s’étalant sur 10 351 ha.

Au nombre de 590, les exploitations agricoles collectives occupent 46 788 ha et les exploitations individuelles (3190) occupent 23 738 ha. «Il existe des terres agricoles détenues par des particuliers à titre privé, mais les superficies, compte tenu des problèmes liés à l’héritage, sont, sans commune mesure, avec celles de meilleure qualité relevant du domaine étatique», précise-t-on à ce sujet. Les cultures céréalières et fourragères occupent la plus grande partie avec 54 000 ha. Les arbres fruitiers occupent 11 480 ha, dont 8  541 ha pour les oliviers, 2500 ha les arbres à noyaux et seulement 390  ha pour les agrumes.

La viticulture occupe 570 ha et les cultures maraîchères environ 4 800  ha. En terme de production, pour avoir une idée, Oran a produit cette saison 137 878 quintaux d’olives, 35 087 quintaux de raisin et 35 446 quintaux d’agrumes. Pour ce qui est des céréales, toutes espèces confondues (blé, orge, etc.), alors que la saison des moissons-battages était en phase de préparation, l’estimation est de 500 000 quintaux. «C’est une année moyenne, car durant les années fastes comme en 2012, on peut atteindre 800 000 quintaux», estime Amine, chef de service à la DSA.

En plus du centre de formation dans le domaine agricole basé à Misserghine, trois fermes pilotes sont en activité. «Ici on teste les moyens qui aboutissent à de meilleurs rendements, mais grâce à la flexibilité qui les caractérisent, on peut également effectuer des essais sur des produits nouveau qu’on importe, etc. chose que l’on ne peut pas imposer à un agriculteur ordinaire qui veut toucher immédiatement le fruit de son travail», explique le même cadre de la DSA.

Ailleurs on nous apprend que deux de ces fermes sont le fruit d’un investissement public-privé. Il y en a une à Oued Tlelat sur 400 ha et une autre à Bousfer. La wilaya d’Oran connaît surtout un dynamisme en termes d’élevage avec un cheptel comprenant entre 20 000 et 21 000 têtes de bovins, dont 10 000 vaches laitières, 150 000 têtes d’ovins, dont 105 000 brebis en plus de 17 000 caprins.

Entre élevage industriel et artisanal, la production est jugée appréciable, notamment dans la filière avicole et les chiffres enregistrés une certaine réputation. La production d’œufs est estimée à près de 17 000 000 d’unités. «Avec certains pics de production, Oran se hisse même à la 4e place à l’échelle nationale», assure-t-on surplace.

Des complexes avicoles modernes

La production en termes de poulet de chair est estimée à 1 058 000 sujets. A cela il faut ajouter les «repro-chair» avec 67 510 sujets et dans une moindre mesure, l’élevage de dindes avec seulement 6000 sujets recensés. Egalement située à Misserghine, la Chambre de l’agriculture représente l’intermédiaire entre les fellahs et le programme gouvernemental. «Ils sont 12 000 adhérents, mais les membres actifs ne sont qu’environ 5000», indique Brachemi Meftah, président élu de la chambre.

«Nous avons des complexes avicoles modernes et rentables comme ceux de Tafraoui avec de grandes capacités mais nous avons aussi un grand nombre d’exploitants sous serres qui ne répondent pas aux critères actuels mais qui assurent une grande partie de la production avicole, près de 70% de la viande de poulet par exemple», reconnaît le même président de la chambre, mettant en avant les facilités accordées dans ce domaine et notamment l’idée qui consiste à fournir à ces derniers des attestations pour une meilleure traçabilité des produits commercialisés.

«Il y a eu des rencontres, nous avons délivré quelques attestation mais la grande majorité hésite encore, l’affluence est timide mais c’est un début», ajoute-t-il.

A la limite de la légalité, on estime par ailleurs ils sont ben tolérés pour leur contribution à l’économie et notamment au maintien des prix à un niveau acceptable et cela en temps normal et c’est pour exclure la dernière flambée des prix mettant en jeu d’autres paramètres dont la cessation d’activité pour beaucoup.

Abordant la production laitière, M. Brachemi estime les besoins de la wilaya à 300 000 l/j mais la production n’est que de 140 000 l/j à Oran où sont installées six laiteries notamment à El Barki, Hassiane Toual, Bir El Djir et Sidi Chahmi. La différence est comblée à partir des wilayas voisines, notamment Saïda.

Malgré la pression urbaine les superficies exploitées ont paradoxalement augmenté mais c’est grâce au programme étatique d’aide au développement agricole et c’est le cas évoqué de la culture des olives passant de 600 ha en l’an 2000 à 12 000 ha en ce moment.

Même constat pour la viticulture avec, en plus du raisin de cuve, le retour du raisin de table. De manière générale, Oran souffre du manque d’eau mais des solutions intermédiaires existent comme le cas cité de l’irrigation d’appoint avec des aides de l’Etat visant à soutenir à hauteur de 50% l’acquisition des équipements.

Le traitement des eaux usées est un des exemples évoqués pour résoudre la problématique liée à la baisse de la pluviométrie avec la station d’épuration d’El Kerma.

Non seulement cette façon de faire peut être généralisée, mais même la technologie liée au traitement des eaux a elle aussi beaucoup évolué, permettant des résultats probants pour une qualité de l’eau irréprochable.

Un métier pénible et non attractif

Le président de la chambre pose également le problème de la main- d’œuvre pour un métier non attractif car jugé pénible. Ajouter à cela la cherté des produits et la facture énergétique. Mais le grand souci reste la menace urbanistique qui croît sans cesse. A ce sujet, c’est le rôle des P/APC qui est pointé du doigt.

«Nous avons même proposé de créer des brigades spéciales pour la sauvegarde du domaine agricole, comme c’est le cas avec la police de l’urbanisme», indique-t-il.

Ici, concernant la fluctuation des prix, qui, pour rappel, ne sont plus administrés, obéissant donc à la loi de l’offre et de la demande, on atteste que le problème ne réside pas dans la production mais dans l’organisation du marché, ses mandataires qui doivent assurer une mission de service public, le manque de moyens de stockage, des chambres froides insuffisantes, etc.

A ce propos, on annonce l’aménagement d’une importante chambre froide d’une capacité de 300 000 m3 à proximité du marché de gros de fruits et légumes d’El Kerma. Aussi, font remarquer certains agriculteurs sur place, «il faut savoir qu’en notre temps, un produit, comme la tomate n’était disponible que durant sa saison (ou alors à l’état de conservation traditionnelle) et s’il est disponible tout le temps aujourd’hui c’est grâce à la culture sous serre mais les coûts de productions sont beaucoup plus élevés.»

Les coûts de production concernent également l’élevage notamment l’aliment pour les éleveurs ayant opté pour la solution industrielle. A ce propos, il faut signaler l’entrée sur scène des compléments nutritifs parfois ajoutés dans la composition des mélanges alimentaires destinés à la filière bovine et avicole afin d’améliorer les rendements.

Certains se sont lancés dans ce nouveau créneau et c’est le cas de la société Adicales basée dans la zone d’activité de Nedjma (ex-Chtaibo) dans la commune de Sidi Chahmi.

«Nos produits sont fabriqués à hauteur de 60% ici en Algérie et les 40% restants sont importés d’Espagne», déclare Abdelghani Toumiyate, qui s’est lancé dans cette aventure il y a à peine quelques années.

«J’ai entamé le projet en 2012 mais ce n’est qu’en 2016 que j’ai commencé mon activité, car entre-temps, il fallait obtenir toutes les autorisations nécessaires pour la commercialisation de tels produits entrant dans l’alimentation et donc un secteur particulièrement exigeant», explique-t-il.

Pour lui, ce qui pourrait intéresser les éleveurs c’est l’incidence directe sur les rendements avec à la clé, sur le plan de la santé animale, une réduction des frais liés aux traitements médicamenteux.

Etant conscient des enjeux, il participe donc activement et parfois financièrement à l’organisation, conjointement avec les autres acteurs impliqués dans le développement du secteur agricole, de rencontres scientifiques ou simplement utiles.

«Ce que nous, nous proposons, ce sont, explique-t-il, des solutions et c’est ce que nous faisions déjà avec deux fermes situées à Zemmora, dans la wilaya de Relizane, qui travaillent avec nous mais récemment nous avons, avec l’appui des autres acteurs étatiques dont l’ONIL (Office interprofessionnel du lait), organisé un déplacement au profit d’une trentaine d’éleveurs de la wilaya d’Oran pour qu’ils constatent de visu les progrès obtenus grâce à l’adoption de manières de faire innovantes».

Localement la même vache importée d’Europe ne donne que 14 l/jour durant la période de production, alors que, estime-t-on, on peut aller graduellement jusqu’à atteindre 30 l/ jour. C’est l’un des résultats escomptés, car il faut aussi prendre en considération la longévité et le bien-être.
L’idée ici consiste à dire qu’«on a beau organiser des colloques ou des rencontres explicatives, il n’y a rien de meilleur qu’un éleveur qui explique à un autre éleveur».

Le vétérinaire qui le seconde, Nabil Derouiche, abonde dans le même sens : «Nous avons rencontré des éleveurs qui, ayant hérité le métier de père en fils, croient tout savoir, mais là ils se rendent compte qu’il y a beaucoup de choses à apprendre, car il faut tenir compte de l’évolution des choses et quand c’est expliqué par un de leurs pairs le message passe nettement mieux.»

Apparemment, l’initiative a eu tellement de succès que beaucoup d’autres éleveurs se sont manifestés et demandé à participer à d’autres initiatives du même genre. L’ambition du gérant de la société est légitime, car conscient du fait que le développement de la filière aura des retombées positives sur l’évolution de sa propre entreprise.

Il y a un intérêt commun à développer la communication et la coordination entre tous les acteurs impliqués mais aussi entre les éleveurs eux-mêmes.


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