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ENIE de Sidi Bel Abbès : «Les audits doivent être réalisés par des experts internationaux indépendants»

28 janvier 2021 à 9 h 27 min

Comment réformer une grande entreprise publique comme l’ENIE de Sidi Bel Abbès ? Dans un entretien accordé à El Watan, le Dr Pierre Chevallier, ex-dirigeant, qui a été, durant une quinzaine d’années, à la tête de grandes entreprises en Algérie, livre quelques pistes intéressantes. Le Dr Pierre Chevallier cumule une vingtaine d’années d’expérience dans la direction de plusieurs grandes entreprises de renommée mondiale versées dans divers domaines, allant de la chimie à l’énergie, en passant par l’environnement, la mécanique, la pétrochimie, le textile…. En 15 ans de carrière en Algérie, il a fait ses preuves comme dirigeant des filiales de grands groupe, à l’image de Linde AG, Huntsman, Ahlstrom et Voith après avoir passé une année de travail post-doctorat aux USA. Entretien.

– Comment réformer et sauver une entreprise publique en difficulté comme par exemple l’ENIE de Sidi Bel Abbès ?

Sans être informé autrement que par ce qui est paru dans la presse, je crois que beaucoup d’entreprises publiques traversent les mêmes situations difficiles : chacun des acteurs fait preuve de bon sens, que tout le monde travaille beaucoup pour sortir de l’impasse. Tout d’abord, le propriétaire, l’Etat, qui ne veut plus, à juste titre, continuer à dépenser à perte et sans compter l’argent du contribuable. Ensuite les banques qui ne veulent plus prêter de l’argent qui ne sera jamais remboursé vu les difficultés actuelles.

Les dirigeants, à leur tête le PDG, qui font tout leur possible pour faire vivre leurs entreprises et enfin les travailleurs qui veulent garder leurs postes pour faire vivre leurs familles. Aussi, lorsque tous les acteurs sont de bonne foi, de bonne volonté, travaillent beaucoup et que les résultats ne sont pas là, c’est que la méthode n’est pas adaptée. Il faut donc pouvoir prendre du recul et analyser la situation froidement sans aucun a priori.

Comme dans toute entreprise, la première chose à faire c’est une étude complète du marché, car l’entreprise existe seulement s’il y a des clients. Et en parallèle, il faut bien évidemment faire un audit financier approfondi de l’ENIE. Ces deux audits étant suivis d’un audit technique pour connaître les capacités réelles de production.

Un point très important : ces trois études doivent être réalisées par des experts internationaux complètement indépendants pilotés par une équipe internationale complètement indépendant, car il faut des faits objectifs non biaisés par des considérations locales, culturelles, personnelles. Ces résultats doivent être présentés au propriétaire (l’Etat) qui pourra ainsi décider en ayant toutes les informations en main : restructurer ? développer ? privatiser ? Tout est possible, car tout dépend des trois études précédentes.

A titre personnel, connaissant l’expertise et l’engagement des travailleurs algériens et de leurs dirigeants, je n’arrive pas à croire que l’ENIE ne puisse pas devenir une société rentable leader sur le marché algérien et magrébin en visant bien sûr le marché européen. L’Algérie doit être et peut être, si les méthodes appliquées sont les bonnes, l’équivalent pour l’Europe de ce que la Chine est pour le monde.

– Les privatisations continuent de faire l’objet d’un vieux débat à travers les quatre coins du monde. En Algérie, de nombreuses entreprises publiques sont en faillite et leurs pertes colossales sont lourdement supportées par le contribuable. Leurs privatisations sont-elles la seule solution ? Ces entreprises publiques peuvent-elles être réformées et réussir tout en restant dans le giron de l’Etat ?

La question que l’on pourrait se poser est  : une entreprise publique est-elle forcément déficitaire ? La réponse est bien évidemment non. En fait, une entreprise appartient à un ou des propriétaires qui peuvent être l’Etat pour une société publique, une personne, une famille ou des actionnaires. Chaque propriétaire a des objectifs qui lui sont propres.

Une entreprise repose sur 3 piliers importants  : le/les propriétaires actionnaires, les salariés et les clients. Pour qu’une entreprise fonctionne correctement, il faut satisfaire les 3 piliers sans en privilégier particulièrement un sinon l’équilibre est rompu et l’édifice tombe.

Une entreprise publique qui va embaucher beaucoup plus de salariés que nécessaire, un «privé» qui va vouloir gagner beaucoup d’argent en payant très peu ses salariés, des clients qui ne paient pas ou veulent tout pour un prix ridicule, voilà 3 bonnes raisons de conduire à la faillite.

Le point le plus important n’est pas que l’entreprise soit publique ou privée, mais que le/la dirigeant(e) de l’entreprise ait la liberté d’agir dans l’intérêt de l’entreprise et qu’il en soit responsable sans que le propriétaire n’intervienne en lui imposant des règles impossible à suivre. Tout cela bien sûr en bonne harmonie avec les propriétaires.

Tout est une question d’équilibre. Ainsi, à titre d’exemple, et avec humour, si vous souhaitez devenir champion du monde de football et que pour ce faire, vous embauchez comme entraîneur Zineddine Zidane, vous avez 2 options : 1. C’est lui le professionnel. Vous le laissez libre de choisir les meilleurs joueurs du pays. 2. Vous lui imposez de prendre votre fils, votre cousin et votre voisin. Dans quel cas pensez-vous avoir le plus de chance de réussir ?

– Vous avez une vingtaine d’années d’expérience dans la direction de grandes entreprises de renommée mondiale, dont 15 ans en Algérie. Vous avez fait vos preuves en management. Vos résultats sont exemplaires et impressionnants. Quelle est la clé de vos réussites ? 

L’important c’est d’être entouré d’une équipe de personnes qui chacune dans leur domaine est plus compétente que soi. C’est ce que j’avais trouvé ici en Algérie avec des collaborateurs algériennes et algériens qui dans les domaines commerciaux, financiers, techniques, RH, IT, achats et législation étaient très compétents.

Le PDG d’une entreprise c’est comme le coach d’une équipe de football  : il/elle définit la stratégie, donne les moyens, compose l’équipe mais ce n’est pas lui/elle qui marque les buts, ni n’arrête les penaltys.

Mais une entreprise ce n’est pas que des dirigeants, ce sont tous les employés, sans aucune exception, qui doivent être respectés, car chacun apporte sa pierre à l’édifice et chacun doit être fier de sa contribution. Aussi, je dirais que le succès c’est une équipe soudée composée de collaborateurs compétents se respectant tous les uns les autres depuis le gardien qui ouvre les portes de l’entreprise jusqu’au PDG. 


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