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Parc national du Djurdjura : Le secteur de Tala Guilef menacé par la pollution

13 janvier 2021 à 10 h 00 min

A 38 km au sud-ouest de Tizi Ouzou et au milieu d’une forêt de cèdres, le secteur de Tala Guilef, dans le Parc national du Djurdjura (PND), est une destination 4 saisons privilégiée pour des milliers de visiteurs.

Cet affluence n’est pas sans conséquences sur ce site naturel pourtant protégé, classé par l’Unesco réserve de biosphère en 1997, couvrant des milliers d’hectares, riche d’une grande variété de paysages et d’espèces, certaines endémiques de la région de Kabylie, voire de toute l’Afrique du Nord. Les agressions contre l’environnement ont pris une proportion alarmante depuis le milieu des années 2000 à la faveur du retour de la sécurité dans cette zone montagneuse comprise entre les wilayas de Tizi Ouzou et Bouira.

Une virée sur les lieux à l’occasion d’une opération de volontariat donne la mesure de l’impact négatif du tourisme de masse et l’incivisme des pollueurs et autres randonneurs laissant derrière eux des tonnes de déchets solides, coupant des arbres millénaires, allument le feu pour leur barbecue et pénètrent dans des endroits névralgiques interdits à la promenade. Le chef de secteur de Tala Guilef (Tizi Ouzou) du PND, Abdelaziz Mahdi, que nous avons rencontré sur les lieux avec ses hommes, a déploré la pollution galopante qui menace ce sanctuaire de la biodiversité niché à 1500 m d’altitude.

Il commencera son plaidoyer sur la nécessité de préserver le PND en nous dévoilant ses potentialités : «Le Parc national du Djurdjura est subdivisé en 5 secteurs de gestion répartis sur les wilayas de Tizi Ouzou et Bouira. D’une superficie de 18 850 ha, il a été classé Parc national en 1983 et érigé réserve mondiale de biosphère, le 15 décembre 1997. C’est un patrimoine universel doublement classé (Parc national et réserve de biosphère) par rapport à sa richesse patrimoniale particulière et fragile», nous dira-t-il, avant de détailler : «Il recèle des richesses inestimables, 1698 espèces végétales et animales, 1100 espèces végétales.

L’Algérie en dispose de 3339 alors que le Djurdjura à lui seul comprend 1100 espèces, soit le tiers de la flore nationale. Nous avons aussi 100 espèces végétales supérieures, 76 endémiques d’Algérie qui n’existent nul par ailleurs et 25 exclusives au Djurdjura, dont le pin noir. Sur le plan faunistique, 18 espèces de rapaces, dont des vautours (2 sortes), 3 espèces d’aigles ont été dénombrés. Les rapaces sont des nettoyeurs de la nature qui permettent aussi de réguler les populations.»

Écosystèmes fragilisés

Pour notre interlocuteur, la mission du PND est de préserver et d’assurer la pérennité des richesses naturelles locales. «Nous essayons de le gérer avec des populations de 19 communes dont 12 relevant de la wilaya de Tizi Ouzou, 70 villages avec des densités de population importantes. Et qui dit densité, dit pression sur le milieu naturel en prélevant de l’eau et des matériaux.» Le chef de secteur de Tala Guilef relèvera que l’endroit enregistre une fréquentation massive à longueur d’année. «On essaye d’apporter notre contribution pour améliorer le cadre de vie des populations environnantes et assurer un bon partenariat.

Dans certains endroits, ça réussit, dans d’autres, non. L’endroit est étroit, on ne peut pas recevoir tout ce beau monde. Les écosystèmes sont fragiles et c’est tout le territoire qui est fréquenté. Cela va à l’encontre des prescriptions du Parc national», pointe Abdelaziz Mehdi.

Selon lui, la sensibilisation doit passer par les comités de village et les APC. Le PND ne dispose pas de moyens humains et matériels suffisants pour assurer une couverture convenable de tout le périmètre placé sous son commandement. «A l’instar de celle de Tikjda, Tala Guilef est une station climatique qui attire des promeneurs de toutes les wilayas. Installer un hôtel à l’intérieur d’une forêt est une transgression de la réglementation. Nous avons hérité de cette situation. C’est un parc national, pas un lieu touristique. Nos éléments sont sur le terrain, on interpelle la conscience des gens, c’est leur territoire, on est là pour les orienter, les sensibiliser. Protégeons ce site svp !».

La direction du secteur forestier de Tala Guilef, en collaboration avec les services de la Conservation des forêts de la wilaya de Tizi Ouzou et de la direction de l’environnement, ainsi que des quatre APC de la daïra de Boghni mènent régulièrement des opérations de volontariat. L’étendue du désastre écologique continue de mobiliser autorités locales et mouvement associatif. Pas moins de 11 bennes tasseuses contenant 70 tonnes de détritus ont été récoltés dans un rayon de 3 km, nous confie notre interlocuteur. «Notre rôle est de préserver le site, on n’a pas été recrutés pour ramasser ces détritus», se désole-t-il.

Pour le directeur de l’environnement de la wilaya de Tizi Ouzou «le secteur de Tala Guilef est un patrimoine qui est assez riche sur le plan faunistique et floristique mais qui est exposé au stress humain». Et de poursuivre : «Certes, c’est une aire de détente et de loisirs, mais le comportement des visiteurs nuit énormément à l’environnement.

On n’a pas la qualité pour verbaliser en tant que direction de l’environnement, plusieurs opérations de volontariat ont été menées. Les communes ne sont pas dotées suffisamment en moyens de collecte. On essaye par l’appui de ces volontariats de réduire la prolifération des tas de détritus observés un peu partout, mais en parallèle, il y a le forcing humain, les gens qui viennent de partout se débarrassent de leurs sachets n’importe où».

L’athlète Abdelmadjid Bouaoud, membre du bureau exécutif du Comité olympique, qui était parmi les volontaires à cette opération à Tala Guilef, a plaidé pour une prise de conscience globale sur la problématique des déchets sauvages surtout en milieu naturel. «Nous devons sensibiliser au respect des gestes qu’il faut. Tala Guilef est une réserve naturelle protégée qui subit malheureusement les affres de la pollution. Nous devons œuvrer tous ensemble pour que cette région magnifique puisse retrouver son lustre d’antan.

C’est un cadre agréable, il y a de l’altitude, de l’air pur en plus de la proximité des grandes villes. C’est un endroit idéal pour les stages de préparation des athlètes de haut niveau», affirme-t-il. Tala Guilef, le paradis vierge d’antan retrouvera-t-il un jour son éclat ?


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