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Le Pasteur Salah Chalah. Président de l’église protestante d’Algérie

«S’il y a encore des églises ouvertes, cela relève du miracle»

26 novembre 2019 à 9 h 00 min

Treize églises ont été fermées par les autorités durant les derniers mois dont 5 à Béjaïa, le reste étant sur le territoire de la wilaya de Tizi Ouzou. «Ce sont pas moins de 4000 personnes privées d’exercer leur culte», se désole le pasteur Salah Chalah, président de l’Eglise protestante d’Algérie (EPA), lors d’une conférence de presse animée hier au centre de documentation des droits de l’homme à Béjaïa-ville.

Agréé en 1974, puis ayant renouvelé légalement son bureau en 2001, l’EPA a vu s’affilier à elle de nombreuses églises sur le territoire national. Aujourd’hui, elle compte 46 églises réparties sur 12 wilayas dont Ouargla, Sidi Bel Abbès, Mostaganem, Oran et Bouira. «Nous avons fonctionné sans problèmes jusqu’à 2006 avec la promulgation de la loi 06-03», affirme le pasteur qui constate «un vide juridique flagrant» dans cette loi qui «ne définit pas qui a le pouvoir de délivrer les autorisations». Le vide est tel que les walis gèrent le dossier «selon leurs appréciations», estime-t-il.

A Oran, en octobre 2017, le wali a ordonné la fermeture des églises avant de décider de leur réouverture en juillet 2018. A Béjaïa, l’ordre a été donné pour la fermeture de toutes les églises en 2011. Il a fallu que le Conseil de l’Etat se prononce sur l’illégalité de cette décision pour que l’on surseoit à la fermeture.

N’ayant donc pas la prérogative d’une telle décision, le wali d’Oran a recouru à la justice pour fermer trois églises, et l’affaire est encore pendante au niveau de la justice. «L’ancien wali d’Oran nous a demandé de nous constituer en associations locales. On a déposé des dossiers aux Ouadhias et Makouda depuis plus de 18 mois. Aucune réponse» assure le conférencier qui souligne que «les décisions des walis de Béjaïa, Tizi Ouzou et Oran sont contradictoires». Les tentatives de se conformer à cette exigence en s’organisant dans un cadre associatif ont été toutes vaines.

Dans une réponse écrite, le wali d’Oran a émis une suite négative justifiant l’impossibilité de mettre en place une association religieuse tant que les textes d’application relatifs aux statuts régissant ce genre d’association ne sont pas encore promulgués. «A Tigzirt, pour la création de l’association il nous fallait la présence d’un huissier de justice, mais le juge nous l’a refusée arguant qu’il n’y a pas d’autorisation pour exploiter cette bâtisse à cette fin», assure le conférencier, convaincu que «le but c’est de fermer des églises».

Scellées et démolition

A Akbou, la DUC a rejeté en 2014 la demande de construction d’un lieu de culte sur un terrain acquis par la communauté. A Boudjima, l’EPA a réussi à construire son église mais en 2018, elle a été scellée et allait même être démolie sur ordre du wali. «Ils ont scellé toutes les portes de deux étages du centre, y compris celles de mon appartement», dénonce Ourahmoune Youcef, vice-président de l’EPA. «Il y a quarante ans que je suis chrétien et je suis convaincu de ma foi. Si nous dérangeons, nous n’avons pas où aller. J’aime mon pays», ajoute-t-il.

Toutes les portes semblent fermées devant l’EPA qui soumet les mêmes doléances depuis des années. «Des dizaines de procès en justice pour prosélytisme, possession de bible ou de littérature biblique, interrogatoires policiers systématiques, divorces forcés…», c’est le lot que subit la communauté chrétienne en Algérie. A Tizi Ouzou, l’intervention des services de sécurité a été musclée pour vider des églises et les sceller.

«On a été matraqués», témoigne encore le président de l’EPA. Parmi les journées noires des protestants algériens, celle du 17 octobre dernier restera marquante avec l’interpellation à Tizi Ouzou de «96 personnes», selon le pasteur Salah Chalah. La communauté protestante d’Algérie dispose de ses propres lieux de culte, entre les espaces aménagés en églises et ceux qu’elle a construits.

Le ministre de l’Intérieur et l’ex-ministre des Affaires religieuses les ont assimilés, dans des déclarations publiques, à des «poulaillers». Le qualificatif fait toujours mal au sein de la communauté visée. «Il y a une mauvaise volonté au niveau de tous les ministères», constate Mustapha Krim, ex-président de l’EPA.

«On a frappé à toutes les portes. La seule voie qui nous reste c’est de partager notre situation avec l’opinion publique», informe le pasteur Chalah. Leur dernier sit-in devant le siège de la wilaya de Béjaïa a été sanctionné par une audience avec le chef du cabinet du wali. Sans suite. La demande d’audience avec le wali, introduite en octobre 2018, est également sans suite. «S’il y a encore des églises ouvertes, cela relève du miracle», conclut le pasteur
Salah Chalah. 


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