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lundi, 18 janvier, 2021
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Skikda se vide de son âme : Après le quartier Napolitain, la Résidence ?

12 janvier 2021 à 10 h 00 min

La Résidence, l’un des pans urbains de la ville de Skikda, risque de connaître le même sort que le quartier Napolitain et disparaître à jamais du paysage de l’antique Rusicade.

C’est l’épilogue qui se dessine, graduellement et dangereusement, dans une ville longtemps ouverte à toutes les exactions. A tous les silences ! La Résidence, qui longe l’avenue Zighoud Youcef, est un îlot urbain bâti en 1953, qui a de tout temps représenté un must de citadinité dans une Skikda qui n’en manquait pas. Aujourd’hui, cet ensemble d’immeubles coquets se retrouve menacé par un grave phénomène d’éboulements qui risque de l’engloutir.

Derrière les façades des immeubles, qui commencent à perdre de leur lustre d’antan, un dangereux magma fait de fuites d’eau, de glissement de terrain et d’insouciance se joue à l’abri du soleil et des regards.

L’autre face de la carte-postale

La première alerte fut pourtant donnée le 11 janvier 2005, lorsqu’un rocher était venu ébranler les immeubles 22 et 24. Tout un talus s’était alors désagrégé. Il est allé encombrer l’équivalent de deux étages, opérant, selon les dires d’un expert, de grands bouleversements dans la topographie du site. La situation était assez critique et le CTC recommanda à l’époque de dévier toutes les canalisations afin de permettre l’assèchement du sol. On obstrua alors quelques réseaux, mais l’eau continuait étrangement à se répandre. Et comme à Skikda, on préfère toujours agir dans l’urgence et jamais dans l’anticipation, la situation s’est envenimée depuis et le phénomène de glissement finit crescendo par s’étendre et menacer pratiquement tous les immeubles. Après 2005, et inertie aidant, ce phénomène ne sera atténué pour autant. Bien au contraire.

D’autres alertes plus ou moins graves n’ont cessé d’ébranler le quartier de la Résidence «On a déjà enregistré plusieurs éboulements. Les 8 et 9 mai 2020, d’imposantes fuites d’eaux usées en amont ont emmené dans leur ruissellement d’importantes couches du talus qui étaient venues se presser sur les immeubles. Le 26 décembre dernier, un glissement avait semé la panique parmi les habitants de l’immeuble 14. Regardez cet autre rocher situé à quelques mètres seulement en amont, il risque lui aussi de nous tomber dessus.

De l’immeuble 12 jusqu’au 18, la situation reste grave et risque de dégénérer à tout moment», témoigne Nawfel Harbi, président de l’association Résidence Zighoud Youcef. Une petite virée guidée à l’immeuble 12 suffit amplement à se faire une idée du gâchis. Aux escaliers déjà, les murs donnant sur le talus portent, comme une teigne, les traces humides des infiltrations d’eau. Le même constat est observé dans les appartements. La canalisation des eaux pluviales, perchée sur le talus, semble avoir été déterrée par les multiples glissements, ce qui la rend sujette à des cassures répétitives. D’une des fenêtres, on est vite attiré par la proximité du talus qui s’élève et qui semble très proche. Pratiquement à moins de deux mètres ! Les traces des éboulements sont visibles et la terre ne devrait pas tarder à obstruer la fenêtre si on n’agit pas rapidement.

Comment en est-on arrivé là ?

Concentré dans un premier temps au niveau d’un seul immeuble, le phénomène d’éboulement a fini par concerner toutes les bâtisses de l’avenue Zighoud Youcef. «Ce n’est pas normal. C’est de la négligence. Même s’il est vrai que la situation engendrée par les glissements de 2005, qui se limitait alors aux immeubles 22 et 24 nécessitait des moyens assez importants, pourquoi a-t-on laissé le mal se propager aux autres bâtisses», se demandent les membres de l’association, en tenant à préciser que les immeubles de la Résidence n’ont pas en réalité la même structure et qu’il aurait été plus judicieux de partager en lots et de les prendre en charge séparément. Depuis 2005 donc, rien n’a été fait.

Les responsables ont fermé l’œil et laissé la situation se détériorer. Le scénario macabre qui a emporté le quartier Napolitain est en train de se jouer au quartier La Résidence, comme si on voulait vider cette ville de son âme et la dénuder de tout ce qui faisait son charme. S’adossant à un talus de nature schisteuse, ce quartier, situé en contre-bas, s’est retrouvé à servir de réceptacle aux usées pluviales et celles d’eau potable, chose qui attise les glissements d’un sol dénudé, et ce n’est pas tout. L’espace séparant les immeubles du talus est devenu une véritable décharge sauvage. «On sert désormais de déchetterie pour les habitations implantées en amont. Lors d’une campagne de volontariat organisée par l’association, on a ramassé, en une seule journée plus de 120 grands sachets de poubelles. Mais les rejets ont malheureusement repris le lendemain», déplorent des habitants.

Que faire ?

Les membres de l’association, qui ont saisi à maintes reprises les responsables, entendent poursuivre leur combat pour préserver leur bien qui est celui de la ville également. «On a écrit des dizaines de lettres pour attirer l’attention des pouvoirs publics, mais, à ce jour, on n’a reçu aucune réponse», s’étonnent nos interlocuteurs.

Ces derniers sont allés jusqu’à proposer des solutions pour stopper au moins le phénomène qui ronge leurs biens et de la leur propre sécurité. «Pour limiter le danger, il serait urgent de commencer déjà par l’enlèvement des gravats qui gisent derrière nos immeubles, procéder à la mise en place d’un filet protecteur le long du talus qui longe le quartier et surtout, amorcer une étude sérieuse qui concernera l’ensemble des immeubles. Par respect aux habitants, il faudrait aussi arrêter cette manie de venir maquiller les façades en les badigeonnant de peinture alors qu’elles ont plutôt d’un ravalement. Nous sommes prêts à contribuer financièrement à toute opération de ravalement sérieuse», conclut M. Harbi, président de l’association. C’était là un autre SOS lancé dans le ciel d’une ville longtemps abandonnée. Une ville qui, de jour en jour, continue à se vider de ses enfants.

De son âme surtout ! Néanmoins, il faudrait avoir le courage de le reconnaître : ce qui mine la Rusicade aujourd’hui n’est qu’une infime conséquence du mal qu’on n’a cessé de faire à cette ville des décennies durant. C’est aussi la conséquence de l’inertie de ses élus, de l’inquiétante diète du mouvement associatif et du rôle malsain joué par une certaine presse, avide et souvent aux ordres. Avec tant de maux, aucune ville au monde ne pourrait éviter l’abîme. Skikda, encore moins !


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