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65e anniversaire du massacre du 25 décembre 1956 à El Eulma (Sétif) : Qui s’en souvient ?

27 décembre 2021 à 10 h 00 min

Le lundi 24 décembre 1956, le fidaï Ali Madaci balance une grenade sur la gare routière située à l’époque rue Gambetta (Mohamed Khemisti actuellement). L’explosif occasionne d’énormes dégâts à la station, propriété du colon Louis Barini.

Il éclabousse la ville secouée quotidiennement par des attaques de l’Armée de libération nationale (ALN). L’auteur de l’opération tombe sur le champ, les armes à la main. La réplique de l’armée coloniale, ayant transformé la ville d’El Eulma en une garnison et camp de concentration divisé en 23 secteurs, fait deux autres victimes. La jeune fille Bouanane

Hassiba reçoit une balle «perdue». Sa sœur perd, quant à elle, la vue. La répression des forces coloniales ne dissuade nullement les éléments de l’ALN. Pour effrayer davantage une population terrorisée par les rafales, les arrestations et les exécutions sommaires opérées à huis clos au stade communal, à la ferme Jules, au théâtre municipal et au niveau des docks, un important contingent de la police arrive de Sétif. Se croyant en terrain conquis, le renfort n’est pas le bienvenu, car il est accueilli par une nouvelle opération. Gardant en mémoire le sacrifice de Si Ali Madaci et de Hassiba Bouanane, le fidaï Guettouche Abderrahmane, nullement impressionné par un convoi surarmé, balance une autre grenade, l’arme de prédilection des moudjahidine de la cité.

Ce énième attentat occasionne d’importants dégâts matériels à l’armée comptabilisant de nombreux blessés graves. L’opération, la deuxième en 24h, irrite au plus haut point la machine meurtrière. Fous furieux, les soldats transforment la cité en un bain de sang. Perdant la raison, les francs-tireurs vont commettre un véritable carnage.

Couverts, les tueurs à gages, incapables de mettre la main sur le fidaï ayant pris la clé des champs, investissent les lieux publics, les cafés, les commerces et les écoles où ils exécutent de nombreux innocents. Afin d’éliminer le maximum d’«indigènes», l’armée et la police coloniales commencent la boucherie par le café Dinar, propriété de Tahar Benallaoua. En un temps record, l’espace est ensanglanté par les crépitements des armes et les cris des innocents.

Des crimes d’une extrême barbarie

Soixante-cinq ans après, nul n’est en mesure d’avancer un bilan et de dresser la liste des victimes de la barbarie. Non rassasiés, les meurtriers qui n’ont jamais été inquiétés ou poursuivis pour homicides volontaires et atteinte à la vie envahissent une menuiserie où ils exécutent son propriétaire, Abderrahmane Sellami, et ses trois employés, Hocine Garguit, Habiche Abdelaziz et Besses Abdallah. Les idéologues-défenseurs de la «pacification» continuent d’éluder les crimes commis hors caméra du service de presse de l’armée française.

Pointée du doigt pour d’innombrables dépassements et bavures graves, cette même armée appose son veto à toute reconnaissance des crimes commis en Algérie du 14 juin 1830 au 5 juillet 1962. Impitoyable, le tribunal de l’Histoire continue de pourchasser les crimes d’Etat, les crimes de guerre ainsi que les crimes contre l’homme d’ici et d’ailleurs, exhume aujourd’hui un charnier n’ayant pas dévoilé lui aussi tous ses secrets.

Pour une telle raison et beaucoup d’autres, la plaie de la Guerre d’Algérie demeure béante. Ainsi, les auteurs du crime vont jusqu’à violer la sacralité d’une école coranique et assassiner un taleb (enseignant du Coran) dont l’unique tort et d’avoir inculqué à des petites filles et de petits garçons de la cité rebelle l’amour du savoir, de la langue arabe et du Coran, les autres ennemis de «l’action civilisatrice» de la France des lumières. Préméditant leur forfait, les justiciers sans mandat frappent à la porte de l’école située Boulevard Alexander Vial (Abdelaziz  Khaled actuellement). Ne pouvant faire autrement, Si Bachir Bellal est contraint d’ouvrir et d’affronter le destin. Sans sommation, un policier actionne son arme à feu.

Le taleb évite la première balle. La seconde se loge dans le front. La foi aide l’instituteur à rendre l’âme dignement sous les yeux de son fils Amar et des autres élèves terrifiés. Méconnu du grand public, notamment des nouvelles générations, le crime crapuleux hante, 60 ans après, les anciens élèves de Si Bachir qui n’ont rien oublié. Terrassé par le satané virus en août dernier, Omar Saadoune témoigne : «Si Bachir a été tué par un policier. Il est tombé juste à côté de moi, de Mansouri Khaled et Djaafri Brahim qui ne sont plus de son monde. Ils ont assassiné Si Bachir parce qu’il défendait l’identité algérienne.

On peut oublier certaines choses, il est impossible d’effacer de notre mémoire un tel crime». N’oubliant pas les Farah Abdelhamid, Kebbab Mohamed, Farah Mohamed, Bachir Kaddour, Boucetta Abdelkrim, Dilmi Kaddour, Sekfali Rachid, Sekfali Badia, Kolli Saaddedine et Bellal Amar, les autres témoins du drame, Tayeb Saadoune, le frère de Omar, prend le relais non sans une forte émotion : «Terrifiés, les élèves, qui n’avaient pas plus de dix ans ce jour-là, sont restés scotchés. Quelques instants après, les agents de nettoiement de la ville ont sans ménagement jeté le corps de Si Bachir dans une benne où étaient entassés des dizaines de cadavres…»


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