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Développement rural dans la wilaya de Biskra : Garta , un douar ancestral en voie de disparition

28 juillet 2019 à 8 h 27 min

Les vieilles comptines en arabe dialectal, chantées par les grand-mères de Biskra, vouent la beauté légendaire et la douceur d’antan de Garta. «Le dos de l’âne m’a éreinté, mais en arrivant à Garta, toute fatigue s’est dissipée. Ils sont allés à Garta et la folie les a happés. Ils n’ont plus voulu en repartir.

C’est qu’ils avaient goûté à ses bienfaits sans concurrence», chuchotaient ces merveilleuses conteuses pour faire dormir les enfants, quand on s’éclairait à la bougie et au quinquet. Pour vérifier de visu la véracité de ce refrain ancré dans la mémoire collective, le seul moyen est d’aller à Garta, hameau oublié, joyau terni de l’immense plaine arable de Tahouda, situé à 7 km à l’est de la ville de Sidi Okba, dans la wilaya de Biskra, et où vivent encore un bon millier d’humbles personnes tirant leur subsistance essentiellement du travail de la terre et de la phœniciculture.

Quand vous arrivez par un chemin vicinal dans ce douar ancestral, vos narines s’emplissent immédiatement d’un parfum suave de terre retournée, de thym, de menthe et de figues mûres poussant dans des jardins luxuriants, où s’élèvent de majestueux palmiers dattiers centenaires. Dénotant d’un passé prestigieux de lieu de bivouac pour les caravanes reliant la région à la Tunisie, le noyau originel de Garta est constitué de vieilles maisons en pisé, dont il ne subsiste que quelques pans résistant aux outrages du temps.

Une partie est néanmoins encore habitée par des patriarches, de vieilles femmes, et quelques enfants scolarisés dans une école primaire. Celle-ci est mitoyenne avec une mosquée flamboyante, un dispensaire et un bureau de poste décrépis, tous deux gardant les portes closes, et une cité d’habitation en parpaing non revêtu de ciment ni peint, constituant la nouvelle ville ne payant pas de mine et semblant désertée, n’était un groupe d’hommes devisant à l’ombre d’arcades décolorées. «Nous sommes en présence d’un cas de sous-développement rural flagrant. Garta végète entre archaïsme et modernité étriquée», lance Ammi Mahmoud, un habitant qui nous reçoit dans sa bourgade.

UNE POPULATION CASANIÈRE ET HOSPITALIÈRE

«Dès qu’ils le peuvent, les jeunes quittent les lieux pour aller vivre à Sidi Okba ou Biskra et ils ont raison, car Garta ne leur offre pas d’opportunités de travail et de développement. Mais beaucoup de Gartaouis tiennent à rester ici et ils résistent aux sirènes de la ville», explique ce vieil agriculteur qui se plaint, à l’occasion, du manque d’eau d’irrigation et de main- d’œuvre. Parfaitement au courant des mesures et aides techniques et financières initiées par l’Etat pour améliorer les conditions de vie en zones rurales, celui-ci déplore que ce douar soit en voie de disparition du fait de l’inconséquence des autorités locales et des mauvais choix de développement. «Nous sommes à la merci du barrage de Foum El Goerza, dont les eaux alimentent toute la région.

Une canalisation est gravement fracturée à l’est de Garta et il faudra des mois pour la réparer. Les permis de forer des puits sont distribués avec parcimonie et des jardins s’assèchent sans que nous puissions y remédier. Nous remettons notre sort à Dieu. Il semble que Garta soit dans le champ de vision de l’œil éborgné des autorités locales, car nous avons même été privés des aides à la rénovation des habitats ruraux consentis par les APC», souligne-t-il, avant de nous faire visiter une ancienne maison occupée par une vieille femme entourée de chats. «Elle aime ses chats et ses chèvres plus que les êtres humains. Ses enfants la prient d’aller s’installer en ville, mais elle refuse de quitter cette maison qui risque de s’effondrer d’un jour à l’autre», lance-t-il pour la tarabuster.

Née en 1945, celle-ci à des tatouages sur le visage et des rides qui ajoutent au charme de cette septuagénaire au sourire radieux et aux gestes alertes. «Sans les chèvres, bien des hommes ne seraient que des créatures mièvres», rétorque-t-elle. Des rires fusent. Elle offre du lait caillé de chèvre et des dattes et s’éclipse dans une chambre en coup de vent. «Le président de l’APC de Sidi Okba est venu inspecter les lieux et il a eu peur d’y rentrer tant la maison est délabrée», note notre accompagnateur. Vrai, l’intérieur de la maison est pire que son apparence externe. Indigne de l’Algérie de 2019.

UNE MODERNISATION ÉTRIQUÉE

Une partie du toit s’est effondrée, laissant passer un faisceau de lumière. Les murs de soutènement sont fissurés et la misère, escamotée au moyen de vieux tapis des années 70 recouvrant les parois, suinte de partout. Il y a l’électricité, mais pas de gaz de ville, ni réseau téléphonique, ni eau courante.

La vieille dame revient et pose une immense jatte fumante à même le sol. Elle nous invite à manger un batout (plat traditionnel composé de galettes émiettées arrosées d’une sauce rouge saturée d’épices) des plus succulents et nous raconte des pans de sa vie en entrecoupant son récit de dictons populaires, de devinettes et d’anecdotes. Elle constitue à elle seule un condensé du patrimoine culturel immatériel qui s’évanouira avec elle. «Tout a changé maintenant. Les enfants ont des téléphones et quand ils viennent me voir, ils sont pressés de repartir et mes histoires ne les repaissent plus», lance-t-elle sans acrimonie particulière.

Combien sont-ils ces hameaux et douars laissés à l’abandon, à l’image de Feliache, à l’est de Biskra, Sidi Khelil, Seriana, Beni Souik, Zeribet Hamed et d’autres qui pourraient ressusciter, pourvu que de bonnes décisions soient prises pour la fixation et le bien des populations ne voulant pas perdre leur mode de vie séculaire?

Quel gâchis avons-nous engendré en voulant tous vivre en ville ? s’interroge-t-on en quittant Garta, où les gens sont avenants et d’une incommensurable gentillesse et où l’air est pur et frais, en dépit de la canicule sévissant sur la wilaya de Biskra.


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