Biskra. Reine des Ziban : Les seniors ont la nostalgie d’antan | El Watan
toggle menu
jeudi, 14 novembre, 2019
  • thumbnail of elwatan20191114


Biskra. Reine des Ziban : Les seniors ont la nostalgie d’antan

08 septembre 2019 à 9 h 35 min

Dans les réunions familiales, les cafés et sur les places publiques, où ils se réunissent, et même sur les réseaux sociaux, pour ceux qui ont pu s’adapter et maîtriser l’outil informatique et les smartphones, les seniors de Biskra ne manquent pas une occasion pour rappeler que cette ville du Sud-Est algérien était dans le temps une véritable «Reine des Ziban».

Une splendide oasis à la renommée internationale, tout en déplorant néanmoins qu’elle soit devenue aujourd’hui une «mendiante en haillons» du fait d’une mauvaise planification et d’un furieux développement urbanistique anarchique et irréfléchi «lequel en a estompé toutes les caractéristiques qui faisaient d’elle un paradis sur terre», soulignent-ils.

Tous racontent qu’ils regrettent profondément que les palmeraies intra-muros aient été dévastées pour être remplacées par des cités d’habitation aussi laides que labyrinthiques, que les grands hôtels aient été abandonnés, ou carrément détruits, que les bâtisses et jardins publics historiques soient en état de délabrement avancé, et qu’enfin la douceur de la vie d’antan ait été insidieusement dénaturée et transformée en «un enfer insupportable», lancent-ils. «A Biskra, on doit passer par des artères sales, entièrement obscures la nuit, poussiéreuses, défoncées et pleines de nids-de-poule et marcher sur des trottoirs complètement dénivelés, bosselés, remplis de trous et squattées par les vendeurs de fruits et légumes et les vendeurs d’animaux de compagnie, sans que personne s’en préoccupe.

Les vieilles maisons du centre-ville menacent ruine et les squares du 8 Mai 1945, du 20 Août 1955 et de Larbi Ben M’hidi sont très mal entretenus». J’nen Beylik, le poumon de la ville, l’un des plus beaux jardins de l’Algérie, se meurt. Autrefois d’une propreté exemplaire, le marché central, outre l’anarchie et l’insécurité qui y règnent, est envahi par les mauvaises odeurs des immondices jetées par terre et les impuretés des eaux usées côtoyant les fruits et légumes étalés à même le sol ou, comble de l’ironie, exposés sur des mini-tracteurs.

«La gare ferroviaire offre un spectacle désolant d’endroit abandonné. Les murs du Casino, joyau architectural, dont l’esplanade est envahie par les mauvaises herbes et des déchets, servent d’urinoir.

Biskra, autrefois une des villes les plus belles, les plus vertes, les plus actives et les plus touristiques d’Algérie, aujourd’hui un pôle agricole national, est devenue, par la faute de personnes dépourvues du sens du beau, incultes et incompétentes et d’une société civile absente et indifférente, une ville de seconde zone, offrant une terne et désolante image à la population et aux rares visiteurs», constate Brahim Boulifa, dans un superbe texte publié sur Facebook, intitulé Biskra d’aujourd’hui où, on l’aura compris, cet octogénaire à la nostalgie de la ville de sa jeunesse, a le cœur gros en la voyant dépérir.

Pour marquer son amour pour la Reine des Ziban, Barkat Guerfi, ancien maire de Biskra, qui frôle les 90 ans, offre aux amoureux des belles lettres un acrostiche sur Biskra. B : Belle oasis aux sites enchanteurs, I : Inépuisable muse pour tous les auteurs, S : Sur ta tête, à ta jolie couronne de reine K : Kyrielle d’intellectuels s’abreuve de ton haleine. R : Radieux souvenirs, tu offres à tes visiteurs.

A : A jamais grisés par tes splendeurs, vous lancera-t-il de mémoire. «Dommage que les jeunes ne connaissent rien de la ville de Biskra d’antan, avec ses hôtels, ses terrasses de café, ses bars fréquentés par des dizaines de touristes qui faisaient la tournée à partir de la buvette de la gare, en passant par le café de l’Europe, le Terminus bar, qui était en forme de bateau, le café du Sahara, l’hôtel du Sahara, le Café glacé, l’Oasis, le café de l’Etoile, le bar de l’hôtel Royal, et enfin celui du Transat, avec son grand-chef, Saâdalah, qui partait avec son équipe de cuissots, à Vichy, Nice, Cannes ou Monaco.

Comment ne pas pleurer ce qu’était la Biskra de notre enfance ? se morfond Abdelhamid Hasseni, tout en se défendant de faire l’apologie de l’époque coloniale. «Biskra était encore vivable jusque dans les années 1980. Puis, les administrations et les pressions de toutes parts ont fait leur œuvre de destruction totale de la ville et de sa mémoire», précise-t-il en septuagénaire averti.

Comme pour beaucoup de Biskris ayant connu l’âge d’or du train, la gare ferroviaire tient une place particulière dans la mémoire de Abdelhafidh Barka, 73 ans, qui vit actuellement à Constantine sans jamais omettre de revenir à Biskra voir ses proches à chaque saison. «Pour moi, la gare de Biskra est un lieu mythique.

L’Algérie est un vaste pays, où le transport ferroviaire, en vertu de ses avantages, a été bêtement abandonné», déplore-t-il. Réalisée à la fin du XIXe siècle pour relier Constantine à Biskra sur 230 km par voie ferroviaire et ouvrir la voie du Grand Sud, la gare de Biskra, qui a connu son âge d’or quand la Reine des Ziban était un pôle économique et touristique de renommée internationale, est abandonnée à son triste sort, relèvent nos interlocuteurs, qui ont emprunté dans leur jeunesse cet extraordinaire moyen de transport qu’est le train.

LA GARE HANTE ENCORE LES ESPRITS

La vue de la bâtisse, encore debout malgré les outrages du temps, leur fend le cœur et leur rappelle les moments merveilleux qu’ils y ont vécus, confient-ils. C’est qu’ils sont nombreux les Biskris d’un certain âge à regretter que le développement du transport des voyageurs par train ne soit plus une priorité nationale. «La gare de Biskra était un point de rencontres et de départ d’une multitude de voyageurs de toutes les nationalités. Après un siècle de service impeccable en faveur des voyageurs, la descente aux enfers a commencé vers les années 1980, avec le développement du transport autoroutier.

Nous avions du plaisir à traverser le pays en train et à contempler les paysages de notre pays. La gare de Biskra a été une pépinière d’acteurs du mouvement national pour la libération du pays et des dizaines de cheminots ont activement participé à la guerre contre l’occupation étrangère. Elle représente un pan important de notre vie et de l’histoire de notre ville», a ajouté M. Barka, qui déplore profondément que le rail n’ait plus le succès d’antan à Biskra.

«La gare de Biskra n’est plus qu’une simple halte entre Constantine et Touggourt. Quelques trains circulent pratiquement vides entre ces villes, sans que cela gêne quiconque. Quand nos frères et voisins marocains achètent un TGV, nous, nous tuons le transport ferroviaire avec des horaires inadaptés, des lenteurs et une qualités de service inacceptable pour tous les voyageurs.

Même la soi-disant ‘‘Ligne bleue’’ devant relier quotidiennement Biskra à Skikda, et vice versa, pour permettre aux estivants du Sud de se baigner dans les eaux de la Méditerranée n’a pas eu la faveur des voyageurs, du fait d’un certain nombre de déficiences», a ajouté ammi Brahim, un ancien cheminot qui se remémore avec nostalgie de l’activité incessante qui régnait à la gare de Biskra au temps où le train n’arrêtait pas de siffler et où «la Reine des Ziban vivait ses meilleurs moments», confient à l’unanimité les seniors de Biskra qui, notons le, sont loin de radoter à voir l’état actuel de la ville. «Naguère, la vie à Biskra était douce, paisible et merveilleuse, et nous avions confiance en nos dirigeants et en notre avenir.

Aujourd’hui, nous vivons dans l’anarchie totale et nous sommes agressés de toutes parts, si ce n’est physiquement, c’est moralement, par des agissements inciviques et indignes de la Reine des Ziban», conclut Kamel Abid, professeur de français et ancien directeur de CEM qui a pris sa retraite depuis quelques années


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!