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Yamna Behiri. Universitaire : Le passé pour enrichir le futur

03 septembre 2018 à 0 h 05 min

Yamna Behiri, docteur et enseignante en histoire à l’université d’Alger vient de publier le résultat de ses recherches sur les conditions sociales, culturelles et économiques de sa région natale, Cherchell, pendant la période allant de 1858 jusqu’à 1873.

Elle avait «butiné» durant des années dans les centres d’archives algériens, espagnols et turques, pour décortiquer la société cherchelloise, qui était composée de treize tribus. Dans son livre, très instructif d’ailleurs, elle nous révèle que 526 familles vivaient à Cherchell à cette époque. La ville comprenait des quartiers divers. Chaque quartier se révélait par sa spécifité économique. L’artisanat dans chaque maison, notamment le tapis et la broderie, occupait les familles. Son mémoire de magistère de plus de 300 pages est enrichi par une bibliographie exceptionnelle. Son document dévoile des secrets de la vie sociale et économique de Cherchell pendant cette période coloniale, faut-il le préciser.

L’écrivaine et universitaire avait découvert, grâce à sa tenacité, les actes administratifs et judiciaires établis par les cadis qui rapportaient dans leurs registres une multitude de détails sur les familles de Cherchell, en inscrivant les transactions détaillées sur le commerce, le mariage, le divorce, l’héritage, autant d’activités et événements qui rythmaient le quotidien de la ville de Cherchell. La recherche documentée de Yamna Behiri, native de l’un des plus prestigieux quartier de Cherchell, Aïn K’Cibah, nous aura permis de connaître les affiliations des familles cherchelloises.

La situation de la femme dans la famille cherchelloise, l’héritage au pluriel, la particularité des travaux dans les secteurs de l’agriculture, la pêche, la construction navale, l’artisanat, le commerce, la ressource financière, les bijoux, les meubles et l’ameublement, l’habitat, l’architecture dans la ville de Cherchell, autant de thèmes rapportés fidèlement par l’auteure. Yamna Behiri insiste sur la richesse intersectorielle qui rythmait sa ville natale et ses environs. Elle avait appuyé ses arguments par les explications des célèbres auteurs européens qui avaient effectué des passages durant le XIXe siècle à Cherchell.

Les aventuriers intellectuels étrangers ayant effectué un séjour pour s’imprégner de la vie économique et sociale de Cherchell avaient immortalisé leur souvenirs et leurs témoignages dans leurs œuvres respectives. La vie en harmonie que menaient les habitants de Cherchell, malgré leurs différentes croyances religieuses (musulmane, chrétienne, juive) a été décrite par les chercheurs européens du 19e siècle.

Cette vie paisible des habitants de Cherchell venus de divers horizons avait attiré l’attention des écrivains de l’époque. Yamna Behiri donne les noms de familles riches de la ville de Cherchell par périodes, allant de 1864 jusqu’à 1873. Nous relevons parmi les riches familles de cette époque du 19e siècle, les noms des notables qui exerçaient les métiers de fellah, de commerçant et d’artisan. Les treize quartiers (houmates ndlr) qui composaient la ville Cherchell étaient identifiés à travers l’appellation de l’infrastructure érigée en leur sein, soit un hammam, une mosquée, une fontaine publique, un marabout, un marché. Yamna Behiri affirme que «le colonialisme français n’est pas arrivé à investir l’esprit des habitants de Cherchell dès son arrivée dans la ville.

Les Cherchellois affichaient un fort attachement à leur identité, leur culture et leur tradition, leur parler, nous dit-elle. Certes, les soldats français et quelques colons avaient occupé la ville, mais les autochtones perpétuaient la gestion de leurs affaires selon les précédentes traditions, ajoute-t-elle. Néanmoins, je dois vous rappeler que les Andalous de retour à Cherchell avaient fait beaucoup de choses positives pour les familles cherchelloises, j’ai pu le vérifier à travers les archives, j’ai déduit à travers mes recherches que les familles de Cherchell avaient mené une résistance contre l’occupant français sans l’utilisation des armes à feu au début de la colonisation, en se soumettant à leur tradition et en préservant leur personnalité, je ne peux pas passer sous silence les soulèvements des Béni-Menacer contre l’invasion française, car les régions de Beni-Menacer et de Sidi Sémiane étaient rattachées à la ville de Cherchell», conclut-elle.

Au moment où la ville de Cherchell fait toujours face à des incultes qui avaient réussi à prendre les commandes grâce à la magie des élections locales dans notre Algérie, tout avait été mis en œuvre pour déculturaliser la ville de Cherchell, faire disparaître l’âme de cette partie du bassin méditerranéen, pour aboutir à cet l’état de déliquescence. L’ex-capitale de l’Empire de Juba II, autrefois rayonnante par sa bibliothèque, son artisanat, ses sciences, son enseignement, autant de richesses balançées dans l’abîme profond de l’incurie.

Le passé révolutionnaire et culturel de Cherchell avait été détourné pour déboussoler les jeunes générations. En 2018, une jeune femme algérienne, en l’occurence Behiri Yamna, telle une étoile, reflète un faisceau lumineux pour éclairer un pan de l’histoire de sa ville, avec sa touche personnelle pour ne pas laisser le lecteur abandonner les gisements d’informations sur sa ville. Cherchell, avec impuissance, assiste à l’éclipse de son passé, une manière pour anéantir les reprères afin d’empêcher les jeunes générations de les connaître et donner l’occasion à ses jeunes filles et garçons de se projeter vers un avenir meilleur, grâce à ces atouts.

L’œuvre de Yamna Behiri, qui habite à ce jour comme par un heureux hasard, à Aïn K’Cibah (Cherchell), à côté des habitations vétustes des familles de Assia Djebar et de Yamina Oudaï, héroïnes parmi les héroïnes algériennes, constitue une opportunité idoine pour les historiens, les voyagistes, les responsables du tourisme, afin d’inviter les visiteurs vers un passé plus sain que les familles cherchelloises d’antan avaient entretenu avant de quitter leur monde. Yamna Behiri nous a promis l’édition de sa thèse de doctorat, plus de mille pages, qui va dans le sens de ses recherches pointues sur sa ville.

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