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EHS Frantz Fanon de Blida : Les dessous d’un conflit qui perdure

19 janvier 2020 à 9 h 15 min

Le bras de fer opposant les employés d’un des services de psychiatrie de l’hôpital Frantz Fanon de Blida à leur chef de service continu. Le rapport d’enquête de l’inspection, dépêchée par la direction de la santé publique a été finalisé et remis au ministère de la Santé.

Ils sont 49 employés, entre personnel médical, paramédical et agents polyvalents exerçant au service de psychiatrie B de l’EHS Frantz Fanon de Blida à avoir signé une pétition, «dénonçant le comportement abusif de la chef de service de psychiatrie». Tous déplorent les conditions de travail dans lesquelles ils exercent. Malika, la quarantaine, infirmière confie : «On souffre d’un manque de personnel énorme. On tourne à 2 infirmières pour 45 malades et cela reste très peu.» Cet effectif restreint a même été la cause d’un bon nombre de soucis, notamment les agressions physiques. A cet effet, Meriem, une infermière de 30 ans, raconte : «J’ai déjà été agressée par une patiente alors que j’étais de garde.»

A l’époque, Meriem était enceinte. Alors qu’elle faisait la tournée pour la prise de médicaments, en prenant le soin de toujours commencer par les plus agitées, l’une des patientes, non contente de son tour, l’a attrapée par les cheveux et l’a tirée par terre. «J’ai essayé de me débattre mais sans succès. Et cela a duré un bon bout de temps», ajoute-t-elle. Mais Meriem n’est pas un cas isolé. Nesrine, également infirmière de 29 ans, a elle aussi déjà fait les frais d’un accès de colère d’une patiente : «Elle attendait, avec ses proches, son tour pour passer en consultation. Dès qu’elle m’a vue, elle a réussi à esquiver tout le monde, s’est approchée de moi et m’a giflée. Aujourd’hui encore, mon oreille me fait souffrir. Je n’entends pas très bien avec.» Malika affirme avoir demandé à maintes reprises de renforcer le personnel mais cela n’a pas été fait. «J’ai accepté le poste de responsabilité que j’occupe actuellement car la chef de service a promis de m’épauler. Malheureusement, les promesses ne se sont pas concrétisées. Je me suis retrouvée à devoir tout gérer seule, même la pharmacie du service, or ce n’est absolument pas mon travail», ajoute-t-elle.

Cette dernière précise néanmoins que la première responsable du service interdit formellement de faire travailler les patients : «Même si certaines veulent apporter un coup de main, la chef de service nous l’a strictement interdit et ceci n’est pas une mauvaise chose.» De son côté, M. Gasti, professeur chef de service de psychiatrie de l’hôpital Frantz Fanon de Blida, ne nie pas ce manque flagrant de personnel et assure : «J’ai fais plusieurs demandes pour renflouer le personnel mais rien n’a été fait.» Cette dernière explique que suivant les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, et afin d’assurer une bonne prise en charge des patients en psychiatrie, il faut compter un Infirmier diplômé d’Etat (IDE) pour 10 malades. «Malheureusement, mon service, qui compte 90 malades, ne tourne qu’avec 3 éléments. Le reste sont des ATS. La psychiatrie a beaucoup évolué. C’est un métier cérébral, intellectuel mais dangereux. Et le manque de personnel a créé une charge de travail épouvantable. Une pression qui n’est pas évidente à gérer tous les jours», se désole-t-elle.

Urgences

Autre problème signalé par les médecins : le refus d’admission des patients. Ils expliquent : «Les médecins ont reçu l’ordre de ne point faire de sortie de malade sans que sa place ne soit directement cédée à un autre malade en détresse.» Selon eux, cette situation a conduit à des hospitalisations excessivement longues, privant de liberté des patients stabilisés de longue date. A cette «accusation», M. Gasti répond : «D’abord, il faut revoir les statuts du service. Il existe 7 services de psychiatrie au sein de l’hôpital, dont 3 avec unité d’urgence. Les textes établis par le ministère sont clairs : pour de l’urgence, il faut un plateau technique. Or, le service B, dont je suis responsable, est un service de cure libre.» Autre souci soulevé par certains infirmiers : l’interdiction de sortie. Karim, jeune infirmier de 29 ans raconte : «Elle interdit toute sortie. Si on s’absente 10 minutes, c’est passible de sanction.»

De son côté, B. Samir, infirmier de 51 ans, en congé maladie, raconte : «Avant, tout se passait bien, mais depuis son arrivée, tout a changé. Elle nous prive de sortie de 8h à 16h. On ne sort pas manger. On ne peut même pas sortir acheter de l’eau sous peine d’être sanctionnés. Les portes sont fermées à clés et impossible de quitter le bloc. Nous sommes comme emprisonnés.»

D’ailleurs, ce dernier confie que la pression subie était tellement grande qu’il en est tombé malade : «On m’a diagnostiqué épileptique. Depuis, je suis en arrêt maladie.» Face à ces accusation, M. Gasti, en colère, explique être régi par le code du travail et a droit à sa pause. «Une note est d’ailleurs affichée», assure-t-elle. Mais cette dernière explique qu’elle ne peut évidemment pas tolérer qu’un ATS quitte son poste pour prendre un café laissant les malades seuls. Non contente du travail accompli, elle explique : «Ils travaillent en 2 équipes, deux jours sur deux et ne respectent quand même pas les horaires.» A cet effet, la chef de service raconte que ce laisser-aller à failli coûter la vie à un couple de médecins : «Un infirmier est sorti, les a laissés dans le pavillon, porte fermée, face à un patient agité.»

Prescription

Autre problème, et non des moindres, soulevé par les médecins : privation du droit de prescription. Meriem et Mourad, maîtres-assistants, expliquent : «Nous n’avons pas le droit de prescrire certaines molécules pharmaceutiques à nos patients hospitalisés, molécules dont les marques sont disponibles au niveau de la pharmacie de l’hôpital car celles-ci sont interdites d’entrée dans le service pour des raisons personnelles au chef de service.» Pis encore, les médecins assurent qu’ils sont contraints de prescrire des ordonnances de ces médicaments à titre externe pour des patients hospitalisés bafouant toute notion d’éthique médicale et de gratuité des soins.

A cela, M. Gasti répond : «Il faut savoir que mes commandes sont faite en prévision de la Dénomination Commune Internationale (DCI). Autrement dit, lors de mes commandes de médicaments, je n’ai pas le droit de commander un nom mais une molécule.» Pour ce qui est de l’interdiction de prescription libre, la chef de service assure : «Les médecins sont libres de faire leurs prescriptions avec leurs griffes. Les seules fois où j’interviens est lorsque je juge qu’un patient est mal diagnostiqué. Cela rentre dans mes prérogatives de professeur.» Par ailleurs, les médecins accusent la chef de service de ne pas respecter la sectorisation : «Ce service doit accueillir les patients de Chlef et de Ain Defla, mais cela n’est absolument pas respecté.»

D’ailleurs, une source bien informée au sein de l’hôpital assure que les patients venant d’Alger ont pris la part du lion. A cet effet, M. Gasti explique : «Lors d’un conseil médical, nous avons pris conscience que cette sectorisation n’est pas réellement bénéfique et nous avons pris la décision, avec d’autres confrères, d’ouvrir la porte à tout le monde. Le DSP est évidemment au courant.»

Par ailleurs, les travailleurs dénoncent «un climat de travail infernal où quiétude et sérénité ont laissé place aux cris et aux accès de colère imprévisibles». Selon eux, le personnel est rabaissé, méprisé, intimidé et offensé et même menacé à la moindre occasion. Excédés, les employés se disent subir un quotidien des plus difficiles. Selon eux, cette situation a conduit au départ forcé de 13 médecins, 1 psychologue, 4 infirmiers et 6 agents polyvalents. «Le service B bat tous les records de sanction abusive, de mutations et de démissions. Et l’hémorragie ne compte pas se tarer. Aujourd’hui, nous sommes en attente de la décision du ministère», se désolent-ils.

De son côté, M. Gasti, en poste depuis 2 ans, confie : «A mon arrivée, j’ai constaté de nombreux dysfonctionnements dans ce service. J’ai dû faire face à une totale anarchie. Un service où les malades étaient comme livrés à eux-mêmes. Et cela est à mon sens inadmissible. J’ai essayé tant bien que mal de remettre de l’ordre mais cela n’est pas facile tous les jours.» Cette dernière ajoute que depuis son arrivée, le taux de mortalité a baissé de 90% : «Nous n’avons eu que 3 décès sur 2 ans, dont une femme très âgée.» De son côté, M. Nagy Hicham, directeur de l’hôpital assure : «La chef de service assure vouloir instaurer une discipline. Pour y voir plus clair dans tout cela, la DSP a dépêché une inspection pour une enquête. Une fois finalisée, des mesures seront prises et personne ne sera lésé.»



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