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Blida et la Révolution nationale : Où sont les vestiges de la torture ?

09 juillet 2019 à 8 h 31 min

Jeudi soir à Blida, soit à la veille de la fête de l’indépendance, des activités culturelles s’y sont déroulées, surtout au profit de la catégorie juvénile. Au centre des affaires El Wouroud, à Bab Dzaïr, une soirée musicale raï a été organisée, où les jeunes présents se sont donnés à cœur joie à la danse et au défoulement.

Mais ils ne savaient sans doute pas qu’à une centaine de mètres du lieu où ils étaient présents pour fêter le 5 Juillet, l’actuelle unité de la Protection civile servait, durant la Révolution nationale, de lieu de torture des moudjahidine. C’était à l’époque une savonnerie donnant sur la rue Etienne Dinet, du quartier «indigène» Douirette, transformée en un espace de torture et de sévices pour dissuader les moudjahidine et lutter contre la Révolution nationale. Malheureusement, aucune inscription n’est affichée sur les lieux pour informer le public sur les graves dépassements commis par la soldatesque coloniale.

Le secteur de l’éducation nationale n’a, lui non plus, jamais pensé à organiser des sorties pédagogiques au niveau de ce genre d’endroits à haute valeur historique, afin de préserver la mémoire publique de l’oubli, et inculquer aux générations futures davantage de respect au profit de ceux qui se sont sacrifiés pour l’indépendance du pays, dans des conditions douloureuses et atroces. «Mon frère et tant d’autres moudjahidine y ont été atrocement torturés… Et on entendait les cris même de l’extérieur!», raconte un septuagénaire habitant aux environs de l’ancienne savonnerie.

Pas loin de ces lieux, la fameuse place Toute, baptisée du nom de la date représentant le déclenchement de la Révolution nationale (place du 1er Novembre), ne comporte aucune information sur les actes inhumains commis par les militaires français en pleine révolution. Pourtant, les corps sans vie des moudjahidine y étaient exposés «triomphalement» pour avertir les «indigènes», quant à leur sort s’ils continuaient à combattre l’occupant qui se considérait le propriétaire d’une terre pourtant spoliée. On cite l’exemple du martyr Tayeb Bouredja, qui a été considéré comme terroriste et dont le corps a été exposé en public, par les «bérets rouges», un certain 13 juillet de l’année 1958. Malheureusement, aucune plaque n’est posée sur les lieux afin de rendre hommage à ces personnes qui se sont sacrifiées pour l’indépendance de l’Algérie.

Un commissariat modifié au détriment de l’histoire

Toujours au centre de Blida, l’ex-commissariat central de Bab Essebt, transformé en inspection régionale de la police, servait aussi de lieu de torture des moudjahidine, dont le souci était pourtant légitime, outrepassant ainsi les droits les plus élémentaires de l’homme. Malheureusement, ces lieux ont connu plusieurs modifications et ne comportent aucun vestige «racontant» le passé douloureux des Algériens, durant l’occupation française. «C’était un lieu de torture et surtout de tous les sévices. On nous mouillait la tête dans des bassins d’eau en nous faisant subir la torture de l’électricité et en nous assénant de violents coups de poing, au crâne et au visage, pour avouer des secrets liés aux activités révolutionnaires. Bref, l’armée française y pratiquait toutes les méthodes sataniques pour assouvir sa sale besogne», a témoigné Boualem Kanoun, avant sa mort, un grand moudjahid dans la région de Blida. Les jeunes sportifs pratiquant la gymnastique dans l’unique salle dédiée à ce sport à Blida (appelée Nadjma) ne savent certainement pas que cet endroit, qu’ils fréquentent régulièrement, servait de lieu de torture. Ainsi, aucune plaque commémorative ou autre indication n’est affichée à l’extérieur de cette salle afin d’en informer la jeune génération et perpétuer un pan de notre histoire.

Sur la route de La Chiffa, la tristissime ferme Chenu, appelée communément Haouch Ch’nou, était un lieu de torture… jusqu’à la mort. «Les moudjahidine torturés étaient souvent exécutés et jetés dans une forêt située pas loin de la ferme. Une simple fouille sur place peut facilement être suivie par la découverte d’ossements», se souvient Benyoucef Melouk, le dénonciateur des faux moudjahidine, âgé aujourd’hui de 77 ans.

Dans la commune d’El Affroun, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Blida, une ferme portant le nom de Feutry, durant l’occupation française, faisait office d’actes barbares de la part de la soldatesque. «La ferme Feutry abritait un camp militaire où l’on torturait les prisonniers. Ces derniers étaient jetés dans la cave de cette ferme, laissés sans nourriture, sans eau ni lumière jusqu’à leur mort», a raconté le moudjahid Zouaoui Abdelkader, dit Ben Aïcha, quelques années avant son décès. Ces vérités restent malheureusement méconnues, notamment par les jeunes de la région.

Dans la même localité, la cave de l’actuelle maison de jeunes du centre-ville était l’autre lieu, où les militaires de l’occupant infligeaient des souffrances physiques et morales aux moudjahidine pour les faire parler. Enfin, il est dommage que la mémoire publique, concernant surtout l’une des parties les plus importantes de notre histoire, ne soit pas préservée pour l’actuelle et les futures générations. Pourtant, une simple plaque commémorative pourrait nous sauver de l’amnésie…


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