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Zine Barka . Professeur de Finances publiques : «S’appuyer sur un pouvoir politique crédible pour un nouveau contrat social»

09 décembre 2019 à 9 h 20 min

Pour dépasser cette situation de blocage afin d’en atténuer l’impact sur les plans social et économique, il y a lieu de trouver, selon un nouveau contrat social d’après Zine Barka, professeur de finances publiques à l’université de Tlemcen et président de l’Association nationale de finances publiques (ANAFiP).

Pour cela, il faudrait, estime-t-il, s’appuyer sur un pouvoir politique fort et crédible. Or, telle que dessinée, l’élection «imposée» risque de ne pas apporter les solutions adéquates à la situation dans laquelle se débat le pays.

 

Le sort de l’économie nationale est étroitement lié à la situation politique. Or, avec une élection rejetée, la crise s’annonce dans la durée. Comment s’annonce justement la situation économique du pays dans ce contexte ?

Il est certain que la crise politique que connaît l’Algérie maintenant depuis février dernier a un impact négatif sur la situation économique. Elle vient se rajouter au rétrécissement des revenus issus principalement de l’exportation des hydrocarbures qu’on a voulu corriger par une décision de recours au financement non-conventionnel adopté par le gouvernement Ouyahia en 2017 «pour éviter le recours au financement extérieur».

Des informations fusent de plusieurs sources officielles quant à la poursuite de ce mode de financement. Sur le plan budgétaire, cette façon de financer le budget représente une situation d’exception et ne peut être reconduite indéfiniment sous peine de discréditer les décideurs du ministère des Finances. En outre, depuis maintenant dix mois, on est en face d’une situation d’attente que la normalité revienne pour reprendre les activités.

Et là, les secteurs public et privé sont au même niveau de blocage. Des hésitations et des reports de décisions sont de nature à perturber le fonctionnement normal de l’économie qui a grandement besoin d’améliorer son fonctionnement et sa restructuration pour faire face aux défis qui se posent à l’Algérie.

Enfin, la configuration des élections comme dessinée par le pouvoir militaire risque de ne rien apporter de nouveau sur les grandes décisions qui attendent d’être prises sur le plan de la relance des activités économiques : investissement, politique d’importation et signature de contrats avec les partenaires étrangers…autant de dossiers en souffrance. Le succès de l’élection présidentielle est fortement lié au taux de participation.

Est-il possible de dépasser cette situation de blocage ou bien d’en atténuer l’impact sur les plans social et économique ?

Dépasser cette situation de blocage afin d’en atténuer l’impact sur les plans social et économique requiert de trouver un nouveau contrat social et pour cela il faudrait pouvoir s’appuyer sur un pouvoir politique fort et crédible. Autrement, on est dans la continuation de la politique prônée jusque-là, à savoir l’achat de la paix sociale avec des moyens financiers éphémères.

Remettre l’économie sur rails signifie engager de véritables réformes. Que retenez-vous justement des promesses des candidats dans ce cadre ?

Les programmes économiques des candidats à l’élection présidentielle se ressemblent tous à quelques exceptions près et ne présentent aucune nouveauté par rapport à ce qu’on entend depuis déjà des décennies sans grand succès de sortir l’Algérie de la dépendance outrancière des hydrocarbures ou d’engager le pays dans une transition démocratique pour asseoir une gouvernance à même d’apporter le changement qualitatif qui s’impose. Les programmes présentés sont des promesses électorales à une population qui regarde et écoute avec beaucoup d’amusement ces belles paroles répétées depuis des lustres.

Citons quelques propositions phares : tous les candidats promettent de réviser la loi fondamentale du pays et de satisfaire les revendications du mouvement populaire pacifique, du 22 février, pour le changement du système politique en place. Certains suggèrent d’améliorer la bonne gouvernance du pays en opérant une séparation entre le monde des affaires de celui de la politique. D’autres vont jusqu’à promettre de disséquer tous les secteurs afin d’y apporter des solutions adéquates nécessaires. Enfin, le grand fléau de la corruption qui s’est installé au même titre que le despotisme comme mode de gouvernance semble faire aussi les choux gras des candidats à la présidence.

On assiste depuis le 4 décembre, date d’ouverture d’un procès inédit en Algérie pour corruption de deux anciens Premiers ministres, aux côtés d’autres ex-hauts dirigeants politiques et de grands patrons d’autres secteurs. Si beaucoup de citoyens se réjouissent de voir des anciens dirigeants qui étaient tous des potentiels présidentiables traînés devant la justice pour répondre des actes d’accusation liés à des dossiers de corruption et aux détournements de fonds publics, d’autres, par contre, voient en ces jugements un règlement de comptes entre les protagonistes au pouvoir.

Quels outils adopter pour une gestion efficace des finances publiques en cette période de crise ?

Cette période de crise économique requiert qu’une attention particulière soit portée à une bonne gestion des finances publiques. Concrètement, cela veut dire s’attaquer aux déficits publics devant l’amenuisement des rentrées fiscales du secteur des hydrocarbures. Le projet de loi de finances 2020 prévoit un accroissement du déficit budgétaire à 7,2% du PIB, contre -6,9% du PIB en prévision de clôture de 2019, selon le ministre des Finances.

La nouvelle fiscalité pétrolière promulguée dans le cadre de la révision de la loi sur les hydrocarbures ne portera pleinement ses effets qu’avec un délai dans le temps. Or, l’assainissement des finances publiques requiert des solutions urgentes sous peine de voir la crise économique prendre de l’ampleur. En corollaire, il me semble qu’une attention particulière devrait être portée vers le réexamen de la dépense publique dans sa globalité, dépenses courantes et dépenses en capital. Des rigidités à la baisse des dépenses de fonctionnement sont bien ancrées et qui devraient être examinées avec courage et responsabilité pour s’éloigner du gaspillage à grand échelle auquel nous assistons.

Là, toutes les administrations publiques sont concernées par cette révision de la structure de la dépense et dont le pilotage devrait revenir au ministère des Finances. La maîtrise de la dépense publique ne doit plus être un mot creux et vide de sens, mais doit se traduire par un plan d’action à moyen terme afin de revenir aux capacités réelles du pays basées sur ses ressources propres.

La gestion des finances publiques par l’illusion doit céder le pas à une gestion plus réaliste et responsable. Le recours au financement non conventionnel devrait être géré avec intelligence et d’une façon transparente. Bien entendu, l’effort doit être réparti équitablement, mais des niches existent aussi bien au niveau de la fiscalité qu’au niveau de la dépense publique, où des comptes spéciaux sont ouverts sans limite dans le temps ni gérés d’une façon transparente et autorisés par le Parlement et encore moins contrôlés par la Cour des comptes

Enfin, cette réforme des finances publiques doit s’accompagner par une politique de modernisation du secteur public avec en parallèle une revalorisation et une formation des ressources humaines. Également, sans grande transparence budgétaire, il est difficile d’amorcer un audit des finances publiques, d’où la nécessité de se mettre à jour sur le plan de la gestion des finances publiques en opérant une plus grande ouverture afin de recueillir le plus grand nombre des meilleures pratiques sur la question de la gestion publique.

Pour terminer, dans ce contexte difficile, quid de la position vis-à-vis de ses partenaires étrangers au moment où l’on tente de relancer les IDE à travers la révision de la loi sur les hydrocarbures et la règle 49/51 ?

La nouvelle loi sur les hydrocarbures et son assouplissement dans le sens des investisseurs étrangers peuvent avoir un effet bénéfique sur le secteur pétrolier. Ces effets positifs n’apparaîtront pas immédiatement, car l’exploration prend du temps.

Mais dans le moyen terme, cela peut engendrer de nouveaux revenus supplémentaires. Quoi qu’il en soit, cette situation risque de contrarier la volonté (à supposer qu’il y en ait une) de réformer la fiscalité au niveau central et la fiscalité des collectivités locales. Et par voie de conséquence, la politique de diversification de l’économie risque d’en pâtir et d’être reportée aux calendes grecques.

 



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