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Zine Barka .Professeur de finances publiques : «Sans démarche, la quête des ressources supplémentaires ne peut être qu’éphémère»

27 juillet 2020 à 9 h 40 min

-Le gouvernement compte faire une économie de 20 milliards de dollars cette année sur certaines dépenses. Pensez-vous que c’est possible dans le contexte actuel ?

L’Algérie est à la quête de nouvelles ressources financières pour débloquer la machine économique et faire face aux dépenses inhérentes engendrées par la pandémie la Covid-19. La nécessité de faire des économies dans la gestion des finances publiques est une décision louable et sage. Ce choix s’inscrit dans un souci de réduction du déficit public et également dans une modération des prélèvements obligatoires. Ceci étant, deux observations s’imposent quant à l’opportunité de la décision du gouvernement de faire des économies de dépenses. La première observation se rapporte aux effets de l’épidémie de la Covid-19, dont les conséquences, tant humaines qu’économiques, se font de plus en plus sentir et qui exigent un effort financier de l’Etat pour venir en soutien à la population affectée et aux entreprises en difficultés. C’est un moment où l’Etat est fortement sollicité à travers un supplément de dépenses publiques – «quoi qu’il en coûte» pour affronter les conséquences désastreuses de la pandémie de la Covid-19. Le deuxième élément concerne l’historique de la politique budgétaire poursuivie en Algérie qui montre que la dépense publique a été le moteur de la croissance économique à travers les investissements publics qui ont touché tous les secteurs. Cette expansion de la dépense publique a été rendue possible grâce à la revalorisation du prix des hydrocarbures, malgré quelques baisses passagères. Si bien qu’on peut observer deux courbes qui évoluent d’une façon parallèle – la courbe de la dépense et la courbe des recettes fiscales issues des hydrocarbures. Cette situation a entraîné l’enracinement d’un comportement dépensier bien ancré dans la gestion des finances publiques.

-Après cet enracinement de tels comportements, quel serait l’impact de cette décision sur les dépenses ?

Cette décision serait-elle productive ? La décision du gouvernement de changer de comportement pour des raisons conjoncturelles peut paraître peu productive avec une faible chance de mobiliser les sommes annoncées. C’est une litanie d’intentions que nous entendons répéter depuis des années sans résultat concret. Enfin, une question subsidiaire se pose, à savoir est-ce que la décision de faire des économies dans la dépense publique est ponctuelle pour faire face à des contraintes budgétaires sévères, vue que le choix de recourir aux financements extérieurs a été écarté, ou bien cette décision s’inscrit dans une nouvelle politique de gestion des deniers publics qui mériterait alors d’être mieux explicitée ? Dans ce dernier cas, le chantier est vaste et demande des efforts continus et soutenus pour se défaire des rigidités que renferme le budget. Ce nouveau management public qui s’appuie sur la recherche de l’efficacité des dépenses publiques en recherchant la performance et la responsabilisation individuelle plutôt que sur les procédures. Cette réforme est la plus souvent accompagnée par un ensemble de stratégies sectorielles et la modernisation de l’action publique ainsi qu’une révision de la Fonction publique. Les résultats positifs de ces réformes apparaîtront après quelques années avec un budget plus flexible et des actions mieux ciblées sur des objectifs qui seront atteints avec plus d’efficacité et des coûts maîtrisables pour un meilleur service public.

-En attendant que les réformes avancent, comment faire le tri dans les dépenses ? La réduction du train de vie de l’Etat suffit-elle pour faire ces économies ?

La question du tri dans les dépenses à réduire est une opération relativement aisée. En effet, les dépenses qui stimulent la croissance économique et qui permettent d’avancer dans la politique de diversification de l’économie ne doivent pas être touchées. La panne de la croissance économique actuellement s’explique en grande partie par la rareté des pièces des machines de production et autres équipements nécessaires au bon fonctionnement de l’outil de production ainsi qu’à son renouvellement pour accroître la compétitivité et la maîtrise des coûts de production.

En face, nous avons des dépenses appelé de fonctionnement qui se rapportent au train de vie de l’administration. Les dépenses de rémunération des personnels (administrations centrales et services déconcentrées) représentent un peu moins de 50% des dépenses de fonctionnement en 2019. S’y ajoutent principalement les subventions de fonctionnement aux établissements d’enseignements et hospitaliers ainsi que les interventions économiques et sociales de l’Etat qui devraient faire l’objet d’un audit afin d’assainir leur gestion budgétivore au regard d’une efficacité douteuse et pas du tout en rapport avec les missions dont ils sont investis. Ces dépenses de fonctionnement (elles représentent 21,4% du PIB en 2020) doivent être contenues, car considérées comme peu productives particulièrement devant la composante humaine des administrations qui croulent sous le poids des effectifs en abondance et sans impact sur une quelconque création de richesse nationale. Là, une politique de restructuration serait appropriée et de nature à améliorer le rendement de la Fonction publique.

-Pour quelles conséquences ?

En conséquence, ces dépenses de fonctionnement assainies pourraient alors venir soutenir et accompagner les dépenses d’équipement évoquées plus haut (qui représentent 13,0% du PIB en 2020) qui ont un impact positif sur la relance de l’économie. C’est dans la durée que les fruits de ces réformes apparaîtront. Dans l’immédiat, la quête des ressources supplémentaires dans la conjoncture actuelle avec la prise de mesures d’économie décidée, sans en expliciter la démarche, ne peut être qu’éphémère et sans impact réel sur l’action publique visant à relancer une économie léthargique depuis des décennies.



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