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Vingt ans après l’arrivée de Bouteflika : «Une phase de transition à temps 0»

25 février 2019 à 10 h 00 min

Vingt ans après l’arrivée du président Bouteflika à la tête de l’Etat algérien, la question du bilan des différentes réformes économiques menées durant ses quatre précédents mandats se pose avec plus d’acuité aujourd’hui.

La richesse pétrolière accumulée semble avoir disparu, puisqu’elle est absente des indicateurs d’évaluation du bien-être. En effet, la fin de la décennie 1990 a été marquée par l’échec des réformes que l’Algérie a entamées à l’occasion de l’ouverture de 1989, la dégradation des conditions socio-économiques de la population et l’instabilité politique qui a suivi l’annonce des élections anticipées, remportées par Abdelaziz Bouteflika.

Un coup de chance pour le nouveau locataire d’El Mouradia. Son arrivée à la tête de l’Etat s’est accompagnée par une envolée du prix du baril, bondissant de 30 à 147 dollars entre 2002 et 2008. Cette richesse pétrolière a procuré au pays des revenus extérieurs inespérés qui lui ont permis de se doter de réserves en dollars estimées en 2009 à 150 milliards.

C’est dans ce contexte historique, politique et économique que le président Abdelaziz Bouteflika est venu en bénéficiant d’une nouvelle ère inattendue du marché pétrolier favorable pour redresser la situation.

Grâce à cette situation financière florissante du pays, ce dernier s’est lancé dans des réformes et différents programmes de développement importants. Dans un temps record, le pays est redevenu un chantier important: des routes, autoroutes, ports, aéroports, métro, hôpitaux, universités, usines, logements.

Il s’agit d’une nouvelle dynamique qui a donné une nouvelle image différente de celle des années 1990. Comme une première tentative de redressement, représentée par le programme triennal de soutien à la relance économique en 2001, un plan quinquennal de relance de l’économie (2005-2010) est annoncé. Aussi, appuyé par une situation financière favorable, l’Algérie profitait de la manne pétrolière pour poursuivre le remboursement par anticipation de la dette extérieure.

En 2010, dans une logique de la continuité du processus de reconstruction nationale, le Conseil des ministres du 24 mai 2010, présidé par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a adopté un programme d’investissements publics gigantesque, qui couvre la période 2010-2014.

Ce programme retenu pour le parachèvement des grands projets déjà entamés, notamment dans les secteurs du rail, des routes et de l’eau, d’un côté, et le lancement de nouveaux projets, d’un autre côté, est doté d’une enveloppe financière de 286 milliards de dollars. Le dernier programme quinquennal pour le développement et les investissements publics (2015-2019) est conçu pour renforcer la résistance de l’économie nationale aux effets de la crise financière mondiale et la baisse de plus en plus drastique des prix du baril de pétrole.

Il devait marquer la rupture avec le mode et la pensée économiques algériennes afin de donner naissance à une économie productive et diversifiée. Ce qui est certain, c’est que l’Algérie n’a jamais connu autant d’efforts et d’expériences de réformes sur les plans politique, économique, social et institutionnel comme celles entreprises durant la période allant de 2000 à 2018. Des réformes que nous pouvons qualifier, au regard du bilan tellement mitigé, d’une série de réformes et d’échecs.

Aucun objectif officiellement proclamé n’a été atteint. Notre propos se justifie par la qualité des résultats que nous allons présenter dans ce papier. Les raisons importantes de l’échec de toutes ces réformes sont, à notre connaissance, essentiellement d’ordre politique.

L’obstacle central aux réformes en Algérie réside, en effet, dans la nature du système politique, économique et social lui-même. Le système est complexe et agit dans une opacité totale. Personne ne peut déterminer de façon claire l’organisation des pouvoirs, et à plus forte raison identifier les centres de décision réels au sein des appareils de l’Etat.

Bilan non performant

Aujourd’hui, rares sont ceux qui s’accordent sur l’efficacité de ces programmes quinquennaux pour qu’ils puissent être porteurs d’un développement durable et juste. En effet, ils souffrent de plusieurs lacunes pour relancer la machine économique et créer les conditions favorables à une croissance durable et forte.

En effet, toutes ces tentatives de réformes ne sont qu’une fuite en avant et elles visent une réorganisation intelligente du système rentier. Elles sont loin d’être une solution à la crise structurelle et cela pour plusieurs raisons, d’abord parce que ces différents programmes de soutien et de relance économique sont adoptés sans réformes politiques, ils sont conçus dans le cadre des échecs d’hier sans faire un bilan critique de l’ancien modèle.

Puis, ils incarnent l’image d’un modèle adopté sans décentralisation de la gouvernance qui implique dans son processus la concertation avec les acteurs de la société civile au niveau local. Ajoutant à cela le code d’investissement inapplicable en raison de la corruption et de la faiblesse de l’administration à assurer un contrôle efficace.

Il est clair qu’une forte injection de ressources financières a révélé les limites de l’administration et des organismes d’exécution, ce qui démontre l’impératif d’introduire un nouveau mode de gouvernance basé sur l’évaluation et la transparence dans la gestion des affaires publiques.

Cet exercice sera certainement difficile à mettre en œuvre, mais il est déterminant pour le devenir de notre économie et sa transformation en une économie diversifiée, innovante et capable de créer la richesse, faire face à une concurrence de plus en plus féroce. Le constat actuel montre que le bilan n’est pas performant.

Il est vrai que le taux de croissance du PIB, à titre illustratif, entre 2004 à 2012, a été positif, mais il n’a jamais dépassé les 3%. En plus, ce taux est totalement dépendant de la rente pétrolière, il n’a pas été le produit d’une économie productive. La croissance économique est tributaire des hydrocarbures qui continuent à peser, soit dans le PIB ou dans la fiscalité.

Le gouvernement a pris acte de ces limites, mais rien n’a été fait concrètement pour revoir la place des secteurs productifs dans la stratégie de développement. Aussi, le taux de chômage est un indice important de l’état d’une économie. Les statistiques de l’Office national des statistiques (ONS) avancent le chiffre de 11,07%.

Il faut souligner ici que des observateurs contestent ce chiffre qui, selon eux, ne répond pas à la réalité algérienne. Sur ce sujet, nous faisons partie de ceux qui croient que le taux réel du chômage en Algérie dépasse largement les chiffres officiels, notamment dans ces moments de crise. Autre indice macro-économique, l’inflation.

Dès le début des programmes de développement, une sonnette d’alarme a été tirée concernant les dérives inflationnistes qui peuvent découler de la masse importante de la dépense publique qui est injectée dans l’économie. Ces craintes se sont accentuées avec le mouvement des augmentations des salaires depuis quelques années sans contrepartie.

Comme le montre le tableau ci-contre au début de la décennie 2000, le taux d’inflation a été maîtrisé. Ce n’est qu’après la crise financière de 2008 que l’inflation a commencé à grimper. En 2012, la tendance à la hausse s’est accélérée. Cette forte inflation s’explique en grande partie par la hausse de l’indice des prix à la consommation.

En effet, plusieurs produits ont vu leur prix s’envoler, ce qui a porté un coup fatal aux couches sociales les plus défavorisées, notamment celles dont le revenu est à la fois faible et fixe. L’échec cuisant de ces différents programmes de relance économique ont touché de manière particulière le secteur industriel.

Ces plans de développement, qui devaient contribuer à la diversification de l’économie, n’ont pas donné les résultats escomptés dans le secteur industriel. Ces efforts déployés et tous ces moyens mobilisés n’ont pas permis à l’industrie nationale de se redresser et de lever les multiples contraintes qui pèsent sur ce secteur stratégique.

L’assainissement financier, qui a coûté des milliards de dinars au Trésor public, n’a pas pu venir en aide à un secteur en constante régression. «Le statu quo autoritaire-rentier a condamné l’industrie et l’économie algérienne et a fait d’elles des otages d’une logique de domination rentière». L’Algérie a vécu pendant ces vingt dernières années dans un monde ancien et agonisant. Il s’agit simplement d’une «phase de transition à temps 0».

Le contexte actuel dans lequel évolue l’économie algérienne exige des réformes politiques et économiques structurelles. Le discours politique de la continuité dans le même mode de distribution et de production en proposant des solutions techniques ne peut ni produire la modernité ni construire une économie productive et diversifiée. Il y a urgence à mettre fin à la dictature de l’autoritarisme politico-rentier.

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