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Des projets contestés sur des questions stratégiques : Urgences économiques ou guerre de positions ?

21 octobre 2019 à 9 h 05 min

C’est dans un contexte de forte contraction de l’activité économique, d’un important niveau de chômage et de baisse substantielle de ressources budgétaires, mais surtout d’incertitudes politiques et de rejet de l’élection présidentielle avec l’équipe actuelle au pouvoir que des dossiers importants sont remis sur le tapis. La course a bien démarré pour tenter de ficeler le plus tôt possible la réforme autour de ces questions cruciales dont dépend pourtant l’avenir des futures générations, comme le projet de loi sur les hydrocarbures et la réforme de la retraite.

Pour bon nombre d’observateurs, de syndicalistes et d’experts, il n’y a pas urgence pour traiter de telles questions à l’heure où le mouvement populaire en marche aspire beaucoup plus à un changement de mode de gouvernance. «Ce n’est pas à un gouvernement censé gérer les affaires courantes de prendre des décisions aussi stratégiques», estime-t-on à ce sujet. Ils sont d’ailleurs nombreux à avoir affiché leur mécontentement à ce sujet.

Pour certains, c’est tout simplement un programme d’ajustement structurel sous une autre forme qui se prépare à travers le projet de loi sur les hydrocarbures adopté, pour rappel, la semaine dernière en Conseil des ministres et le système des retraites sur lequel le responsable du secteur a multiplié depuis la rentrée sociale les sorties et les déclarations publiques.

«Le temps n’est pas aux réformes qu’on veut mener aussi rapidement, une démarche qu’on veut justifier par le déficit de la Caisse nationale des retraites ou par le besoin d’attirer les investisseurs dans le secteur des hydrocarbures pour réaliser de nouvelles découvertes et assurer la sécurité énergétique du pays», résume un expert.

Opacité

Même l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), habituellement acquise au gouvernement en applaudissant toutes ses décisions, est sortie du bois cette fois-ci. La Fédération nationale des travailleurs du pétrole du gaz et chimie (FNTPGC) a clairement exprimé, au lendemain de l’adoption du projet de loi sur les hydrocarbures, son mécontentement, regrettant que le texte soit validé «dans l’opacité» dans un communiqué rendu public à cet effet.

«Ce texte, approuvé dans l’opacité, n’a pas été soumis à la concertation des partenaires sociaux conformément à la tradition lorsqu’il s’agit de textes fondamentaux et d’importance cruciale engageant l’intérêt national», écrit la Fédération dans ce cadre soulignant avoir été écartée dans le processus d’élaboration dudit texte.

Pour l’UGTA, «le gouvernement a procédé cette fois-ci d’une manière inhabituelle, inédite même». Ce qui confirme «une volonté des pouvoirs publics de tenir à l’écart la Fédération et d’en faire loi du fait accompli».

«On est donc en droit, à ce stade de l’évolution du projet de loi, de s’interroger sur ce qu’on redoute en choisissant la voie de l’unilatéralisme. De se poser des questions à propos de l’empressement à voter une loi à forts enjeux stratégiques pour le pays», ajoute encore la Fédération. «Une loi qui de surcroît sera vite révisée une fois que le changement politique sera opéré», note par ailleurs un expert en questions énergétiques qui a eu à travailler longuement sur ce dossier.

Et d’avancer : «En tout cas, tout porte à croire aujourd’hui que c’est le texte proposé par Ould Kaddour en 2017 qui a été remis sur le tapis.» Et finir par être adopté par un gouvernement rejeté et qui de surcroît pense à imposer une autre réforme ciblant encore les couches les plus vulnérables de la société, en l’occurrence les travailleurs et les retraités.

«Le gouvernement n’a pas le droit de lancer le débat sur un sujet aussi stratégique que le système des retraites et qui va encore affamer plus les nouveaux retraités au moment où la revendication de réduire l’Impôt sur le revenu global (IRG) de cette catégorie est soulevée», regrette à ce sujet Bachir Hakem, syndicaliste. «En réponse à cette préoccupation, voilà que l’Etat veut augmenter au maximum l’âge de départ en retraite», poursuit-il.

Pour notre interlocuteur, cette manière d’obliger les syndicats à négocier sur l’âge de départ à la retraite, la durée des cotisations pour le calcul du taux de liquidation et le référence notamment est «un moyen de pression» pour faire accepter l’élection présidentielle du 12 décembre prochain car «le futur président pourrait arrêter ce projet en cédant au moins sur l’âge de départ à la retraite», explique encore M. Hakem. Pour lui, c’est clair, «le choix du timing est anormal. Ils (ndlr les pouvoirs publics) veulent faire passer le maximum de lois par un gouvernement illégitime.

On nous dit : ou bien vous allez élire un président le plus tôt possible, ou bien la loi sur les hydrocarbures et celle de la retraite passeront ainsi que d’autres lois», résume notre syndicaliste qui s’attend à d’autres mauvaises surprises. «Le pouvoir veut se venger du peuple», estime carrément Bachir Hakem. Il n’est pas le seul d’ailleurs à faire remarquer que ce n’est pas du ressort de ce gouvernement «illégal et illégitime» d’introduire des réformes sur ces dossiers.

Protestation en vue

Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP) abonde dans le même sens. Il dira, concernant la réforme du système des retraites remise à l’ordre du jour après l’épisode de 2016, que c’est une «initiative à huis clos qui est en train de se faire dans une opacité absolue».

S’appuyant sur certains éléments (allongement de l’âge de travail, allongement des cotisations…), «ce projet est débattu à un certain niveau où on n’est pas présents», regrette M. Merabet. «Ce sont les mêmes responsables qui ont réfléchi pour nous et sans nous dans l’objectif d’équilibrer la CNR. Mais, rien n’a changé, ces responsables sont toujours là et continuent à bénéficier de largesses avec des salaires revus à la hausse», regrette-t-il.

Et d’ajouter : «Or, le problème de la CNR est tributaire d’une économie qui est à l’agonie, et là c’est tout le système qui est remis en cause». M. Merabet parlera dans ce sillage d’une pression qui est exercée sur la révolution en cours pour «détourner, disloquer éparpiller les efforts et mettre les uns en face des autres, alors que l’essentiel, estime-t-il encore, est dans cette révolution et ce changement escompté. Seul ce changement va apporter les réformes aux niveaux social et économique.

C’est dans ce sens qu’il faudrait accentuer les efforts», plaide-t-il. Et de préciser : «En tant que syndicats, nous devons rester sensibles à la revendication de nos adhérents : le pouvoir d’achat, la sécurité sociale et le système de santé. On ne peut pas dissocier les situations les unes les autres. Nous sommes obligés d’avancer dans ce débat car le minimum n’est pas atteint». C’est justement dans ce contexte, comme le rappellera le président du SNPSP, que le gouvernement décide «d’imposer» une nouvelle loi sur les hydrocarbures.

«Un gouvernement illégitime et une situation de crise ne sont pas du tout propices à l’ouverture d’un tel dossier. Il faut le laisser aux institutions légitimes qu’attend le peuple et là on n’est plus dans les affaires courantes mais dans des affaires essentielles. C’est valable tant pour les hydrocarbures que pour le système de retraite ou d’autres questions sensibles», résumera Lyes Merabet.

Les 13 syndicats autonomes regroupés au sein de la Confédération des syndicats algériens (CSA) ont adopté la même position. Ils ont marqué la semaine dernière leur «désapprobation des lois confectionnées ou celles en préparation par un gouvernement illégitime» et mis en garde contre la mise en route de ces lois. Des points qui figurent parmi d’autres (arrestations, répression…) à l’origine de la décision d’organiser, le 29 octobre prochain, une journée nationale de protestation. Le ton est donc à l’accentuation de la protesta sur le front social.


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