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Une transition énergétique au mille et une déconvenues : Un mensonge d’État !

02 décembre 2019 à 9 h 21 min

A peine officiellement confirmé, depuis Houston (Etats-Unis), par l’ex-ministre de l’Energie, Noureddine Boutarfa, et c’était en marge du forum algéro-américain sur l’énergie tenu, mi-décembre 2016, le lancement d’appels d’offres nationaux et internationaux pour la mise en place, à travers le pays, de 4000 MW de centrales solaires photovoltaïques n’a pas laissé indifférents les magnats des marchés et contrats publics.

 

En fins connaisseurs des arcanes du monde des bonnes «affaires», des businessmen/députés ainsi que de puissants groupes industriels privés, particulièrement ceux contrôlés par les fratries Haddad, Benhamadi, Souakri, Kouninef, Kherbouche, etc., n’ont pas mis beaucoup de temps avant de décider de s’y engouffrer, l’enjeu financier étant des plus tentants : le Plan national de développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (PNDER), d’où est attendue la mise en service de près de 22 GW en énergie verte à l’horizon 2035-2040, nécessite la mobilisation d’investissements se montant à plus de 4 milliards de dollars.

Sauf que l’enthousiasme de ces opérateurs économiques s’est vite dissipé avec l’annonce, en mi-mot, de la limitation par les pouvoirs publics du seuil de participation des capitaux privés nationaux, tentés par l’aventure solaire, à seulement 6% pour chaque projet. 51% du tour de table réservé aux compagnie Sonatrach et groupe Sonelgaz, le reste allant aux investisseurs étrangers.

Le Forum des chefs d’entreprises (FCE), de Ali Haddad, alors intimement proche de la plus haute sphère décisionnelle, sera appelé à la rescousse et une sorte de cellule ne tardera pas à se mettre en place aux fins d’aider les Benhamadi, Souakri, Mourad Salhi, Ali El Hamel et tant d’autres businessmans anonymes, à se positionner, sereinement, sur ce PNDER.

La question que d’aucuns se posent : aujourd’hui que les ressources de l’Etat se sont gravement contractées et que nombre de ces fortunes émergentes a été emporté par la vague d’interpellations/arrestations dans le cadre des enquêtes sécuritaires et judiciaires anticorruption ciblant, en particulier, les milieux de la politique et des affaires, qu’adviendra-t-il de l’ambition solaire algérienne, qualifié de «démesurée» par plus d’un expert du domaine et chèrement portée par l’ex- ministre Boutarfa.

Calculs politiciens

Il y était, d’autant plus, question de produire, d’ici à 2030, près du tiers des besoins du pays en électricité à partir de sources renouvelables. La priorité étant, à ce titre, au développement, à grande échelle des filières photovoltaïque et éolienne. Dans ce plan de diversification du mix énergétique, axé sur l’exploitation de l’inépuisable gisement solaire dont dispose le pays, était également prévue l’introduction de la biomasse, de la cogénération et de la géothermie, et ce, en plus du développement, à partir de 2021, d’une filière solaire thermique (CSP).

Ainsi, la réalisation du programme, suivant la filière technologique ; solaire photovoltaïque (13 575 MW), éolien (5010 MW), Solaire thermique  (2000 MW), biomasse (1000 MW), cogénération (400 MW) et enfin géothermie (15 MW), devrait garantir, à l’horizon 2030, une part de renouvelables de près de 27% dans le bilan national de production d’électricité. Pour ce qui est des financements, la mise en route du PNDER, ouverte aux capitaux publics et privés nationaux et étrangers, est censée bénéficier de l’apport substantiel et multiforme de l’Etat. Ce dernier intervient notamment à travers le Fonds National des Energies Renouvelables et Cogénération (FNERC), alimenté par un prélèvement de 1% de la redevance pétrolière.

Aussi, est prévu par le législateur un mécanisme d’encouragement basé sur les tarifs d’achats garantis. Ainsi, le producteur d’EnR bénéficie de tarifs d’achats qui sont garantis pour une durée de 20 ans pour les installations en photovoltaïque et en éolien. Les filières ne bénéficiant pas des tarifs d’achats garantis seront financées par le FNERC à hauteur de 50 à 90 % du coût d’investissement, selon la technologie et la filière retenues.
Côté privé, c’est le Groupe privé Souakri, déjà associé au cimentier français Lafarge, qui ouvrira le bal du solaire industriel, en scellant fin 2016, un partenariat, à travers MediWatt Sahara Energy, avec le groupe français Hanau Énergies, spécialisé dans les panneaux solaires photovoltaïques, pour pourvoir le marché de quelque 500 mégawatts (MW).

Côté public, avait été, entre autres, conclu, en marge d’une visite d’une délégation du MEDEF français, février 2018, un protocole d’accord entre Sonatrach et le Groupe ENGIE, ciblant trois domaines : «la solarisation (utilisation de l’énergie solaire) des stations de compression des gazoducs ; la valorisation des gaz torchés (brûlés lors de l’extraction du pétrole et du gaz ainsi que l’efficacité énergétique des processus industriels, tels que la production ou liquéfaction de gaz», détaillait dans une précédente déclaration à El Watan Economie, Denis Lefers, chef du service économique de l’ambassade de France à Alger. Depuis, à l’exception de la mise en place toute fraîche (21 novembre) d’un Commissariat national aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique (CNEREE), aucun nouveau pas n’a été franchi pour faire de l’ambition gouvernementale dans le solaire une réalité.

Que des promesses

Il est permis d’en douter, considérant les prolongements des retombées fâcheuses de la crise financière, les sérieuses turbulences politiques que traverse le pays voilà des mois et la valse des PDG de Sonatrach qui a tendance à se poursuivre. Le projet d’exploitation à l’échelle industrielle, pour les besoins internes d’abord puis l’exportation vers l’Europe, d’une manne en énergie propre équivalant 60 fois les besoins en énergie solaire de l’Europe de l’Ouest, pourrait attendre encore. Mieux : bien que les initiateurs du PNDER, adopté en 2011 et revu par le gouvernement en 2015, se flattaient de la capacité du pays à se voir propulsé, dès 2020, au rang de puissance dans l’industrie solaire grâce, dans un premier temps, aux 4500 MW d’électricité issus de sources renouvelables, aux yeux du tout nouveau patron de Sonatrach, Kamel Eddine Chikhi, le solaire ne serait pas l’une des grandes priorités énergétiques de 2020.

Et il n’a, peut-être, pas tort : le projet solaire est un autre mirage, pour ne pas dire, un mensonge d’Etat : l’an 2020, c’est dans quelques semaines et la vingtaine de centrales de production d’électricité à base d’énergie solaire que compte jusqu’à l’heure le pays, totalisent 400 MW, à peine, au titre de capacité de production sur les 4500 MW initialement projetées et annoncés, en grande pompe, par l’ex PDG Sonelgaz et ex ministre de l’énergie Noureddine Bouterfa qui misait beaucoup sur l’apport technologique et le savoir-faire des européens, la France surtout. Pays où les énergies renouvelables arrivent à couvrir jusqu’à 21% de la consommation d’électricité et où l’éolien et le solaire assurent près de la moitié de la production d’électricité d’origine renouvelable.

Dire que l’Algérie serait en mesure de dépasser, en si peu d’années, les capacités technologiques de grandes puissances du solaire industriel relèverait de l’aberration, même si le pays dispose de l’un des plus grands gisements solaires au monde. Et le nouveau manager de Sonatrach en serait conscient, décidant de mettre le cap sur la filière pétrochimique, les produits de base et l’exploration : et cela se sait déjà, outre frontières : dans sa liste inaugurale «Top 25 : les acteurs du changement en 2020», lancée le 27 novembre, par la Chambre africaine de l’énergie (CAEn), Kamel Eddine Chikhi, figure à la 19ème place : «Le nouveau PDG de la plus grande société d’Afrique a encore beaucoup à faire en 2020.

En octobre 2019, l’Algérie a promulgué une nouvelle loi sur les hydrocarbures destinée à stimuler les investissements étrangers, notamment en offrant de nouvelles voies aux firmes internationales pour travailler avec Sonatrach», fait ressortir un communiqué transmis à notre rédaction le week-end dernier par le groupe APO (African Press Organization – APO Suisse). «Les ambitions de M. Chikhi consistent notamment, à développer les activités en amont de l’Algérie et de stimuler l’exploration. Il a également indiqué qu›il souhaitait stimuler les exportations de produits de base, soutenir le développement du produit local et la croissance des PME et enfin développer une industrie pétrochimique solide», y est-il ajouté.

Pour l’institution africaine, dédiée à la filière énergétique, dont le siège est à Johannesburg (Afrique du Sud), la capacité du nouveau patron de Sonatrach à «mettre en œuvre cette puissante vision dans un climat politique instable tout au long de 2020 sera déterminante pour l’avenir du secteur énergétique algérien».

Cette liste, intégrée au rapport intitulé «AfricanEnergy Outlook 2020» de la Chambre africaine de l’énergie, «ne se limite pas aux acteurs du continent. Elle regroupe les principaux acteurs du marché régional et mondial, tels que Aliko Dangote, président du groupe Dangote, qui est en voie d’achever sa raffinerie de 650 000 b/j, basée à Lagos ; le président des Etats-Unis, Donald J. Trump, dont les politiques pétrolières et les campagnes électorales sont susceptibles d’affecter les prix mondiaux et l’appétit des majors américaines à investir à l’étranger, le Ghanéen Kevin Okyere, qui possède l’un des blocks les plus prometteurs du continent après la découverte du bloc 2 du West Cape Three Points de sa société Springfield, et bien d’autres» comme le président égyptien Abdel Fatah al-Sissi (25e place). C’est autant dire que, à l’instar de tant projets dans tant d’autres domaines, le développement d’une filière solaire à l’échelle industrielle, certes fort nécessaire, a besoin d’un environnement et d’acteurs économiquement plus matures.

L’expert international en conformité, l’algéro-canadien, Messaoud Abda, l’explique, d’ailleurs, si bien : «Pour être pertinent, un projet arrive en général à un moment où il est utile ou nécessaire à un système économique, pas avant, pas après, question d’opportunité de développement économique et de timing. Il est clair que personne n’est contre la vertu des énergies renouvelables, sauf que le choix de développer une énergie renouvelable implique automatiquement la maturité de l’environnement qui accueille ce type d’énergie.» Et le Professeur d’universités et chercheur de renchérir : «Concernant l’énergie photovoltaïque ou la production d’électricité avec des panneaux solaires, les Etats-Unis sont le leader dans le domaine, Tesla Motors fabrique même des voitures avec le toit comme panneau solaire aux fins de la recharge du véhicule, et on entend souvent le message cliché : ‘‘aux Etats-Unis telle ville ou institution utilise ce type d’énergie.»

Cependant, fera-t-il remarquer, «on oublie de dire que ce pays, ou des pays aussi avancés, comme l’Allemagne, a développé et même poussé au maximum toutes les technologies possibles de l’énergie fossile et nucléaire. Les Etats-Unis se sont tournés vers l’alternative des panneaux solaires, par intérêt économique, incluant l’exportation de la technologie, et grâce à l’avantage naturelle des larges étendues désertiques américaines, propices au développement de cette énergie renouvelable. L’énergie renouvelable dans les systèmes économiques matures, vient combler des besoins énergétiques colossaux et supporter le fonctionnement d’un vaste parc d’infrastructures, des infrastructures aussi complexes que diverses : les hôpitaux, les barrages, les écoles, les chemins de fer, les immeubles administratifs, les stations d’épuration et de pompage d’eau, les aéroports,etc.»

Le Pr Abda a tacitement laissé entendre, dans un précédent entretien accordé à El Watan Economie, que les partisans du développement du solaire à l’échelle industrielle ne devraient pas perdre de vue que l’énergie photovoltaïque se caractérise  : «Le soleil est intermittent, donc nécessite des capacités de stockage en conséquence. La densité énergétique est faible, donc nécessite une technologie de mise à niveau avec le réseau électrique d’accueil. Les sites de production sont spécifiques : durée et intensité d’ensoleillement, espaces considérables, géographiquement éloignés des zones utilisatrices.

Le transport de l’énergie électrique implique des distances importantes et donc des pertes de transmission importantes; Les coûts de construction et d’installation sont élevés; L’expertise est aux mains de quelques grands pays qui exportent cette énergie, comme les Etats-Unis, l’Allemagne, le Canada, l’Espagne et la Chine. Les processus de fabrication sont polluants. Les technologies efficaces de recyclage des panneaux solaires après la fin de leurs vies utiles, sont inconnues. Il n’y a pas à ce jour de technologie ou approche scientifique avérée et fiable de recyclage des composantes toxiques des panneaux solaires.

La problématique est si sérieuse qu’une coalition d’experts de la Silicone Valley suit de très près les pratiques des producteurs d’équipement de cette industrie comme Sun Power (Etats-Unis), Sun World (Inde), Trina (Chine)».


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