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Rachid Sekak. Économiste

«Un mix entre réduction des dépenses et la recherche de nouvelles ressources»

29 juillet 2019 à 10 h 00 min

Consultant international en finances, banking et politiques financières, Rachid Sekak plaide pour un mix entre la  réduction des dépenses et la recherche de nouvelles ressources face aux difficultés financières. Il s’agit donc, selon notre  expert, d’instaurer une meilleure maîtrise des dépenses courantes de l’Etat, de réformer progressivement et totalement le  système de protection des populations les plus vulnérables, et d’assurer une meilleure efficacité des investissements publics.

– Depuis le début du hirak, on parle de la nécessité d’accompagner la transition politique par des mesures économiques urgentes. Qu’en est-il au juste ?

Il est vrai que le volet économique est un peu «le parent pauvre» de ce qui se passe chez nous depuis le 22 février. Et pourtant notre situation économique actuelle est bien la résultante d’une gouvernance pervertie. Une morosité économique s’installe progressivement et les prochains mois seront complexes à gérer.

Cela peut se traduire par un ralentissement économique fort, des difficultés croissantes pour le citoyen et une exacerbation des tensions sociales. Le contexte est aggravé par la peur qui s’est installée au sein des administrations et des banques.

A très court terme, dans un contexte où la commande publique et les banques publiques restent «le principal driver» de notre économie, il est d’abord souhaitable de rassurer les fonctionnaires et les dirigeants de nos banques publiques pour relancer la machine qui est à l’arrêt.

Il faudra aussi trouver rapidement des solutions opérationnelles concrètes pour sauvegarder les projets viables des personnes faisant l’objet de mesures judicaires tout en ne perdant pas de vue que de nombreuses entreprises, dont les dirigeants ne se sont pas poursuivis en justice, souffrent ! Sur un horizon temporel plus long je reste plus optimiste.

– Comment se présente, à votre avis, la situation des finances du pays, et de quelles marges de manœuvre disposent-on pour se s’en sortir à moindre coût ?

Tout d’abord, je tiens à relever que les «experts» qui annoncent une prochaine faillite de notre pays sont dans la facilité, probablement dans la démagogie politique, et  certainement en mal de propositions.

Pour autant que le nécessaire politique soit fait et qu’une équipe crédible, reconnue comme compétente et dévouée au bien public, capable de reconstruire la confiance, courageuse et volontaire «arrive aux affaires» pour entreprendre des réformes et susciter les efforts, des solutions et des marges de manœuvre existent pour un programme sur 7 années.

Un tel programme, à déployer dans la sérénité, mais avec courage, permettrait de jeter les bases pour la construction ex nihilo d’une véritable économie de production diversifiée et de libre entreprise. L’adhésion à ce programme rigoureux sera indispensable afin que chaque citoyen se reconnaisse et participe à l’effort commun.

– Quel bilan faire du financement non conventionnel ?

La «casse» a été limitée du fait de la conjonction de plusieurs éléments :

– Une absence d’inflation salariale

-Une politique de reprise et de stérilisation de la liquidité excédentaire par la Banque d’Algérie

-La remontée récente du prix des hydrocarbures

-Le maintien d’un niveau de réserves de change substantielles ayant de permis de satisfaire la demande par les importations.

Mais j’ai envie de dire «plus jamais ça», plus jamais une telle solution de facilité. Arrêtons de tourner en rond, nos finances publiques ne sont pas viables.

La solution? Un mix entre réduction des dépenses et la recherche de nouvelles ressources. La réduction des dépenses passe par trois axes : une meilleure maîtrise des dépenses courantes de l’Etat, la refonte progressive, mais totale, du système de protection des populations les plus vulnérables et une meilleure efficacité des investissements publics.

La recherche de ressources passe notamment par une meilleure collecte de l’impôt et un élargissement de son assiette. Pourquoi ne pas taxer les immenses patrimoines fonciers, immobiliers et financiers qui se sont constitués au cours des dernières décennies ?

Pourquoi continuer avec une telle fiscalité locale caractérisée par des taxes foncières et d’habitation ridiculement basses et le plus souvent impayées. Pourquoi ne pas s’attaquer avec conviction et réalisme  au secteur informel ?

Des règles d’efficience doivent être imposées à nos entreprises publiques. Le soutien du Trésor aux entreprises publiques a été évalué à près de 250 milliards de dollars au cours des 30 dernières années. Une telle situation n’est tout simplement plus possible.

– De nombreux Etats dans le monde ont recours à des cessions d’actifs. Pourquoi pas l’Algérie, dans un cadre totalement transparent et sans complaisance et comment optimiser le rôle du Fonds national d’ investissement ?

J’ai beaucoup de mal à lire la stratégie actuelle du FNI. On observe des dérives dangereuses dans les missions qui lui sont imposées. A titre d’exemple,  est-ce que le FNI  a été créé pour financer les retraites ? Il est souhaitable de revenir aux bases d’un véritable fonds d’investissement et à un FNI totalement indépendant de la sphère budgétaire.

Au-delà d’une dotation initiale, le FNI doit lever ses propres ressources sur le marché local et international  et gérer activement un portefeuille d’investissements. Ce qui suppose bien sûr la capacité à céder des actifs. Par ailleurs, un jour il faudra faire le bilan du Fonds de régulation des recettes (FRR), de ce pourquoi il a été créé, de ses dispositions légales, et de ce à quoi il aura servi ?


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