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Secteur de la santé : Un concentré de maux et des traitements inefficaces

14 octobre 2019 à 9 h 05 min

Le drame survenu en septembre dernier à El Oued avec l’incendie qui a coûté la vie à huit nouveau-nés est venu rappeler la situation désastreuse dans laquelle évolue le secteur de la santé, essentiellement en dehors des grandes villes où les populations continuent à se déplacer vers le Nord pour les grands soins en l’absence de structures sanitaires adaptées aux besoins de ces localités, créant ainsi une grande pression dans ces hôpitaux.

Ce qui engendre les cas de violence rapportés régulièrement par la presse et sur les réseaux sociaux. Le phénomène tend d’ailleurs à s’amplifier, rendant parfois «impraticable» l’acte de soins dans certaines structures.

Parallèlement, les citoyens n’ont pas les moyens de s’adresser au privé pour une prise en charge sanitaire en raison des tarifs jugés excessivement chers, surtout avec la dégradation du pouvoir d’achat.

Pourtant, l’on parle depuis de nombreuses années de la nécessité de tout revoir pour améliorer ce secteur qui bénéficie pourtant annuellement d’importantes enveloppes budgétaires sans pour autant être utilisées de manière optimale.

Le secteur de la santé n’a d’ailleurs pas échappé aux affaires de corruption durant le règne de Bouteflika, notamment en ce qui concerne les autorisations d’importation de médicaments et les réalisations de nouveaux hôpitaux qui tardent à voir le jour surtout après la décision de geler certains projets.

En 2014, l’on annonçait déjà la réception de 10 nouveaux hôpitaux. Mais les lenteurs et les difficultés financières, résultant d’une gestion hasardeuse d’un secteur aussi sensible, ont fini par retarder ces chantiers.

Cela pour souligner les incohérences qui touchent le système de santé algérien en matière de gouvernance, de management et d’évaluation de la performance.

Des dépenses en hausse et une prise en charge défaillante

Certes, les dépenses de santé sont en net accroissement mais loin d’être maîtrisées et les comptes nationaux sont rarement établis. D’après les dernières estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) datant de 2015, l’Algérie consacre 7,1% de son PIB au secteur de la santé.

Elle se situe ainsi au-dessus de la moyenne de la région Afrique (6,2%) et pas trop loin de la moyenne européenne (7,9%). La dépense par habitant pour la même année s’est établit à 291,6 dollars contre 114,16 dollars pour la région Afrique et 2192 dollars pour la région Europe.

Mais les résultats restent faibles alors que certains pays consacrent moins de ressources et réalisent de meilleurs résultats sanitaires que l’Algérie. Tout simplement, parce qu’ils ont réussi à mettre en place une gouvernance de qualité.

Les économistes de la santé ont à maintes fois relevé ce paradoxe entre les dépenses et les conditions de prise en charge sanitaire.

«Le système de santé algérien souffre dans sa globalité d’un management défaillant qui l’a rendu sclérosé et bloqué par une gestion publique facteur d’inertie et de toute initiative.

La dernière loi sanitaire n’a pas apporté les mesures et les instruments devant enclencher un management moderne des structures de santé dans le sens d’une gestion efficace des ressources budgétaires allouées pour l’atteinte d’objectifs devant impliquer un développement de ce système», résume à ce sujet Lamri Larbi, économiste de la santé.

Pour ce dernier, la planification sanitaire devant être le fer de lance pour les programmes sanitaires reste à ce jour confinée à la collecte des informations sur la ventilation des structures de santé par région et de comptabilisation des effectifs par corps de métier.

«Dès lors, la programmation et la planification des activités médicales selon les régions et le profil épidémiologique du pays sont absentes dans la programmation et les plans d’action dans le domaine sanitaire», ajoutera-t-il avant de résumer : «Notre système de santé est mal géré et mal managé, de telle sorte que son efficience s’est amoindrie.

Les multiples assises de la santé tenues par le passé restent des actions bureaucratiques sans la moindre efficacité.» D’où la nécessité de revoir l’actuel management et de tout remettre à plat. Le Conseil national de l’Ordre des médecins plaide d’ailleurs pour ce changement. Mais de quelle manière ?

Des promesses, encore des promesses !

En réponse à ces préoccupations, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Mohamed Miraoui, a réuni, la semaine dernière, les 48 Directeurs de la santé et de la population (DSP) les appelant à appliquer de nouvelles mesures sécuritaires et organisationnelles pour une meilleure gestion du secteur de la santé et prise en charge des malades.

Il a fallu donc que le drame d’El Oued survienne pour exiger des expertises techniques déterminant la conformité ou non des équipements aux normes de sécurité.

Mais aussi pour avaliser les plans internes de sécurité et s’assurer de la disponibilité des systèmes anti-incendie et de la qualité des équipements électriques au niveau des établissements de santé.

Or, les contrôles devraient être réguliers à ces niveaux. Ce qui n’est pas le cas justement. Le ministre de la Santé a saisi l’occasion en cette période où l’accent est mis du côté des pouvoirs publics sur la nécessité de convaincre la population d’aller aux urnes (avec l’insistance d’organiser les élections dans les conditions actuelles) pour appeler à l’amélioration du rendement des services de santé.

Et ce, en exigeant l’humanisation de l’accueil et de l’orientation des patients, la présence effective des équipes médicale, paramédicale et administrative, de meilleures conditions de travail, d’hébergement et de restauration des personnels de la santé ainsi que la mise à la disposition des malades des médicaments.

A ce titre, rappelons qu’actuellement, et selon le Syndicat national algérien des pharmaciens d’officine (Snapo), au moins 50 produits sont en totale rupture. Une rupture qui concerne à la fois les produits importés et ceux fabriqués localement.

Un dysfonctionnement qui affecte depuis quelques années le marché du médicament en Algérie et qui est dû, particulièrement, à l’absence de stratégie cohérente. Une défaillance à laquelle les pouvoirs publics répondent à chaque fois par l’attribution d’autorisations d’importations (celle de 2020 a été libérée le 1er juillet dernier).

La carte du Sud

Et voilà qu’on promet de nouveau de mettre fin à ce concentré de problèmes négligés auparavant mais devenus aujourd’hui objet d’intérêt d’un gouvernement qui ne cherche qu’à faire avaler la pilule de l’élection présidentielle en décembre prochain.

Sinon pourquoi cet intérêt «accentué» aux préoccupations socioprofessionnelles des personnels de la santé, au renforcement du dialogue social et à bien d’autres points, comme la consolidation du système de veille et d’alerte contre les maladies transmissibles, notamment ?

Où était ce système quand il y a eu l’épisode du choléra l’année dernière ? Qu’a-t-on fait jusque-là pour améliorer les conditions d’exercice du corps médical et pour retenir nos médecins en Algérie ?

Des médecins formés à grands frais en Algérie et qui vont exercer leur talent ailleurs. Déjà, 15 000 praticiens travaillent en France et 4000 médecins sont candidats à l’immigration en 2019, selon l’Ordre des médecins.

L’absence de moyens et de motivations expliquent cet exode massif au moment où le Sud algérien souffre énormément de déficit en spécialistes que le gouvernement tente d’attirer en s’engageant récemment à multiplier leurs salaires par deux et demi par rapport à celui de ceux exerçant dans le Nord, outre la généralisation de la prime du service civil.

De même qu’il est prévu la mise en place d’un système incitatif, au titre du PLF 2020, au profit des médecins privés, des pharmaciens et des laborantins désirant exercer au Sud avec en plus des mécanismes de soutien public, d’exonération de taxes et d’impôts, ainsi que la bonification de taux d’intérêt et d’autres facilitations pour l’accès au foncier.

Autant de mesures annoncées en septembre denier parallèlement au plan santé dédiée au Sud et aux Hauts-Plateaux.

Au total, une enveloppe de plus de 17 milliards de dinars a été allouée pour lever le gel de certains projets de réalisation et d’équipement des infrastructures hospitalières dans ces régions, selon le ministre des Finances, Mohamed Loukal.

Cette enveloppe permettra d’équiper 21 hôpitaux d’une capacité allant de 60 à 120 lits et des établissements hospitaliers spécialisés dans la santé maternelle et infantile d’une capacité de 60 lits, de réaliser des polycliniques et d’acquérir des appareils de dialyse, douze (12) ambulances équipées et quinze (15) cliniques mobiles.

D’autres projets d’une valeur de 42 milliards DA avaient été inscrits dans le projet de loi de finances 2020. Exemple : un programme «spécial» sera mis au point pour la promotion des prestations de santé dans la wilaya déléguée d’In Guezzam, selon le ministre de la Santé.

Mais comme c’est le cas à chaque rendez-vous électoral, ce sont juste des annonces à visées politiciennes. La gestion de la santé, tout comme celle des autres secteurs sociaux et économiques, est à l’image de la gouvernance politique. Tout est à revoir.


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