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Saïd Boukhelifa . Expert en tourisme : «La reprise début juillet sera difficile»

29 juin 2020 à 9 h 35 min

Le conseil scientifique aurait rejeté le protocole sanitaire préparé en prévision de la saison estivale. Il aurait porté des réserves à ce sujet, selon l’expert international en tourisme Saïd Boukhelifa.

Ce dernier rappellera dans cet entretien que le protocole en question a été pourtant établi selon les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT).

 

-Pour commencer, quelles sont les premières conséquences de la crise sanitaire sur le tourisme mondial ?

Depuis la création en 1846 de la première agence de voyages au monde Thomas Cook, jamais le secteur du monde de voyages n’a été aussi ébranlé à grande perte. Des milliers de personnes mises au chômage, des hôtels et des restaurants au bord de la faillite, des compagnies charters en faillite. Des centaines d’agences fermées temporairement ou définitivement. Aucun expert dans le domaine n’était préparé à cette pandémie et à ses conséquences désastreuses. Donc, tous étaient désemparés, déroutés et impuissants, ignorant comment réagir efficacement devant ce fléau mondial.

-Qu’en est-il pour l’Algérie ?

Quant à notre tourisme souffreteux depuis une trentaine d’années, il était déjà dans état «covidé» ou «coronavirusé».

Cette  grave maladie contagieuse a mis à nu notre indigence de répondre rapidement et efficacement au sein du secteur touristique, victime de l’absence d’une mise en tourisme générale des régions, pourtant prévue dans le SDAT, Schéma  directeur d’aménagement touristique, lancée lors des assises nationales du tourisme réalisées durant deux jours au Palais des nations, sous Cherif Rahmani, en février 2008. Ce document de 250 pages, en 5 fascicules, a été négligé par manque de conviction et de compétences, qu’il fallait chercher et trouver chez nous et au sein de la diaspora algérienne. Douze années de perdues.

-Les infrastructures touristiques algériennes ont-elles les moyens d’appliquer les mesures de lutte contre la propagation de la pandémie ?

Les hôteliers publics et privés ont été sensibilisés par le ministère du Tourisme, à travers leur holding HTT ou fédération FNH, pour mettre en place un protocole sanitaire afin de juguler la propagation de la Covid-19. Un bon protocole sanitaire de niveau international a été arrêté par le ministère du Tourisme et qui est d’inspiration étrangère OMS, OMT, Union européenne, etc. Il a été soumis au conseil scientifique qui l’aurait rejeté en portant des réserves. Il est temps de se mettre d’accord, le temps passe et nous sommes les derniers à ne pas mettre en circulation ce protocole.

In fine, c’est l’or noir, le pétrole qui fut la malédiction noire du tourisme algérien, et cela à cause de trois boums pétroliers 1973, guerre du Kippour,1980, guerre Irak-Iran,2008, flambée des cours. Ainsi nos gouvernants maladroits et imprévoyants n’ont pas su s’émanciper de la rente pétrolière et n’ont pas su ou voulu diversifier d’autres secteurs alternatifs, en partie, porteurs. Dont le tourisme. «Quand cela devient urgent, il est déjà trop tard.» Talleyrand.

-Peut-on dire déjà que la saison estivale est compromise ?

Effectivement, la saison estivale est incertaine sur le plan réussite et qualité des prestations, car des hôtels demeurent fermés sans clientèle pour les raisons sanitaires connues, durant 4 mois. Du personnel a été mis en congé ou à la porte. La reprise, début juillet, sera difficile, car cette longue période de confinement a dérouté sur le plan réflexe et réactivité, les hôteliers et les agences de voyages. En plus des compagnies aériennes très perturbées. C’est le grand désarroi, face à l’incertitude sanitaire qui engendre une incertitude commerciale.

-Comment vendre ? quoi vendre et quand vendre ?

C’est l’hallali général en quelque sorte, surtout qu’à travers le monde, après des tentatives hardies de déconfinement, au niveau de certains pays européens, Allemagne, Suède, France, Italie, une deuxième vague pointe à l’horizon. Reconfinement prévu de nouveau.

Il en est de même pour l’Algérie, le nombre de nouveaux cas augmente chaque jour. La situation, après un léger espoir, s’aggrave, nos hôpitaux de nouveau sont débordés.

Par conséquent, honnêtement peut-on espérer, une reprise des voyages normalement, convenablement et avec maîtrise.
L’indiscipline de beaucoup de nos concitoyens fait que nous ne sommes pas près de sortir de l’auberge du coronavirus !

Assistera-t-on à votre avis à un rush des Algériens vers la Tunisie ?

On s’attend à ce que beaucoup d’Algériens aillent en Tunisie, par route surtout, près de 90%, passer correctement des vacances agréables, dans un pays ami, accueillant, dans un contexte social favorable aux activités touristiques, de jour comme de nuit. Mais pour une fois, il n’y aura pas les grands rushs habituels de ces 5 dernières années.

Hélas pour les nationaux résignés à rester chez nous, l’Etat, depuis plus une trentaine d’années, n’est plus capable d’organiser et développer son tourisme domestique, balnéaire. Il ne pourrait leur offrir les mêmes conditions tarifaires de prestations hôtelières, d’accueil, de services, d’hygiène, d’animation nocturne, qu’ils trouvent ailleurs, à Antalya/Turquie, Sharm Echeikh /Egypte, Agadir/Maroc, Hammamet-Sousse-Nabeul-Djerba /Tunisie. Et plus vers les destinations asiatiques lointaines, et les pays méditerranéens parmi lesquels nous sommes la lanterne rouge, derniers sur 21 pays.



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