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Repères économiques : Le danger de l’endettement extérieur

29 juillet 2019 à 10 h 00 min

Des voies de plus en plus audibles se prononcent ouvertement pour le recours à l’endettement international comme source de financement des déficits budgétaires. Et celui de la balance des paiements dès que les réserves atteindront un certain seuil. Les raisons sont multiples et les analyses qui débouchent sur ce genre de recommandations sont totalement impertinentes pour le cas de l’Algérie.

On a très mal compris les leçons internationales et nationales du passé. S’orienter sur cette voie serait mettre le pays en grave danger économique et politique. La fonte des réserves de change se fait à une vitesse vertigineuse et à l’horizon 2023 nous aurons épuisé la totalité des ressources disponibles.

Dans seulement deux ans, le Maroc va disposer de réserves de change plus élevées que les nôtres, avec une tendance haussière pour leur cas et baissière pour le nôtre. Alors, on préconise des solutions de facilité avec le recours à l’endettement extérieur, qui va nous emmener droit vers un autre rééchelonnement et une perte de souveraineté totale sur la conduite de nos politiques économiques.

On connaît les politiques que va nous dicter le FMI: démanteler les subventions avec de maigres compensations pour les plus vulnérables, dépréciation du dinar, licenciements, fermeture d’entreprises publiques, ouverture accrue aux importations, etc. On va donc consommer et investir moins pour dégager plus de ressources au paiement des dettes.

Pendant une longue période le niveau de vie va chuter, pour se stabiliser à des niveaux très bas. Certaines de ces politiques qui sont utiles peuvent être réalisées maintenant à des doses acceptables, justement pour éviter de tomber dans l’endettement international. Mais on préfère continuer à exister avec un vide de politiques économiques et subir des injonctions, alors qu’on aurait pu corriger nous même l’économie à notre propre rythme et selon nos propres priorités. On ne change en profondeur les choses que lorsque c’est dicté par les instances internationales.

Des analyses erronées

Beaucoup d’entreprises publiques fortement endettées sont en train de pousser les décideurs à foncer sur la solution très dangereuse de l’endettement international. Certaines personnes, et même plusieurs économistes, évoquent l’endettement de la Corée du Sud comme la source essentielle du développement de ce pays.

On pourrait alors reproduire ce schéma en Algérie, selon eux. En premier lieu, on peut leur faire remarquer que durant les vingt dernières années, si on ne s’est pas développés avec plus de 1300 milliards de dollars engrangés, on ne va pas le faire avec les quelques trente à quarante milliards de dollars de dettes maximum que nous pourrons très difficilement obtenir.

Il ne faut pas penser que les mécanismes vont changer en profondeur. Il faut se poser la question suivante : qu’est ce qui a fondamentalement changé dans le mode de fonctionnement économique qui va faire qu’avec un minimum d’endettement on va se développer alors qu’on n’a pas pu le faire avec une mer de dollars ?

J’avais, dans la rubrique précédente, montré que les mauvaises politiques économiques et le sous-management des entreprises et des institutions à but non lucratif nous ont coûté quatre à cinq fois plus que les malversations.

La question centrale devient alors : Qu’est ce qui est déjà fait au niveau des réformes des politiques économiques et de la modernisation managériale qui puisse garantir l’utilisation efficiente des ressources de l’endettement ? On sait que l’emploi de ces ressources par le passé nous a conduits droit au rééchelonnement. Qu’est ce qui a changé déjà pour que ça soit différent ?

Il y a une chose que beaucoup de nos économistes n’ont pas prise en considération dans l’analyse : c’est le fameux multiplicateur, qui est un indicateur de création ou de destruction de richesses. Lorsque le gouvernement de Corée du Sud s’endette de un dollar, il l’injecte dans l’économie, par exemple comme crédit pour Samsung ou Hyundai, ou construit avec une route.

L’économie dans son ensemble va créer trois à quatre dollars de richesse avec cette ressource. On rembourse le dollar et on continue le développement avec le surplus de richesse créée.

En Algérie, il faut que l’Etat injecte quatre dollars pour que l’économie créée un dollar de richesse. Si on s’endettait de 40 milliards de dollars et si on supposait qu’on a éliminé les malversations (25% des pertes) nous allons alors créer une richesse de 20 milliards de dollars avec les quarante obtenus.

Sans la lutte contre les malversations, nous aurions créé uniquement 10 milliards de dollars de richesses. Mais même avec la création de 20, comment pouvons nous rembourser le reste ? On n’a pas digéré dans nos analyses que notre tissu économique et social, globalement, détruit plus de richesses qu’il n’en créé. Ce n’est pas le cas de toutes les entreprises, mais de l’économie en général. Et on fait des analyses comme si on était une économie normale qui démultiplie les richesses avec les ressources utilisées.

Les alternatives alors !

C’est cette fausse analyse qui a fait soulever la population et les analystes comme un seul homme contre le financement alternatif (création monétaire limitée). Certes, cette dernière est loin d’être la solution. Ce n’est qu’un palliatif qui permet de gagner un peu de temps pour prendre les véritables décisions de redressement.

La création monétaire limitée aboutit, comme un étudiant de première année en économie le sait, à moyen terme, à une augmentation des prix si cette croissance dépasse un certain seuil (la croissance du PIB). Supposons qu’à cause de cette croissance monétaire les prix augmentent de 6% sans cette augmentation. Si aucune décision n’est prise (taxes, salaires, etc.) les prix augmenteraient de 6%, ce qui réduirait de ce taux le niveau de vie de la population.

C’est exactement ce qui se passera si on s’endette à l’extérieur, on rééchelonne et le FMI va exiger les mesures correctives. Le niveau de vie va baisser. La seule différence serait que dans le premier cas -financement alternatif- c’est le gouvernement algérien qui l’a provoqué et dans le second ce seront les instances internationales qui l’auront exigé dans un contexte de perte de souveraineté économique totale. C’est la seule différence.

Ni la dette extérieure ni le financement alternatif ne sont les solutions à nos problèmes. Ce sont tout deux de dangereux palliatifs. Mais l’endettement international est pire. Encore que le financement alternatif n’a pas accéléré l’inflation, mais a accentué la fonte des devises jusqu’à présent. On injecte du pouvoir d’achat et on utilise les réserves pour le satisfaire, vu que nous sommes encore une économie peu productive.

L’offre nationale, déjà à fort contenu d’inputs importés, est peu élastique aux quantités demandées. Au lieu de poser les questions de fond, on saute sur les solutions de facilité et on fournit des analyses à dormir debout pour les justifier. Pour certains, il faut éviter le financement alternatif et tout rentrera progressivement dans l’ordre. Non ! Rien ne se fera sans des solutions radicales. Notre économie est organisée pour distribuer la rente et demeurer sous-développée.

La véritable question serait : comment rendre notre économie productive et compétitive ? J’ai développé cela dans un long ouvrage (La décennie de la dernière chance). Les solutions relèvent de la stratégie, de l’organisation des Etats, du développement humain, de l’économie de la connaissance, etc. Nous développerons ces thèmes ultérieurement. Pour le moment, soyons vigilants contre les faux prophètes qui pensent que la solution est dans le mode de financement et non dans le développement de la science et des cerveaux.


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