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Repères économiques : A propos du projet de loi de finances 2020

30 septembre 2019 à 9 h 00 min

Bientôt commencera l’éternel rituel budgétaire. Nous avons déjà un projet de loi de finances discuté au niveau du gouvernement et des nouvelles mesures sont prévues. Les analyses des commentateurs économiques vont scruter à la loupe le contenu du projet de loi de finances 2020.

Nous sommes le pays où le budget annuel est le plus commenté au monde. Ceci ne signifie guère qu’ailleurs on ne s’y intéresse pas. Mais le volume des commentaires n’est en aucun cas aussi immense que dans notre pays. C’est un phénomène de sociologie politique que l’on constate chaque année. Il mérite d’être étudié en profondeur.

La première explication qui vient à l’esprit concerne le manque de vision du long terme. L’absence de stratégie de développement implique que le seul document d’orientation dont on dispose demeure la loi de finances.

Par manque de visibilité économique dans un environnement brumeux et turbulent, on se tourne vers la loi de finances pour obtenir de maigres orientations. Elle recèle donc les priorités éphémères du gouvernement. L’année prochaine où une loi complémentaire peut venir remettre en cause des choix pourtant présentés à leur époque comme durables et bien réfléchis.

On se souvient de la loi de finances complémentaire de 2009 qui a causé d’énormes torts à l’économie nationale par l’adoption des fameuses règles du 51/49 et le mode de crédit documentaire comme seule source de financement du commerce extérieur. Nous avons perdu des dizaines de milliards de dollars à cause de ces décisions prises, alors que l’ensemble des analystes et des associations économiques condamnait ces décisions.

Les choix principaux et accessoires

Il y a de nombreux axes à analyser dans les propositions contenues dans le projet de loi de finances 2020. Nous allons commenter les plus importantes et laisser le reste pour d’autres rubriques. On commence toujours l’analyse d’une loi de finances par analyser les grands agrégats qu’elle contient, en fonction du contexte économique.

L’environnement économique du pays est déprimé. Selon les institutions internationales, nous allons récolter à peine une croissance économique de 1% en 2020. N’oublions pas que le rythme d’accroissement de la population serait pour cette année autour de 2,1%. Nous allons donc continuer à voir le niveau de vie moyen de la population décliner lentement mais sûrement.

Ce fort ralentissement des activités économiques n’est pas dû uniquement à la réalité économique du pays. Les incertitudes politiques qui pèsent sur le devenir du pays ont gravement impacté les anticipations des investisseurs et des consommateurs.

Il y a beaucoup de psychologie dans l’économie. La peur de l’avenir se traduit presque toujours par une baisse de la consommation et de l’investissement, source de graves dérapages économiques. Les risques qui pèseraient sur l’emploi seraient alors énormes. Ces dangers existent déjà dans notre contexte.

Par ailleurs, les analystes doivent comprendre une grave faiblesse structurelle qui affecte notre économie : sa taille. L’économie productive (agriculture, industrie et services marchands) est trop réduite par rapport à la taille de notre pays et de sa population. Nous compensions toujours cet écart par l’importation qui a saigné les ressources du pays sans s’accompagner par une ré-industrialisation et une revalorisation substantielle de la productivité agricole.

C’est ce gros déficit qu’il faut en premier lieu corriger. Certes, les ressources bancaires mal orientées, la corruption et les malversations ne permettaient nullement de réviser ces graves défaillances. Si on voulait remettre l’économie sur rail, c’est ce volet qu’il faut traiter en urgence. Comment le faire ? Nous allons traiter en bref, ce questionnement.

Les décisions prioritaires

Connaissant la problématique de fond, la loi de finances est venue avec des options peu claires sur les choix retenus. En premier lieu, en situation de récession économique, le pays veut revoir à la baisse les dépenses publiques. Tous les analystes ont reconnu que cette situation paraissait anormale.

Une baisse des dépenses publiques aggrave la récession et donc pourrait produire plus de chômage et de chute de la croissance économique. On entrerait alors dans un cycle de récession chômage bien connu à travers le fameux multiplicateur. La plupart des analystes ont relevé cette bizarrerie.

Effectivement, si on s’arrête uniquement à cet aspect, nous allons aggraver la situation économique du pays. Mais nous saurons vite si tel serait le cas ou pas dès lors qu’on aura plus d’informations sur un autre paramètre essentiel : les crédits à l’économie productive à travers le secteur bancaire. Nous pourrons alors faire tout de suite des prévisions exactes sur la future trajectoire de l’économie.

Le projet de loi de finances table sur une baisse des recettes de 8,3% due surtout à une plus grande inquiétude sur les marchés pétroliers. Aussi les dépenses devraient baisser de 9,2%. Les dépenses de fonctionnement connaîtront une légère baisse de 1,2% mais les dépenses d’équipement connaîtront une baisse substantielle de 20,1%.

Nous laissons de côté pour le moment d’autres mesures comme l’abandon du 51/49, l’importation de véhicules de moins de trois ans, l’impôt sur la fortune et le reste. Il y a un point substantiel sur lequel on n’a pas tranché pour le moment : éliminer la plupart des subventions pour tous pour les remplacer par des ciblages plus performants.

Ce serait une mesure phare qui pourrait améliorer grandement la situation économique et financière du pays. Mais ce n’est pas la priorité pour le moment. Alors il y a deux situations possibles. Si on compense la baisse des dépenses publiques par des crédits à l’économie, pour les entreprises performantes et la création de nouvelles activités surtout pour la substitution aux importations, alors l’économie connaîtrait un début d’amélioration de la croissance et le niveau de vie commencerait à s’accroître petit à petit.

En deuxième lieu, si on ne compense pas ces baisses de dépenses, alors nous allons aggraver le début de récession que l’on a et alors on démarrerait une étape de croissance nulle dans le futur.


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