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La privatisation a fait exploser la corruption

Quand le clientélisme détruit le secteur public

15 juillet 2019 à 10 h 00 min

Une meilleure ère budgétaire, une meilleure utilisation des dividendes, du marché financier et un suivi plus rigoureux des mobilisations des ressources du FNI (Fonds national d’investissement)».

Ce sont les engagements du ministre des Finances, Mohamed Loukal, affichés en pleine période d’attente d’une période de transition tant au plan politique qu’économique.

Mais ces promesses émanant d’un gouvernement décrié n’entameront en rien la mobilisation populaire pour le changement. Elles sont plutôt assimilées à un aveu d’échec des politiques adoptées jusque-là en matière de financement de l’économie nationale.

Un financement qui a beaucoup plus favorisé les proches du clan des Bouteflika, au détriment de l’outil de production, ouvrant grandes les portes à la dilapidation et aux détournements des fonds publics.

Ce semblant de réveil et ces grandes annonces en cette période de grande mobilisation populaire ne font que rappeler l’ère des dépassements sous le règne des Bouteflika en matière de gestion des entreprises publiques.

«Le recouvrement de sa souveraineté par le peuple ne permet pas de faire l’impasse sur le développement de la PME algérienne, qui passe par la sauvegarde des petite et moyenne entreprises, du tissu industriel local détruit, de mesures de réhabilitation de la production locale et d’assainissement de l’entreprise», nous dit à ce sujet Hadj Mellek, un opérateur privé, pour qui l’urgence est de mettre en place un plan de redressement national.

Cependant, faudrait-il commencer par situer les responsabilités dans ce chaos économique et ce désert industriel. «Une mise en cause avec réparation obligatoire sous toutes les formes de tous les préjudices occasionnés à l’entreprise, rétablissement de l’équilibre financier des entreprises, mise en place de garanties conformes à la Constitution», précise-t-il.

Situer les responsabilités

Si la responsabilité politique est en cours, pour celle relevant du pénal «il faut instruire les dossiers, il faut également corriger, réparer, dédommager l’entreprise, la réhabiliter sachant que ce sont les supports de l’Etat qui ont été utilisés, qui sont pollués, gangrenés par l’intervention de bureaucrates déconnectés et incompétents.

Il faut réparer les dégâts engendrés par des interventions destructrices», appelle notre chef d’entreprise, avant de résumer : «C’est en termes de responsabilité que la solution apparaîtra: La responsabilité politique, source de la décision, implique de voir remettre en force l’entreprise, la rendre bancable, lui restituer son patrimoine financier.»

Un appel qui en dit long sur la détresse des opérateurs économiques algériens privés de crédits de financement et d’appui tout au long de l’ère Bouteflika, avec la complicité de l’administration au profit d’une oligarchie qui a bénéficié de toutes les largesses.

Mais sans pour autant contribuer à la création de richesses, comme nous le rappellent les opérations de privatisation précipitées de centaines d’entreprises avec toutes les conséquences qui ont découlé de ce processus raté, que ce soit sur l’industrie nationale ou sur l’emploi (près de 100 000 licenciements).

«Depuis le début des années 2000, le recul du secteur industriel s’est nettement aggravé et ses faiblesses structurelles se sont multipliées.

L’embellie des finances publiques (2000-14), suite à l’augmentation des prix de l’or noir a conduit à un désintérêt total des pouvoirs publics pour ce secteur pourtant stratégique», estime pour sa part l’économiste Karim Si Lekhel.

Un désintérêt exprimé justement à travers le bradage de grosses entreprises publiques aux proches du clan présidentiel.

Un bradage qui a permis aux acquéreurs de ces entreprises de s’enrichir en décrochant d’importants crédits qu’ils ne rembourseront pas sans mettre en œuvre les plans de relance de ces entreprises boiteuses. Autrement dit, les privatisations n’ont fait qu’exploser la corruption en Algérie. Les experts ont d’ailleurs dressé à maintes reprises ce constat.

«Privatisation maffieuse»

«Sous le régime hyper personnel de Bouteflika, la privatisation maffieuse de l’Etat a littéralement explosé, parallèlement aux malversations de toutes sortes déployées à grande échelle à la faveur de l’opulence financière», relève dans ce cadre le spécialiste en évaluation des politiques publiques, Mohamed Bouchakour.

«Dans le système de gouvernance qui s’est constitué autour de privilèges et de rentes, les opportunités de captation de rente en contrepartie d’un soutien politique induit des comportements de recherche de rente avec des répercussions négatives à tous les niveaux du développement», explique de son côté (dans l’entretien), le professeur d’économie, Kouider Boutaleb. Cela pour dire que la démarche entreprise n’a fait qu’encourager la prédation des oligarques.

Et au fil des semaines, particulièrement depuis le début du hirak, les Algériens découvrent la série noire du processus de financement des entreprises des oligarques algériens et de tous les privilèges accordés aux uns et aux autres (achat des parts sociales de Fertial par Ali Haddad, reprise des deux unités de l’Entreprise nationale des corps gras (ENCG) Cogral (Corps gras d’Alger) et COGO (Corps gras d’Oran par les frères Kouninef…).

Les exemples sont nombreux sur ces arnaques à grande échelle. Les bilans sont loin d’être faits. Les exemples sont nombreux.

Celui des fermes pilotes, a fait couler beaucoup d’encre. Pour soi-disant «développer la production agricole, garantir l’approvisionnement des agriculteurs en produits stratégiques et préserver le patrimoine génétique animal et végétal du pays, un grand nombre de fermes pilotes avaient été ouvertes à la privatisation en 2010 et une autre opération a été lancée début 2018 pour 124 fermes pilotes.

Or, cette démarche a échoué, comme c’est le cas pour 17 fermes réparties sur 8200 hectares, cédées dans le cadre du Partenariat public-privé (PPP) en 2013 pour un montant d’investissement global de 7,5 milliards de dinars.

Ce programme de privatisation inavoué, où il y a eu toutes les aberrations d’une politique irréfléchie pour l’avoir engagé avec des partenaires douteux en dehors de toute planification, a fini par offrir presque totalement le marché national aux productions étrangères», analyse à ce sujet l’expert agricole Akli Moussouni.

Un échec qui illustre le ratage de tout un processus mené dans l’opacité totale avec des résultats mitigés et douteux tant sur le plan de la qualité que de la quantité. 


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