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jeudi, 13 août, 2020
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M’hamed Hamidouche . Docteur en analyse économique : «La carence en légitimité privilégie les visions court-termiste»

13 janvier 2020 à 9 h 27 min

Pour M’hamed Hamidouche, spécialiste en analyse économique, le vrai problème réside dans les orientations de la politique économique globalement définie par les pouvoirs publics, à savoir, l’emploi, la lutte contre le chômage, la diversification du tissu de production dans une démarche cohérente basée sur le long terme.

 

 

-Lors du 1er Conseil des ministres tenu sous la présidence de Abdelmadjid Tebboune, l’engagement a été pris pour soutenir les classes moyenne et vulnérable de la société en augmentant le pouvoir d’achat de tous les citoyens, avec la suppression de l’imposition des faibles revenus. Que cachent de telles annonces à votre avis dans ce contexte de manque de légitimité ?

La situation actuelle est le résultat des politiques populistes antérieures rattrapées par l’inflation, car elles ont engagé artificiellement des salaires plus élevés, à l’égard d’un SMIG qui augmente à chaque événement plus que le marché et la régulation qui se fait par le chômage. En plus, dans ces discours populistes, on note une confusion entre les notions de lutte contre la pauvreté (soutien aux classes défavorisées afin d’assurer une vie descente), la réduction des inégalités (impositions des revenus et patrimoines de la classe riche qui s’approprie une part importante de la croissance économique) et l’amélioration du pouvoir d’achat (amélioration de la productivité).

De mon point de vue, la carence dans la légitimité reproduira les idées populistes anciennes, qui privilégient le cours terme sur le long terme. En dépit de la dégradation des perspectives économiques actuelles, un contexte à saisir comme une opportunité pour engager des réformes, on préfère éviter cette démarche à cause de cette carence.

Pour la suppression de l’Impôt sur le revenu global (IRG), elle demeure au stade de mesure de soutien à la consommation à une classe sociale (Karl Marx) ou à une strate sociale (Max Weber), mais on ne connaît pas son impact sur la croissance économique à défaut des modèles de calcul dus à la disette d’études disponibles auprès des initiateurs de cette mesure.

Je rappelle que la croissance positive enregistrée par notre pays durant plus d’une décennie relevait de l’excédent dans le commerce extérieur contributeur à une balance de paiement positive, permettant de maintenir artificiellement le dinar par rapport aux autres monnaies, d’une part, et une demande interne (demande exprimée par les agents nationaux : ménages, entreprises ou administrations publiques) boostée par les investissements publics, d’autre part.

Ce modèle a atteint son paroxysme à cause des déficits budgétaires cumulés, entraînant un endettement public autour de 40% du PIB, en plus d’un solde modeste du Fonds de régulation, ces conditions couplées à une politique monétaire non dissociée de la politique budgétaire (défection dans l’autonomie de la Banque centrale) induisant un niveau d’inflation non maîtrisable et l’absorption des réserves de change. Bref, on reste figé sur les contraintes de l’équilibre interne auxquelles s’ajoute notre manque d’insertion à l’économie internationale. Clairement, l’idée d’un peuple heureux de nos gouvernants stagne à celle rapportée par Jean Jacques Rousseau qui est réduit au contrat social.

-D’autres mesures sociales sont également annoncées. Quelle faisabilité face aux difficultés financières avec le creusement du déficit de la balance commerciale et la fonte des réserves de change ?

Plus de mesures sociales entraîneraient une hausse du budget de fonctionnement et plusieurs dilemmes contradictoires seront posés ; d’un côté, il y a une panoplie de formules pour trouver les recettes, et de l’autre côté les inconvénients ou les retombées escomptées à cette formule, à titre d’exemple, plus de fiscalité (impôts et taxes) prélevées auprès des entreprises ou des ménages à des degrés différents, et une voie qui ne sera pars retenue car elle est moins populaire, ou bien la réduction du budget d’équipement au profit du budget de fonctionnement, une direction qui rend délicate la doctrine qui stipule que les recettes ordinaires doivent financer les dépenses ordinaires, ou carrément faire le choix de creuser le déficit budgétaire (dépenses plus que les recettes), ce qui entraîne une spirale inflationniste, une démarche non justifiée et facilement critiquée ; soit l’autre option qui recommande la réduction des budgets de fonctionnement des administrations publiques pour les compte de ces mesures, donc pas de recrutement dans la Fonction publique et moins d’efficacité dans les services publics, une option qui n’aura pas beaucoup de supporters, ou carrément le lancement de programmes de soutien financier dédié aux ménages défavorisés par le biais des bailleurs de fonds telles que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou autres bailleurs, en contrepartie d’un endettement non productif, une option en catimini mais risquée, etc.

Ainsi, je pense qu’on peut qualifier ces mesures de populistes lorsqu’elles s’insèrent dans une logique de conjoncture politique éphémère qui veut résoudre le quotidien du citoyen à travers des faux débats, car le vrai problème réside dans les orientations de la politique économique globalement définie par les pouvoirs publics, à savoir, l’emploi, la lutte contre le chômage, la diversification du tissu de production dans une démarche cohérente basée sur le long terme (spécialisation dans les secteurs ayant des avantages comparatifs, substitution des importations, IDE, la promotion des exportations, etc.) et qui permet à l’économie d’absorber les chocs extérieurs, l’amélioration continue de la compétitivité, etc. et reste propice à la croissance économique. Bref, le débat doit être orienté vers la part du citoyen dans la création de la richesse (amélioration du revenu par habitant), le passage à une économie émergente, au lieu de rester fixé sur la distribution de la richesse (rente) dont la gouvernance et la transparence sont les éléments-clés et qui suffisent à elles seules comme éléments de réponses.

Pour le déficit commercial et la fonte de la balance commerciale, plusieurs facteurs constituent la cause, mais on a tendance généralement à incriminer les prix du baril et les aléas climatiques, alors qu’on a souvent tendance à oublier que le manque d’ouverture économique et de liberté, le poids du secteur public dans l’économie (plus de 56%), la défaillance de la régulation par le marché, la sanction des échecs par les urnes, l’absence de stratégie ou de vision du modèle de croissance en sus, des idéologies farfelues priment sur le rationnel dans la sphère de la décision. En finalité, le bon signal viendra lorsque la tripartie (gouvernement, patronat et syndicat) mettra sur la table (ordre du jour) les enjeux de la création de la richesse dans un contexte international et non sa distribution.

-Quel impact sur les dépenses ?

Je suis pour la réduction des dépenses, car il demeure inconcevable qu’on prélève la moitié de notre richesse (PIB) pour produire une croissance faible en comparaison avec les pays africains. Ce taux des dépenses publiques est proche du modèle économique français (la part des dépenses publiques par rapport au PIB dans ce pays est passée de 2017 à 2020 de 55% à 50,9%), ce qui constitue un handicap majeur à toute politique économique nationale qui prône sa diversification dans un contexte de concurrence internationale et le modèle allemand avec une part entre 43% à 44% du prélèvement reste à suivre. Cette orientation est le signal de début de réforme structurelle première en Algérie.

-Parallèlement à ces mesures sociales, les entreprises économiques, notamment celles en difficulté depuis une année, demandent des allègements fiscaux alors que du côté des pouvoirs publics, l’on mise sur l’augmentation des recettes fiscales. Quelle alternative face à une telle situation ?

Les allègements fiscaux dédiés à encourager les investissements pour plus d’emplois ou autres raisons ont été mis en place dans le cadre de lois de finances sans évaluation des coûts réels que subit le Trésor public et des résultats escomptés sur le plan de l’investissement et de l’emploi. En fait, ces mesures étaient parfois justifiées pour régler un problème sectoriel ou qui répondaient à un lobbying des hommes d’affaires, mais quelles que soient les conditions, la finalité devrait s’insérer dans un cadre gagnant-gagnant pour les deux parties (le Trésor reprendra dans le temps ce qu’il a concédé à l’opérateur ou au moins en matière de parafiscalité, il y a plus de cotisations dans les caisses d’assurances et de retraites).

A mon avis, dans le court terme (moins d’un an), il serait judicieux d’encourager la consommation par des mesures fiscales et, sur le long terme, une refonte complète du code des impôts directs et indirects, dont je citerai trois raisons à titre indicatif : un code mis en place sans concertation avec les opérateurs dans les débuts des années 90’, une vision plus administrative et fiscaliste a primé sur la vision du point de vue économique (on vise le bénéfice au détriment de la valeur ajoutée, le fisc traite avec celui qui a une relation avec l’administration au détriment du secteur informel et la voie de la simplification était privilégiée au détriment du domaine d’activité) et le poids de cette fiscalité par rapport aux autres pays, au moins avec les pays des zones multi ou bi-partenaires (UE, AZALE,…) reste encombrant. Une orientation dans ce sens donnera une bonne image de l’Algérie et améliorera notre classement dans pas mal de rapports d’institutions internationales.

-Pensez-vous que l’on se dirige vers l’endettement extérieur ?

Actuellement, l’endettement est devenu pour notre pays une obligation en conséquence des politiques économiques et sociales conduites auparavant. Néanmoins, il n’y a pas de mal à prendre ce type de décision, car il s’agit d’une option de financement pour l’Etat, et notamment lorsque c’est le cas des crédits concessionnels destinés aux projets à vocation rentable.

Et pour les crédits commerciaux destinés au financement de l’économie, les banques privées dans leurs business peuvent opter pour plusieurs types de ces crédits, à condition qu’elles offrent des garanties nécessaires à l’échelle internationale ; par contre, pour les banques publiques, à défaut des réformes de gouvernance et de privatisations, toute garantie directe ou indirecte assurée par l’Etat donne le signal que notre pays n’est pas prêt à lutter contre la corruption.



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