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lundi, 30 novembre, 2020
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Mabrouk Aïb . Membre du collectif Nabni : «Les pouvoirs publics semblent toujours dans la réaction, sans anticipation»

16 novembre 2020 à 10 h 48 min

Mabrouk Aïb est universitaire et membre du think tank Nabni (Notre Algérie bâtie sur de nouvelles idées) Dans cet entretien,
il revient sur l’absence d’un programme de riposte pour éviter un effondrement social et économique.

 

-Avec le retour au confinement partiel et l’éventualité de son prolongement, comment s’annonce l’impact sur certaines catégories, notamment les petits métiers, commerçants, artisans et autres ?

De manière générale, l’impact économique du confinement partiel est important sur toutes les catégories d’entreprises. Nous disposons de très peu de statistiques récentes, mais nous pouvons affirmer qu’il a frappé de plein fouet le secteur privé en général et plus particulièrement les PME.
Les commerces, les artisans et les PME sont particulièrement vulnérables, car ils fonctionnent sur un équilibre économique fragile et disposent de peu de ressources propres ou de leviers externes pour assurer leur pérennité, payer les salaires de leurs employés et les dettes contractées auprès de leurs fournisseurs.

De nombreuses activités ont dû être arrêtées en raison de ces difficultés financières, générant plus de chômeurs privés de tout revenu et, par là même, une aggravation de la crise générale de la demande. A l’instar des autres pays, nous subissons une double crise généralisée de l’offre et de la demande.

Mais la différence est que nos entreprises ne bénéficient pas de solutions financières leur permettant d’éviter l’asphyxie, la faute à un secteur bancaire archaïque.

Le gouvernement n’a toujours pas mis en place un fonds de solidarité ni esquissé de plan de soutien sectoriels ou décidé d’accorder des prêts garantis par l’Etat.

Il n’existe pas non plus de dispositif de chômage partiel pour accompagner l’arrêt ou le ralentissement de l’activité. Au final, ni les autorités publiques ni le système bancaire n’ont été en mesure de trouver un moyen de sauvegarder ces milliers d’entreprises, PME, TPE et artisans.

-A-t- on tiré les leçons du confinement des premiers mois de la pandémie ? 

Du point de vue économique, certaines leçons ont été retenues mais l’essentiel n’a pas été pris en charge. Il semble que le gouvernement a fait preuve de plus de discernement en définissant un plan de confinement moins anti-économique qu’au début de la pandémie. La fermeture généralisée de quasiment tout type de commerce et activité artisanale, qui avait été décidée lors de la première vague de la pandémie, a causé des dégâts considérables dont les effets vont continuer à se faire ressentir pendant longtemps. Un commerce ou un artisan qui cesse son activité et licencie ses employés ne reprendra probablement plus jamais son activité. Ou du moins, cela nécessitera beaucoup de temps avant qu’ils n’aient la capacité de mobiliser à nouveau des moyens financiers pour louer un local, constituer des stocks de matière première ou de produits, de recruter des employés, etc., tout cela en continuant à subvenir aux besoins permanents de sa famille. Il est évident que cela ne se fera certainement pas en période où la demande en biens et services est au plus bas.

Pourtant, il est bien moins coûteux et plus simple pour l’Etat d’aider un commerce ou une entreprise à maintenir son activité en période de crise que de devoir supporter la création de nouvelles entreprises à partir d’un champ de ruines économique.

De ce point de vue, on ne peut pas dire que le gouvernement a retenu des leçons ou mis en œuvre des mécanismes concrets de sauvegarde de l’économie. Malgré le retour d’expérience du premier confinement, les pouvoirs publics semblent toujours dans la réaction, sans anticiper. En conséquence, la quasi-totalité des commerces et des artisans a dû faire face à la crise par leurs propres moyens. Les mesures visant à décaler les dépôts des comptes sociaux, le paiement des impôts et des cotisations sociales sont à saluer mais elles sont très insuffisantes pour éviter l’effondrement économique. Les annonces concernant les facilitations bancaires n’ont pas été suivies des faits ou du moins n’ont pas profité à l’immense majorité des acteurs économiques.

Jusqu’à présent, rien n’est fait pour protéger réellement les petites entreprises commerciales et artisanales.

-Comment éviter un effondrement social avec la prédominance de l’emploi  informel et la recrudescence de la pandémie qui pousse bon nombre de personnes à des absences prolongées sans prise en charge sur le plan de la sécurité sociale ? 

Il y a en effet un véritable risque d’effondrement social et les autorités en sont bien conscientes. Avant même la survenance de la pandémie, la trajectoire prise par les pouvoirs publics depuis de nombreuses années dans la gestion socioéconomique du pays laissait prévoir cette situation dramatique. Aucune réforme majeure n’a été engagée par les pouvoirs publics pour changer de voie, laissant présager cette situation dramatique. Pourtant, de nombreux spécialistes avaient alerté l’opinion publique. Depuis 2012, Nabni a publié plusieurs rapports soulignant l’insoutenabilité du modèle économique et social et proposé des recommandations afin de mettre en œuvre des réformes dans des conditions socialement et politiquement acceptables. Il est désormais trop tard.

La facture à payer sera lourde. Plus spécifiquement, en 2017, Nabni a publié un rapport sur la refonte du système de subventions en proposant deux options adaptées à notre pays, compte tenu de la faiblesse de nos institutions et de nos systèmes d’information nationaux : le revenu universel ou le ciblage progressif sur base déclarative. Ceci aurait permis de soutenir la catégorie de population n’ayant pas de couverture sociale tout en protégeant l’économie formelle et en maintenant les équilibres macroéconomiques de l’Etat.

Même si cette recommandation n’avait pas été formulée dans le contexte de la pandémie, elle reste très pertinente dans la mesure où notre gouvernement a des capacités très limitées en matière de ciblage et les risques d’exclusion des populations prioritaires et d’indus bénéficiaires sont très élevés.

Dans tous les cas, les autorités doivent agir rapidement pour amoindrir les conséquences dramatiques de la mauvaise gestion et de la pandémie.

-Quel serait l’apport des enquêtes sur le terrain pour un ciblage des aides ?

Au-delà des subventions à apporter aux nécessiteux, les enquêtes de terrain permettent de concevoir et mettre en œuvre des politiques publiques et des aides de différents types aux acteurs économiques et sociaux en fonction de leurs besoins réels, de leur répartition démographique et géographique. La décision d’opérer des transferts directs vers des populations ciblées en lieu et place de subventions aurait facilité la bancarisation de l’ensemble des ménages. Cela aurait permis aussi le développement de nouveaux instruments de paiement et de transfert électronique de monnaie à l’instar de nombreux pays africains.

Par ailleurs, nous n’aurions pas eu les problèmes de pénurie de liquidités constatés sur l’ensemble du territoire ni les énormes queues formées devant les bureaux de poste qui sont une source de propagation de l’épidémie.

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