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Lutte anti-corruption et récupération des avoirs criminels placés à l’étranger : La diaspora algérienne monte au créneau

09 septembre 2019 à 9 h 12 min

Doter le pays d’une vraie et solide élite d’affaires et politique qui fait de l’intérêt national une priorité absolue est-il encore possible ? Pas de sitôt ! La corruption s’étant avérée une pathologie endémique que l’Algérie ne saurait être capable d’y remédier seule.

Raison pour laquelle les initiatives, en dehors des circuits politico-judiciaires, tendant à se faire aider, se multiplient ici comme de l’autre côté de la frontière. Et notre diaspora, en particulier celle basée en Suisse, terre où a trouvé refuge une bonne partie des fortunes illicitement amassées par nos ‘’experts’’ de la délinquance haut standing, n’entend pas rester en marge du combat proactif contre cette pathologie.

C’est ainsi que, après le lancement par Me Lachemi Belhocine, avocat basé à Fribourg et nombre de ses confrères exerçant dans la Confédération, d’une procédure en Suisse visant à «récupérer au nom du peuple algérien les fonds illicites appartenant aux hommes du régime déposés dans le pays», une interpellation officielle a été déposée le 5 juin dernier par Carlo Sommaruga au Conseil fédéral sur «les mesures qu’envisagerait de prendre le gouvernement suisse en cas de demande d’entraide judiciaire en provenance d’Alger portant sur le gel, à titre conservatoire, des actifs financiers d’origine illicite et sur les biens immobiliers mal acquis».

La Suisse : plaque tournante des fraudeurs

C’est sur sollicitation de l’Algérien Benaouda Belghoul, fondateur et président de l’Association Suisse Algérie Harmonie (ASAH), basée à Genève, que cette fort louable initiative a été prise par M. Sommaruga, homme politique suisse, membre du Parti socialiste siégeant au Conseil national depuis 2003 et fils du célèbre diplomate suisse Cornelio Sommaruga qui a eu à diriger pendant de bien longues années le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) : «Suite au soulèvement populaire (hirak), j’ai pris attache avec Carlo Sommaruga, un conseiller national suisse, fils de l’ancien président du CICR qui avait baigné dans une ambiance de solidarité avec les peuples du Sud.

Ce dont il a hérité en devenant l’homme politique occidental le plus craint d’Israël. M  Sommaruga a déposé une interpellation officielle au Conseil national, l’équivalent de notre APN, sur la question des avoirs ainsi que sur les biens immobiliers détenus dans la Confédération par les personnalités des milieux politiques et des affaires faisant l’objet d’enquêtes judiciaires pour des faits de corruption présumée», a indiqué dans une déclaration à El Watan Economie M. Belghoul. «Le Conseiller fédéral en charge du DFAE – Département Fédéral des Affaires étrangères – avait répondu le 12 juin dernier de manière très diplomatique, voire normande, afin d’éviter de froisser Alger sur la question de l’ingérence», déplore ce psychologue clinicien, natif de Relizane. Les intérêts suprêmes passent avant tout. Sa diplomatie, le DFAE en l’occurrence, le dit clairement : «Lorsque la sauvegarde des intérêts du pays l’exige, le Conseil fédéral (CF) a le pouvoir de bloquer les avoirs de potentats déposés sur la place financière suisse.»

Le concept d’avoirs de potentats s’applique «lorsque des Personnes politiquement exposées (PPE) à l’étranger et leurs proches s’enrichissent de manière illicite en s’appropriant des valeurs patrimoniales par des actes de corruption et d’autres crimes, et en les détournant vers une place financière en dehors du pays concerné».

Et sont considérées PEP les personnes qui «exercent ou ont exercé des fonctions publiques importantes à l’étranger, notamment les chefs d’Etat ou de gouvernement, les politiciens de haut rang au niveau national, les hauts fonctionnaires de l’administration, de la justice, de l’armée et des partis au niveau national, ainsi que les membres des plus hauts organes des entreprises étatiques d’importance nationale». En d’autres termes, le gouvernement suisse préfère, comme d’habitude, adopter la politique ‘‘wait and see’’ : «Ce qui rejoint parfaitement la problématique soulevée dans vos différents articles : La justice algérienne va-t-elle réellement saisir le MPC – ministère Public de la Confédération – avec des dossiers solides, juridiquement parlant, ou bien va-t-elle, comme par le passé, tenter de noyer le poisson ? C’était la question centrale qui ressort de votre enquête d’octobre 2018 (Blanchiment d’argent sale en Suisse : La mise à nu de plusieurs personnalités algériennes) et elle est toujours d’actualité pour le gouvernement  suisse», poursuit M. Belghoul qui est également connu dans le milieu politique suisse ; il était conseiller municipal de la ville de Genève.

En conséquence, de concert avec des personnalités suisses et suisses-algériennes, notre interlocuteur affirme avoir pris la décision de saisir des parlementaires fédéraux siégeant au Conseil national à Berne à l’effet d’«initier un débat au Parlement sur la possibilité de déclarer les PEP – Personnes politiquement exposées – algériennes incriminées comme «Persona non grata» sur sol helvétique !». Et d’espérer : «Si on arrive à obtenir cette mesure politique préventive, elle le sera de facto pour tout l’espace Schengen qui sera fermé à ces PEP au cœur des scandales politico financiers sortis au grand jour dans la foulée de la campagne mains propres lancée depuis des mois». Pour M. Belghoul, «obtenir le feu vert parlementaires des fédéraux pourrait avoir indéniablement un impact déterminant sur l’avenir du hirak !

Car les criminels de Hydra, encore en liberté, seront coincés à Alger sans aucune possibilité de refuge en Europe. Ils ne pourraient pas, de facto, profiter de leurs biens mal acquis. Pour fuir, il ne leurs restera que la chaleur des pays du Golfe».

Le président de l’ASAH qui se dit aujourd’hui prêt à rentrer à Alger pour mettre à la disposition du hirak ainsi que du panel son expérience politique suisse nous fera, en outre, savoir que «nombre d’ONG basées à Genève tentent aussi, de leurs côtés, de faire en sorte que l’impunité cesse». C est dire que, malgré l’éloignement (près de quatre décennies de vie en Suisse), le combat contre la spoliation de l’argent public, M. Belghoul, à l’instar de tant d’autres compatriotes du monde universitaire, culturel, politique et associatif, en a fait sien voilà bien des années.

En 2012 déjà, quelques semaines après les législatives du 10 mai, il avait, depuis différentes tribunes genevoises et zurichoises, tenté de sensibiliser les décideurs algériens à la nécessité de mettre en place les garde-fous appropriés en vue de contrecarrer le phénomène de recyclage de l’argent sale et son utilisation dans le financement des grands partis politiques algériens représentés et activant dans la confédération.
Pour lui, ces législatives avaient mis à nu toute l’étendue des réseaux qui s’y étaient spécialisés.

Car c’est surtout en Suisse dont la place financière constitue un centre financier majeur au niveau mondial que ces réseaux transnationaux ont pu trouver cet espace privilégié leur permettant de faire fructifier les produits de la corruption, de la contrebande, du crime organisé et de l’évasion fiscale, afin de positionner leurs hommes de main au cœur du pouvoir. Pour endiguer cette saignée financière, nous avait-il précédemment déclaré, il suffisait à l’Algérie de s’appuyer sur les pactes et accords déjà conclus avec la confédération helvétique.

Aussi, le système Rubik déployé à l’époque par l’Association des banques étrangères en Suisse (AFBS) pouvait et peut toujours lui être d’un apport certain. Destiné à contourner la levée du secret bancaire, exigée par certains pays partenaires, ce système, expliquait-il, «permet de fournir des informations aux pays parties cherchant à rapatrier des capitaux d’origine douteuse placés dans les banques suisses, lorsque les faits de fraude, quelle qu’en soit sa nature, sont avérés». Et si les transferts illicites de capitaux, où s’entremêlent business et politique, que pointe du doigt M. Belghoul ont grassement prospéré pour devenir un sport national, c’est bien grâce à l’industrie de la fausse facture, surtout.

La diaspora aux USA aux aguets

Considérant les révélations et les enquêtes judiciaires interminables sur la corruption et détournements de deniers publics, à grande échelle, en cours, tout porte à croire que les personnalités incriminées ont dépassé, de loin, Joseph Joinovici, le célèbre homme d’affaires français qualifié de génie de l’industrie de la fausse facture. En France, l’invention de ce ferrailleur d’origine russe sera d’ailleurs reprise par des partis politiques qui s’en serviront pour alimenter des caisses noires : «Comme des papillons attirés par la lumière de l’or, les industriels de la fausse facture naissent et s’abîment les ailes.

Ils ne sont que le jouet d’une monstrueuse machine qui profite de leur appétit démesuré, de leur malhonnêteté pour pomper les sommes colossales dont elle a besoin», écrivait si bien, en 1986, Jacques Bacelon dans son best seller La République de la fraude. Toujours d’actualité, ces propos conviennent parfaitement à certains hommes d’affaires, leurs protecteurs et facilitateurs de la haute sphère politique qui croupissent actuellement dans les geôles de la prison d’El Harrach.
Toujours au sujet de la lutte contre la corruption et la traque des capitaux et des biens mal acquis par les oligarques algériens, d’autres actions sont en préparation dans un autre continent.

En effet, des membres de notre diaspora établie aux USA ; des juristes, universitaires et représentants d’associations algéro-américaines s’apprêtent, à en croire des sources bien informées, à saisir Trace International (TI), organisme indépendant à but non lucratif, basé à Annapolis capitale de l’État du Maryland, aux États-Unis, afin de les aider éventuellement à identifier les seigneurs de la finance offshore, recenser et localiser leurs revenus criminels en vue d’engager les procédures de gel et saisie, à titre préventif, de ces biens.

De réputation mondiale, TI s’est spécialisé, depuis sa création en 2001, par des experts internes en conformité, «dans le domaine de la compliance anticorruption à travers la fourniture aux pays membres comme aux non membres d’outils, de conseils et de services pratiques et rentables personnalisés de conformité anti-corruption ainsi que de modalités d’amélioration de l’éthique dans les affaires».

Toutes ces initiatives, fort louables, de notre diaspora, sont susceptibles de conforter le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Belkacem Zeghmati, dans son combat contre le phénomène de la corruption qui «ne peut atteindre ses objectifs qu’à travers la récupération des fonds volés.

Les expériences des pays en la matière ont démontré que la lutte efficace passe essentiellement par la récupération des fonds détournés par les mis en cause, qui cherchaient l’enrichissement illicite», insistait-il lors de ses sorties médiatiques des 15 et 22 août dernier. Son combat portera-t-il ses fruits, ou risque-t-il de se heurter, une fois encore, à de fortes résistances en hauts lieux ? Seul l’avenir nous le dira !


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