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L’offre touristique réduite en temps de corona : La saison estivale compromise

29 juin 2020 à 9 h 40 min

Après un printemps en mode confinement qui a chèrement coûté à l’économie mondiale en raison de la propagation de la COVID -19, l’été s’installe avec ses températures caniculaires, ses longues journées et ses envies d’évasion. Des envies difficiles à satisfaire en ces temps de crise sanitaire et de grandes incertitudes sur les plans social et économique. Ni les gens n’ont les moyens de s’offrir des vacances après les pertes d’emploi et de revenus. Ni la machine touristique ne peut redémarrer le secteur avec des avions cloués au sol, des hôtels fermés et un nombre de contagion qui repart à la hausse.

Les prévisions s’annoncent en effet encore moroses pour ce troisième trimestre de l’année. Un trimestre marqué habituellement par le boom des activités en lien direct avec le tourisme.

Or, avec la pandémie, les acteurs du secteur n’ont même pas eu à préparer la saison estivale. C’est le cas justement pour tous les intervenants dans la restauration, l’hôtellerie, les transports et les loisirs. Aujourd’hui, tout est pratiquement à l’arrêt.

Certes, la propagation du virus a perdu quelque peu de sa vitesse dans certains pays où l’on enregistre depuis le 15 juin le retour à certaines activités avec la levée des restrictions de circulation en prévision des grandes vacances estivales, mais la saison semble compromise, surtout que les voyages internationaux n’ont pas encore repris. La crainte de voir le virus se propager de nouveau a poussé certains pays à imposer des mesures draconiennes lors des déplacements.

Ouverture des frontières, mais…

La réouverture progressive des frontières, notamment en Europe ne suffit pas pour relancer le tourisme, surtout que les voyages internationaux n’ont pas encore repris et que les destinations privilégiées des touristes sont aujourd’hui toujours à l’épreuve de cette crise sanitaire, même si certaines destinations semblent sortir du bout du tunnel, à l’image de l’Espagne.

Ce pays compte rouvrir ses frontières avec ses voisins de l’Europe à compter du 1er juillet. Des projets pilotes ont déjà été menés avec notamment l’accueil de 11 000 touristes allemands le 15 juin. En Italie, les frontières sont ouvertes depuis le 3 juin aux touristes de l’Union européenne dans l’objectif de relancer le tourisme. Et ce, sans imposer de quatorzaine contrairement à la Grande-Bretagne.

En Turquie, l’une des destinations préférées des Algériens, la réouverture des frontières maritimes et terrestres avec l’Europe et avec la Syrie a déjà eu lieu. La reprise des vols vers l’Algérie est prévue le 1er juillet à raison de huit vols par semaine, selon Turkish Airlines. L’annonce a été faite le 21 juin.

La Tunisie, pays voisin et ami de l’Algérie qui a accusé une baisse des recettes touristiques de 600 millions de dinars à mai 2020, soit moins de 37% (selon la Banque centrale de Tunisie), a pour sa part rouvert ses frontières le 27 juin, exemptant l’Algérie de la liste des pays à risque sanitaire. Une manière d’attirer les touristes algériens fort nombreux à passer leurs vacances d’été chaque année dans les complexes touristiques tunisiens. Mais, côté algérien, le feu vert n’est pas encore donné.

L’heure est au suivi de l’évolution de la pandémie, dont le nombre de contamination a fortement augmenté depuis le 14 juin, date de la deuxième phase de déconfinement. D’ailleurs, et dans l’une de ses sorties médiatiques, Mohamed Bekkat Berkani, président de l’Ordre des médecins a considéré qu’il est encore trop tôt de parler de réouverture des frontières avec la Tunisie, puisque les deux pays n’ont pas totalement dominé la situation épidémiologique. C’est dire que les choses sont loin d’être réglées.

Temps durs pour les agences de voyages

Les agences de voyages qui tirent généralement leurs profits de ces deux destinations, à savoir la Turquie et la Tunisie sont d’ailleurs dans l’attente. «Nous attendons que les choses soient mises au clair pour mettre en œuvre notre programme», nous dira à ce sujet le responsable de l’agence To do Travel, dont l’activité est à l’arrêt depuis mars dernier. La décision de permettre aux agences de voyages de reprendre le travail n’a pas apporté du nouveau. «Nous sommes toujours fermés vu que la situation n’évolue pas dans le bon sens et qu’il n’y a pas de produits touristiques à proposer», regrette ce voyagiste basé à Blida. «Cela dit, nous sommes prêts à reprendre dès que le trafic aérien reprendra», nous confiera le premier responsable de To do Travel qui mise sur le tourisme local en attendant la reprise des destinations domestiques.

Cependant, faudrait-il que toute la chaîne soit au rendez-vous. «Chaque année, nous proposons des circuits à travers certaines régions côtières en demi-pension. Mais avec la fermeture des plages et des restaurants, ce n’est pas évident de prendre en charge les demandes de nos touristes. Ce n’est pas évident également de garder les mêmes tarifs que ceux de l’année dernière puisque le protocole sanitaire et les mesures à imposer aux gérants des hôtels, notamment, leur coûteront cher.

Ce qui se répercutera sur les prix. Ce sera de même pour l’exploitation à hauteur de 50%, des capacités des bus touristiques», résumera notre interlocuteur, qui avoue traverser actuellement de grandes difficultés, et ce, au même titre que ceux qui interviennent dans ce créneau.

Les temps sont en effet des plus durs dans ce segment d’activité, comme nous le dira aussi Bachir Djeribi, président du Syndicat des agences de voyages (SNAV). «Avec 3400 agences à l’arrêt qui emploient en moyenne chacune 5 personnes, sans oublier les autres maillons de la chaîne, la situation est vraiment délicate depuis trois mois. Si nous avons réussi à assurer les salaires de mars, avril et mai, pour le mois de juin, ce n’est pas le cas», nous confiera Bachir Djeribi parlant d’un manque à gagner de 50%. Des pertes que le syndicat veut rattraper en demandant entre autre l’effacement pour l’année 2020 des dettes fiscales et parafiscales et les cotisations de la sécurité sociale pour les employés et de la Casnos pour les gérants.

Ce point parmi huit autres ont déjà été soulevés par la tutelle, laquelle s’est engagée à les prendre en charge dans le cadre du plan de soutien aux opérateurs économiques. Le 7 juin, le directeur général du tourisme au ministère du Tourisme, de l’Artisanat et du Travail familial, a d’ailleurs affirmé que toutes les propositions et les préoccupations soulevées par les professionnels du domaine ont été prises en considération. L’engagement a également été pris d’appuyer les agences dans la relance de leurs activités après la levée du confinement et l’amélioration de leur situation financière.

Mais pour quelle contribution dans la promotion de la destination Algérie ? Une question déjà débattue et qui revient en ces temps de crise sanitaire. Or, les conditions sont loin d’être assurées à commencer par le manque de professionnalisme. Faudrait-il donc par commencer à mettre de l’ordre dans ce secteur avant d’aller à la conquête du tourisme interne.

La récession des activités du secteur du tourisme international devrait être saisie comme une occasion pour franchir ce pas selon le secrétaire général du SNAV, Lyes Snouci.

Il est prévu dans ce cadre le lancement prochain d’une initiative pour la promotion du tourisme domestique à des prix solidaires, et ce, en collaboration avec Air Algérie, le groupe d’hôtellerie et de tourisme et de la Fédération nationale des hôteliers. «Air Algérie assurera le transport à des tarifs étudiés et le groupe d’hôtellerie réduira de 25 à 70% les tarifs d’hébergement et de restauration des familles», précise à ce sujet le Snavq via son président Bachir Djeribi. Les négociations sont en phase finale en attendant la définition d’une clause tarifaire à appliquer.

Pourvu que cette démarche ne soit pas ratée comme les précédentes. Et pour cause, toutes les formules proposées jusque-là pour encourager le tourisme domestique (à l’image du tourisme chez l’habitant) n’ont pas marché lésant les citoyens à moyens et bas revenus. Mais ces dernières ne sont pas les seules à voire cet été leurs vacances compromises.

 

 

 

Chute libre du tourisme mondial

Alors qu’en mars dernier, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) s’attendait à une baisse de 20 à 30% du secteur, en mai, ce chiffre a été revu à la hausse passant à 60-80%. Et ce, au regard de l’évolution de la crise sanitaire qui a fini par porter un coup dur à un secteur dont le chiffre d’affaires pèse plus de 1350 milliards de dollars.

Au total, la pandémie du Covid-19 a provoqué une baisse de 22% des arrivées de touristes internationaux au cours du premier trimestre 2020. La chute atteint 57% au mois de mars, après le début du confinement dans de nombreux pays. Le secteur a ainsi perdu 80 milliards de dollars (74 milliards d’euros) sur les trois premiers mois de l’année. Sur l’ensemble de l’année 2020, la crise pourrait entraîner une chute comprise entre 58 et 78%, par rapport aux chiffres de 2019, selon la même source. «C’est de loin la crise la plus grave à laquelle le tourisme international ait été confronté depuis le début des relevés (1950)», explique l’OMT. Ces nouvelles prévisions sont basé à titre indicatif sur trois scénarios de sortie de crise : réouverture des frontières et levée des restrictions de voyage début juillet (baisse de 58% des arrivées), début septembre (-70%) et début décembre (-78%).
Des signes de reprise sont attendus au dernier trimestre 2020, mais surtout en 2021. Sur la base des crises précédentes, les voyages de loisirs, et en particulier ceux effectués pour rendre visite à des amis et des parents, devraient reprendre plus vite que les voyages d’affaires, conclut l’étude de l’OMT.

 

Perte de 2 millions d’emplois en Afrique

Selon les Nations unies estiment que la pandémie de Covid-19 coûtera jusqu’à 2 millions d’emplois directs et indirects dans le secteur du tourisme sur le continent africain ou le secteur devrait par ailleurs accuser une perte de 75% en 2020, selon la Fédération régionale des entreprises du voyage. Le fait aussi que les africains établis à l’étranger ne puissent pas partir chez eux cet été est un facteur accentuant cette baisse. Pour rappel, l’Afrique a connu environ 67 millions de visiteurs en 2018, selon les données officielles de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT).

 

 

Indices

  • Les recettes touristiques ont chuté de 43%, à 20 juin 2020, par rapport à la même période de l’année dernière en Tunisie. Elles sont estimées à 1 milliard de dinars, selon la Banque centrale de Tunisie
  • Au Maroc, le secteur du tourisme risque de perdre 80 milliards de DH de recettes en devises.
  • En France, une perte de chiffres d’affaires de 75% sur toute l’année 2020 est prévu.

 

Chiffres clés

  • Les destinations d’Europe ont été les premières à prévoir des politiques spécifiques pour le redémarrage du tourisme. Selon la dernière étude de l’Organisation mondiale du tourisme, 33% des destinations de la région ont mis en place des politiques expressément pour le tourisme. En Asie Pacifique, 25% des destinations ont adopté des politiques pour la reprise du tourisme ; cette proportion est de 14% dans les Amériques et de 4% en Afrique.
  • Selon l’OMT, la forme la plus répandue de dispositif gouvernemental de relance à l’échelle de toute l’économie est celle des incitations fiscales, notamment l’exonération ou le report du paiement des taxes (TVA, impôt sur les sociétés, etc.), et la fourniture d’une assistance économique d’urgence et d’aides aux entreprises grâce à des mesures monétaires, comme les lignes spéciales de crédit à taux réduits, de nouveaux régimes de prêts et des garanties bancaires d’Etat pour faire face aux difficultés de trésorerie. Des formes d’exonération ou une réduction des prélèvements sociaux, des subventions salariales ou des mécanismes d’appui spéciaux pour les travailleurs indépendants sont adoptés dans d’autres pays. Les petites entreprises, soit 80% de la filière tourisme, reçoivent une assistance ciblée dans de nombreux pays.
  • Sur les 220 pays et territoires passés en revue dans l’étude de l’OMT, 167 signalent avoir pris des mesures pour atténuer les effets de la crise. Parmi eux, 144 ont adopté des politiques budgétaires et monétaires et 100 ont pris des mesures spécifiques pour soutenir les emplois et la formation, dans le tourisme et dans d’autres secteurs économiques-clé.


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