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Allégeance contre avantages multiformes

L’image ternie des patrons algériens

11 mars 2019 à 9 h 25 min

Si la dynamique d’enrichissement de ceux qu’on qualifie aujourd’hui d’ «oligarques» a commencé bien plus tôt qu’en avril 2014, c’est à l’occasion du soutien que certains hommes d’affaires avaient apporté à Bouteflika pour ses candidatures aux 3e et 4e mandats que les choses sérieuses ont commencé.

On se souvient que pour le déjà très contesté 3e mandat, le clan de Bouteflika avait déstabilisé le Forum des chefs d’entreprises en forçant ses adhérents à soutenir financièrement sa campagne électorale.

Une offensive qui avait, on s’en souvient, provoqué la désertion du forum par des patrons aussi emblématiques que Issad Rebrab et Slim Othmani, et fragilisé son président, Réda Hamiani, contraint un peu plus tard à démissionner de son poste, pour laisser la place à Ali Haddad. La situation du Forum des chefs d’ entreprises sera encore plus instable à la veille d’un 4e mandat brigué par ce même Président, qu’un AVC avait déjà gravement affaibli.

C’est en effet un véritable deal qui fut passé entre son frère, Saïd, et une douzaine de patrons qui avaient reçu la promesse d’être aidés à devenir les plus puissants groupes industriels du pays, s’ils acceptaient de participer financièrement à la campagne électorale du candidat Bouteflika.

En échange d’un tour de table ayant permis d’amasser pas moins de 20 milliards de dinars, les 14 patrons, réunis pour la circonstance, ont, en effet, reçu du clan présidentiel la promesse d’avantages multiformes, consistant notamment à avoir la priorité dans l’octroi des marchés publics, des passe-droits en matière de fiscalité et de taxes douanières, la protection contre la concurrence locale, l’indulgence en matière de surfacturations et de transferts illicites de capitaux, nonobstant le traitement de faveur garanti par le Conseil national de l’investissement, instruit pour agréer rapidement leurs projets d’investissements.

Ces traitements de faveur scandaleux ont propulsé cette douzaine de patrons au rang d’intouchables barons de l’économie algérienne, dont la parole compte, aussi bien au niveau des arcanes du pouvoir exécutif qu’à celui du Parlement et des institutions judiciaires. Ils sont ainsi devenus des intouchables qu’aucune institution républicaine ne pouvait interpeller, même en cas de délits graves.

Leur enrichissement facile à l’ombre d’un pouvoir mafieux a fini par produire une image peu honorable du privé algérien, auquel l’image détestable d’un ramassis de délinquants, assis sur des fortunes mal acquises, collent aujourd’hui encore à la peau. Une opinion évidemment trop injuste, qui met dans un même panier cette faune réduite de patrons véreux et d’honnêtes chefs d’entreprises autrement plus nombreux.

Représailles contre les récalcitrants

Cet acte immoral commis par quelques patrons serviles produira malheureusement un effet ravageur sur l’entrepreneuriat privé dans son ensemble, que l’opinion publique algérienne scindera désormais en deux catégories : ceux qui ont aidé un candidat déjà bien malade à obtenir deux mandats présidentiels indus et s’apprêtaient à lui garantir une 5e mandature. L’opinion publique ignore cependant le lourd tribut qu’ont payé les nombreux patrons qui avaient refusé de rentrer dans ce jeu malsain d’alliances contre nature.

Tous ces hommes d’affaires qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas marché dans la combine paieront chacun à sa manière les conséquences de leur déloyauté envers le prince.

Si les patrons qui avaient affiché leur allégeance au clan de Bouteflika sont évidemment choyés avec, bien souvent, un accès direct aux plus hautes autorités du pays, les seconds, seront a contrario, marginalisés, acculés à des traitements bureaucratiques ou à des expéditions punitives, comme ce fut le cas d’Issad Rebrab, qui souffre aujourd’hui encore de représailles de toutes sortes.

Les oligarques, qui ont amassé des fortunes colossales à la faveur de leur soutien au président Bouteflika, sont tous syndiqués au Forum des chefs d’entreprises, qui leur servait de protection et de tribune grâce desquels ils pouvaient obtenir des avantages indus à leurs profits exclusifs. C’est évidement une syndicalisation patronale basée uniquement sur l’intérêt personnel immédiat, à l’image de ceux qui ont l’habitude d’offrir immoralement leurs services en échange de prébendes et autres avantages indus.

La morale et les principes idéologiques n’étant pas du tout inscrits dans leurs gènes, ces patrons n’ont pour seule préoccupation que celle d’être constamment du côté du plus fort. Ils n’hésiteront pas à changer d’alliance au moindre retournement de conjoncture. C’est précisément cette nouvelle conjoncture, en tous points défavorable au candidat Bouteflika, qui explique la démission collective d’un nombre significatif d’hommes d’affaires, parmi lesquels des adhérents historiques du Forum des chefs d’entreprises, dont quelques-uns ont une honorabilité incontestable.

D’autres retraits ne tarderont certainement pas à suivre et à proliférer au gré du renforcement du mouvement de contestation qui a déjà créé la panique dans les milieux des hommes d’affaires proches du cercle présidentiel. Des défaillances qui iront certainement de pair avec une fuite massive de capitaux qui avait en réalité commencé bien plus tôt.

Les patrons concernés par cette alliance contre nature avec le clan de Bouteflika étant à la tête des plus grandes entreprises privées du pays, il est toutefois à craindre que cette panique inattendue engendre de graves perturbations au niveau du fonctionnement de ces grands groupes industriels et commerciaux qui assurent une bonne part de l’approvisionnement, de la croissance et de l’emploi.

Pour ce faire, il est impératif que l’Algérie retrouve rapidement la stabilité à même de rassurer les patrons honnêtes à renouer le plus rapidement possible avec l’activité. Comme dans toutes les nations du monde pour les entrepreneurs, les éléments les plus stimulants de l’économie sont la confiance et la stabilité. Il faudrait très rapidement les leur garantir au risque d’une grave déstabilisation de l’entrepreneuriat national.


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