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Immersion dans le marché noir des devises

Les raisons de la baisse des cours

08 juillet 2019 à 10 h 00 min

Après de longs mois de flambée de l’euro et du dollar face au dinar sur le marché parallèle, les cours de ces principales devises sont repartis à la baisse avec des taux variant d’une région à une autre. Mais ce qui est certain, c’est que l’euro est en dessous des 200 dinars. Il oscille entre 170, voire 165, et 190 DA. Au square Port-Saïd, la place la plus connue d’Alger pour l’échange des devises sur le marché, l’euro était cédé le 2 juillet à 190 DA contre 185 DA le 6 juillet, au lendemain de la grandiose marche du 5 juillet.

Certains tablent sur la poursuite de cette tendance baissière et avancent même que l’euro va baisser au-dessous des 150 DA. «La monnaie européenne sera même vendue à 111 DA», prévoit un cambiste. D’autres préfèrent suivre l’évolution du marché pour voir.

Officiellement, l’euro, selon les dernières cotations de la Banque d’Algérie (134,2789 DA à la vente et 134, 3077 DA à l’achat) contre respectivement 119,099 DA et 119,0249 pour le dollar. Ainsi, l’écart entre les taux officiel et informel tourne autour de 35-40 DA. Il y a quelques mois, juste après le début du hirak, le marché se présentait différemment.

Il était en hausse. En mars dernier, il avait atteint des pics vertigineux à 220 DA à la vente et un peu moins à l’achat (218 DA), alors qu’au niveau des banques, il était coté à près de 150 DA à la vente et un peu plus de 130 DA à l’achat. Tout le monde tablait à cette période sur une autre hausse, en raison bien sûr de la situation politique.

En mai également, après la décision portant nouvelle autorisation d’importer des véhicules de moins de trois ans, les observateurs ont misé sur une nouvelle hausse des cours de la devise au niveau des principales places animant le marché informel.

Même le directeur général de la Bourse d’Alger, Yazid Benmouhoub, a prévu cette tendance. «Pour pouvoir acheter des véhicules de moins de trois ans, il va falloir aller sur le marché parallèle pour acquérir de la devise.

Et là, le risque serait encore une fois la flambée de la monnaie étrangère par rapport au dinar», a-t-il relevé lors d’une de ses sorties médiatiques. Mais finalement, la mise en œuvre d’une telle mesure ne serait effective, selon le ministre du Commerce, Saïd Djellab, qu’en 2020.

Donc, pas de ruée pour le moment sur le marché noir de la devise. Un marché dans lequel la demande varie, faut-il le noter, en fonction de plusieurs facteurs surtout en période estivale, avec les départs en vacances vers l’étranger, des départs pour lesquels l’allocation touristique reste dérisoire depuis plusieurs années, comparativement aux montants appliqués dans d’autres pays voisins.

Il y a, à titre indicatif, selon les experts, cinq éléments qui peuvent jouer sur l’évolution des cours des principales devises. En plus des déplacements touristiques, notamment le tourisme cultuel (hadj et omra), les études à l’étranger, l’épargne des citoyens, les déplacements des hommes d’affaires et enfin la fuite des capitaux. Depuis quelques années, la saison du hadj intervient en pleine période estivale.

On s’attendait donc encore cette année, précisément en ce mois de juillet qui précède les premiers départs vers les lieux saints de l’islam, à une hausse de la demande.

Or, ce n’est pas le cas. Parallèlement, le durcissement des conditions d’inscription pour les études universitaires en France (principale destination des étudiants algériens) a fait également chuter la demande, en plus de la baisse de l’épargne des citoyens qui, habituellement, préfèrent économiser en achetant des euros sur le marché parallèle.

«La baisse du pouvoir d’achat, même si elle ne se fait pas sentir dans les taux d’inflation rendus publics régulièrement, a un peu contribué à faire flancher l’euro et le dollar», nous dira un expert. L’autre élément qui revient aussi dans les analyses des uns et des autres est lié à la conjoncture politique.

«Le ralentissement économique observé depuis quelques mois suggère qu’il y a un manque d’argent. Nous avons observé une hausse du prix des devises au début du hirak, ce qui pouvait suggérer une fuite des capitaux», nous dit d’ailleurs à ce sujet l’expert financier Nour Meddahi, dans l’entretien.

Or, la tendance s’est inversée et ils sont nombreux à expliquer cette chute par l’opération de lutte anti-corruption lancée contre certains hommes d’affaires pour, entre autres, transfert illicites de devises vers l’étranger.

Une opération qui a fini par freiner la montée de l’euro et du dollar face à la monnaie nationale avec des transactions économiques passées au peigne fin. Donc, il est de plus en plus difficile de transférer des devises vers l’étranger dans ce climat de suspicion.

Echapper au fisc

Ce sont ainsi toutes les composantes de ce marché noir qui expliquent son retournement. Et ce, d’autant que l’offre n’a pas changé. Une offre qui émane généralement de la part des retraités, dont les pensions sont libellées dans la monnaie européenne, les émigrés, les binationaux qui circulent régulièrement entre l’Algérie et la France.

Mais aussi de certains opérateurs du commerce extérieur qui peuvent accéder au change officiel, mais tout en préférant recycler certains montants dans l’informel. Et ce, de manière à profiter de la différence toujours élevée entre les deux niveaux des cours.

Il y a par ailleurs une autre raison qui pousse les acteurs de l’import-export à s’approvisionner en devises sur le marché parallèle. «En moyenne, l’opportunité d’échapper à un système de contrôle fiscal par le commerce extérieur pousse les opérateurs économiques à recourir à ce type de marché pour pouvoir payer leur marchandise en hors circuit.

Ce levier échappatoire permet de réduire la TAP, l’IBS et même la TVA. Réunies, toutes ces taxes peuvent représenter jusqu’à 60% de la valeur produite ou à commercer.

Ainsi, le cours de la devise sur le marché parallèle est en moyenne égal au cours officiel auquel on ajoute un taux moyen des droits de douane et de la TVA plus enfin la partie spéculative des revendeurs qui ne dépasse pas, dans les meilleurs des cas, 15% (une moyenne de 8%)», nous expliquera à ce sujet l’expert économique, Mohamed Badis, qui poursuivra : «Ceci ramène le cours maximal de la devise sur marché parallèle à environ 165% de la valeur du cours officiel.

Exemple : prenons un cours officiel de 132 DA pour un 1 euro, sur le marché parallèle, le cours maximal est 130 X 1.65 = 214 DA pour un euro. En d’autres termes, le compromis fait entre les revendeurs de devises et les importateurs sur le niveau observé est déterminé par le partage des gains espérés (TAP, TVA, IBS et droit de douane) qui devraient revenir au Trésor et par ricochet à la communauté en général.»

Or, les pertes sont colossales pour le Trésor avec la persistance du phénomène. D’où l’urgence de la réforme de la politique monétaire. Ce ne sont pas les propositions qui ont manqué tout au long de ces dernières années à ce sujet. «Il s’agit de redorer le blason du dinar par rapport à sa vraie valeur productive en Algérie.

Une action qui sera salutaire à moyen terme, le temps de constituer une base productive concurrentielle, surtout industrielle, permettant de diversifier l’économie et de bien rémunérer le facteur travail.

Une fois constituée cette base productive, nous pouvons dévaluer notre monnaie pour aller sur le marché international avec des prix plus concurrentiels», nous explique Mohamed Badis pour qui la dévaluation du dinar est «un terrible piège» sans une base productive.

«Il est opportun de lancer la réforme économique par la réforme de la monnaie en reconsidérant sa monnaie sur la base de la valeur économique de ses biens et services et non sur les espoirs attendus d’une dévaluation qui, pour le rappeler, dure depuis plus de 20 ans», conclut notre expert.


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